1 - Tu n'auras point d'autres dieux devant ma face :

 

" On ne croit pas dans le Monde que l'amour de dominer par le seul plaisir de la domination, et l'amour de posséder les biens par le seul plaisir de la possession, et non par le plaisir des usages, cachent intérieurement en eux tous les maux, et en même temps le mépris et le rejet de toutes les choses qui appartiennent au Ciel et à l'Église ; la raison de cela c'est que l'homme par l'amour de soi et par l'amour du monde est excité à faire du bien à l'Église, à la Patrie, à la Société et au prochain, en plaçant l'honneur dans ses bonnes actions, et en s'attendant à une récompense, ce qui fait que beaucoup de personnes appellent ces amours le feu de la vie et l'encouragement aux grandes choses; mais il faut qu'on sache qu'autant ces deux amours placent les usages au premier rang et se mettent au second, autant ils sont des biens; et qu'autant ils se placent au premier rang et mettent les usages au second, autant ils sont des maux; l'homme ignore qu'il existe une telle différence, parce que par naissance, et de là par nature il est dans les amours de soi et du monde, et parce que, le plaisir de ces amours est continuellement agréable et flatteur. 

 

Ce précepte renferme la défense de s'aimer et d'aimer le monde par-dessus toutes choses ; car ce qu'on aime par-dessus toutes choses, cela est Dieu. Le Premier Précepte du Décalogue, Tu n'adoreras point d'autres dieux que Moi, enveloppe dans le sens spirituel-moral, que tu n'adoreras aucune chose ni aucun autre comme Divin : aucune chose, à savoir, la nature en lui attribuant du Divin par elle-même ; aucun autre, à savoir, aucun vicaire du Seigneur, ou aucun saint ; dans le sens spirituel-céleste, il enveloppe que tu ne reconnaîtras qu'un seul Dieu, et non plusieurs selon les qualités, comme ont fait les anciens, et comme font aujourd'hui quelques païens, ou selon les Opérations, comme aujourd'hui les Chrétiens, qui font un Dieu pour la Création, un autre pour la rédemption, et un autre pour l'illustration. Le même précepte, dans le sens divin-céleste enveloppe que le Seigneur seul doit être reconnu et adoré, et le Trine en Lui, savoir, le Divin Même de toute éternité, qui est entendu par le Père, le Divin humain né dans le temps, qui est entendu par le Fils de Dieu, et le Divin procédant de l'un et de l'autre, qui est entendu par l'Esprit Saint : ce sont là, en ordre, les trois sens du Premier précepte : en examinant ce Précepte dans son triple sens, on voit qu'en somme il contient et renferme en lui tout ce qui concerne le Divin quant à l'Essence."

 

Emmanuel Swedenborg