10 - Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain :

 

" Ces convoitises concernent les propres de l'homme, parce que l'épouse, le serviteur, la servante, le boeuf et l'âne sont au dedans de sa maison ; et que, dans le sens spirituel-interne, par les choses qui sont au dedans de la maison de l'homme, il est entendu ses propres savoir, par l'épouse l'affection du vrai et du bien spirituels, par le serviteur et la servante l'affection du vrai et du bien rationnels qui sont au service du vrai et du bien spirituels, et par le boeuf et l'âne l'affection du bien et du vrai naturels ; ces affections sont signifiées par ces expressions dans la Parole. Mais parce que convoiter et souhaiter ardemment ces affections, c'est vouloir et désirer soumettre l'homme à son pouvoir ou se rendre maître de lui, il s'ensuit que par les convoitises pour ces affections sont entendues les convoitises de l'amour de soi, c'est-à-dire, de l'amour de dominer, car ainsi on fait siens les propres de son compagnon. D'après cela, il est maintenant constant que la convoitise du neuvième Précepte est la convoitise de l'amour du monde, et que les convoitises de ce Précepte-ci sont les convoitises de l'amour de soi ; car, ainsi qu'il a été déjà dit, toutes les convoitises appartiennent à l'amour, puisque c'est l'amour qui désire ; et comme il y a deux amours mauvais auxquels se réfèrent toutes les convoitises, à savoir, l'amour du monde et l'amour de soi, il s'ensuit que la convoitise du Neuvième Précepte se réfère à l'amour du monde, et que les convoitises de ce Précepte-ci se réfèrent à l'amour de soi, spécialement à l'amour de dominer. "

 

"Bien, dis-je; si les choses sont ainsi, j'ajoute: Alors ce Commandement, considéré de ce point de vue, n'est qu'une expression superflue du Sixième Commandement qui ordonne exactement la même chose. En effet, en ce Commandement aussi, dans tout son développement, est indiqué comme défendu tout ce qui a un rapport quelconque avec la luxure, la prostitution et l'adultère, tant du point de vue matériel que de celui spirituel. Si nous considérons, en les mettant en comparaison ces deux Commandements, il nous semble en premier lieu que ce dixième Commandement ne se prête pas pour le Ciel, et en second lieu, qu'à côté du sixième, il se montre complètement superflu. Mais j'aperçois quelqu'un qui s'avance en disant: Eh, cher ami, tu te trompes; même si ce dixième Commandement, en lui-même, défend la même chose que celle qui est défendue par le sixième, il se tient toutefois exclusivement en lui-même et plus haut et pénètre plus profondément que le sixième Commandement. En effet, dans le sixième Commandement, il est de manière évidente, défendu seulement la réelle action grossière; alors qu'en ce dixième sont défendus le désir et l'envie, en tant que cause fondamentale qui de tout temps pousse à l'action. On voit en effet très souvent que, en particulier des hommes jeunes, ont généralement des femmes jeunes et belles. Il est très facile qu'un autre homme oublie sa propre épouse, même belle peut être, et s'éprenne de l'épouse de son voisin, et qu'il sente s'éveiller en lui une poussée toujours plus forte et un désir toujours plus grand de conquérir l'épouse de son voisin et d'épancher avec elle sa convoitise.

Mais je dis que si l'on devait observer ce Commandement d'un tel point de vue, il en jaillirait une énorme quantité de ridicule et de folies qui attireraient ce Commandement élevé dans la poussière sale de la route et dans les cloaques puants de l'humour mondain de l'intellect humain. Aux fins d'exemple et de clarification, nous voulons énumérer délibérément quelques-uns de ces ridicules, afin que chacun puisse apercevoir clairement combien superficiellement et extérieurement ce Commandement fut compris pendant plus de huit siècles, et ainsi expliqué aussi avec ordre de l'observer. Donc: Un homme ne doit ressentir aucun désir pour la femme de son voisin. Alors ici c'est l'occasion de demander: Quelle est l'envie, ou quel est le désir à quoi l'on fait référence ?

En effet, il y a un grand nombre de désirs et d'envies honnêtes et permis qu'un homme peut avoir en ce qui concerne l'épouse de son voisin; mais dans le Commandement il est dit inconditionnellement: aucun désir. Par suite de cela, seuls deux voisins peuvent avoir une conversation entre eux, mais les femmes doivent être regardées si possible avec mépris, pour ne pas susciter d'accommodements amoureux: cela n'est ni plus ni moins que l'interprétation turque de ce Commandement mosaïque. En outre, si l'on considère la chose littéralement et matériellement, alors on doit, il faut l'espérer, prendre tout littéralement, et non pas quelques mots littéralement, et quelques mots spirituellement. Autrement ce serait comme si quelqu'un revêtait une jambe d'un pantalon noir et une autre d'un pantalon blanc transparent; ou bien comme si quelqu'un prétendit qu'un arbre pousse avec le tronc couvert à moitié d'écorce, et pour l'autre moitié complètement nu. Suite à cette considération, le dixième Commandement défend seulement le désir pour l'épouse du voisin. Au sens littéral qui peut être celui qui ne doit pas ressentir un tel désir? Aucun autre sinon que le voisin le plus proche, ou même quelque proche parent. Littéralement, seuls ces deux voisins ne devraient pas désirer la femme de l'autre, tandis que les femmes de ceux qui habitent au loin, et en particulier celles des étrangers qui ne peuvent être considérées comme voisins, peuvent donc sans autre être désirées.

En effet, même sans être un expert en mathématique et en géométrie, chacun peut comprendre qu'en comparaison du voisin de maison, celui qui habite éloigné de quelques heures, et même un étranger, ne peut être reconnu comme voisin.

Vous voyez, cela aussi est turc; en effet, ils observent ce Commandement entre

eux, en tant que turcs; mais pour ce qui concerne l'étranger, ils n'ont aucune loi. - Poursuivons: Je demande: Alors, l'épouse de ton voisin est-elle exemptée de l'observance de cette Loi divine ? En effet, dans la loi il est dit seulement qu'un homme ne doit avoir aucun désir pour la femme de son voisin, alors qu'il n'est rien dit pour l'éventualité qu'une femme luxurieuse ne devrait avoir aucun désir pour son voisin. En ce cas on donne manifestement à la femme le privilège de séduire, sans aucun souci, tous les hommes qui viennent à sa portée; et qui pourrait le lui empêcher du moment qu'il n'existe aucun Commandement pour de tels cas ?

Cela aussi dérive de la philosophie turque; en effet les Turcs savent par le sens

littéral que les femmes sont libres vis à vis de cette loi; et c'est pourquoi ils les enferment afin qu'elles ne se rendent pas au-dehors, et n'aient pas à faire réjouir quelqu'un d'autre après eux. Et, si un turc permet à l'une de ses femmes de sortir, elle doit se camoufler de manière si désavantageuse pour ses charmes, qu'elle inspirerait du respect même à un ours si elle devait en rencontrer un, étant donné que ses charmes ne doivent être dévoilés qu'au mari seulement.

Qui peut s'avancer et mettre en doute que cela n'est pas tiré du sens littéral de ce Commandement ? Il est évident que ce ridicule a son indéniable origine vraiment dans le Commandement même. - Poursuivons: Le *voisin* ne pourrait-il pas déjà avoir des filles déjà assez grandes, ou des petites servantes suffisamment gracieuses ? Selon le dixième Commandement, est-il permis ou non d'avoir un désir des filles ou d'autres jeunes filles du voisin, même comme homme marié ? Evidemment, cela devrait être permis, puisque, dans le sixième Commandement, on ne parle pas du désir, mais seulement de l'action. Ensuite le dixième Commandement défend seulement le désir de la femme, donc, en ce qui concerne le désir des filles et encore d'autres jeunes filles éventuellement, il devrait être permis sans contradiction. Vous voyez, malheureusement, ici aussi nous avons à nouveau une autre interprétation turque de la Loi. Mais pour rendre la chose encore plus claire, nous exposerons encore quelques-uns de ces ridicules.

 

Dans la Loi il est dit: *Tu ne dois pas désirer l'épouse de ton voisin* - Ne devrait-on pas ici demander: Qui est réellement ce *Tu* ? Est-ce un homme marié, un veuf, un jeune célibataire, un jouvenceau ou peut-être même une femme aussi, à laquelle on peut certes aussi dire: *Tu ne dois pas faire ceci ou cela !* - Maintenant on dira: Cela est de préférence destiné au sexe masculin, sans distinguer s'il s'agit de célibataires ou de mariés, et il est évident que les femmes sont aussi comprises, et qu'elles ne doivent pas avoir le droit de séduire et de désirer d'autres hommes. -3- Pour ma part, j'oppose au contraire: Du moment que les hommes sont en mesure d'établir leur règlement de façon claire et compréhensible, et font réellement en ces règlements, pour chaque cas éventuel, de subtiles et sages distinctions, on ne devrait pas faire de reproche au Seigneur comme s'Il avait premièrement, par ignorance, donné des lois exprimées de manière non claire, ou en second lieu, comme un habile avocat, les avait rédigées de manière si douteuses, que les hommes eussent été, pour ainsi dire, contraints de pécher de toute façon contre ces mêmes lois.

Mais il me semble qu'il serait trop grave d'arriver à une semblable conclusion,

après avoir examiné de plus près cette Loi qui, en apparence, semble avoir été donnée de manière incertaine. Par contre, il est plus facile de conclure que cette Loi, comme du reste toutes les autres, est certainement quelque chose de hautement précis. Seulement, avec le temps, et plus exactement à l'époque où s'éleva la hiérarchie ecclésiastique, elle fût tellement déformée et faussement exposée, qu'actuellement il n'y a plus d'homme qui connaisse le véritable sens de cette Loi. Et cela est arrivé en conséquence de la cupidité toujours croissante, étant donné que dans sa véritable signification, cette Loi n'aurait même pas fait gagner un sou au clergé; dans son sens caché, par contre, elle offrait l'occasion à toutes sortes de médiations, de dispenses et de divorces très lucratifs.

Et ce naturellement, incomparablement plus dans ces temps passés qu'à présent

(1843), puisque les choses étaient ainsi disposées, que deux voisins ou plus ne pouvaient absolument pas se préserver de pécher contre cette Loi. Et comment donc ? Comme c'est naturel, plusieurs fois durant l'année, en raison de la grande peur de l'Enfer, ils devaient se confesser consciencieusement; ils étaient examinés avec zèle sur ce point, et si un voisin avait une femme jeune et belle, alors, une pensée, un regard, ou même quelques paroles adressées à la femme constituaient déjà comme un péché d'adultère. Péché qui, dans la plus grande partie des cas, était remis contre une offrande à titre de pénitence.

S'il advenait une approche plus accentuée, alors la pleine condamnation était

déjà belle et bien prête; et une fois que quelqu'un avait glissé vers l'Enfer sur un des plateaux de la balance de Saint Michel, dans l'autre plateau de la balance, encore complètement vide, il était nécessaire de jeter une offrande d'un poids aussi considérable pour soulever l'autre plateau, et tirer heureusement de l'abîme infernal, le pauvre pécheur condamné; et les prêtres, détenteurs de la Grâce Sanctifiante de Dieu, n'appartenaient certes pas à cette catégorie qui prétend seulement beaucoup; eux, ils voulaient tout ! De cette façon en effet, des chevaliers et des comtes très fortunés durent alors mordre la poussière, et, encore par-dessus le marché, céder leurs biens à l'Eglise, comme pénitence pour être délivrés de l'Enfer; en quelle occasion leurs épouses qui de toute façon étaient restées chez elles, étaient accueillies en quelque couvent pour l'expiation du châtiment de leurs maris infidèles. Et les éventuels enfants, tant garçons que filles, étaient habituellement répartis entre ces couvents où il n'était pas permis de posséder de richesses. Je suppose que cela devrait suffire pour apercevoir tout ce qui a dérivé de vraiment outrancier du fait de la déformation de ce Commandement; et le *TU* fixé par la loi était la source originaire de dispenses, qui habituellement constituaient les plus fortes rentes. Si quelqu'un apportait une offrande considérable, on pouvait alors modifier le *TU*, de manière que le pécheur n'ait pas à aller en Enfer. Par contre, ce *TU* pouvait devenir condamnable sans rémission, et tout cela à cause du pouvoir usurpé de délier et de lier, par suite duquel seules des offrandes très considérables pouvaient aider le pécheur à échapper à l'Enfer. Nous avons maintenant constaté à quelles déviations cet incertain *TU* a donné occasion; mais nous ne voulons pas nous contenter de cela, mais bien plutôt examiner encore quelques-unes de ces ridicules expositions, afin qu'il soit d'autant plus clair pour chacun, combien est nécessaire pour tous la connaissance de la vraie et pure signification de la Loi; sans quoi nul ne peut devenir libre, mais au contraire doit rester toujours esclave, sous la malédiction de la Loi !

 

Ce que dit la Loi, nous le savons; elle défend un désir ou une envie. Mais à présent on demande: Si un homme, par exemple, s'est appauvri, alors que son voisin est un homme riche, et que l'épouse de ce voisin - ce qui est connu du pauvre - a un coeur miséricordieux et charitable, il est évident que notre pauvre ressentira un vif désir de la miséricordieuse femme, et donc, l'envie qu'elle rassasie sa faim. Cet homme a-t-il péché ou non ? - Il manifeste ouvertement un désir ou une envie à l'égard de l'épouse du voisin; et puisqu'il est dit: *Tu ne dois pas désirer la femme de ton voisin*, qui peut en ce cas déclarer raisonnablement que le modique désir du pauvre peut être considéré comme innocent ? En effet, dans la phrase: *N'avoir aucun désir, aucune envie*, il doit être sous-entendu sans aucun doute, tout désir et toute envie, étant donné que dans le mot *aucun* ne sont pas prévues d'exceptions, de sorte qu'un désir de quelque nature qu'il soit, doit y être inclus. Ne résulte-t-il pas évident de cette explication que le Seigneur a voulu avec cela exclure le sexe féminin de l'exercice de la bienfaisance; de sorte que toute bonne oeuvre que fait une faire envers un pauvre, doit être considéré carre un péché contre le Commandement divin ?

Comment peut-on penser qu'un tel Commandement insensé ait été donné par l'Auteur suprême de la Vie ? A ce moment on dira: le Commandement est limité seulement au désir charnel voluptueux. C'est bon, admettons que ce soit ainsi; seulement, qu'il me soit permis à cet égard de faire quelques observations. Mais si ces observations sont en contradiction avec la signification limitée signalée à l'instant, alors les contestations devront s'apprêter à constater que la destination de ce Commandement présente une autre voie. Voici les observations:

Le Commandement devrait donc défendre simplement un désir charnel sensuel ? C'est bien, mais dans le même temps je demande:

Dans le Commandement est-il indiqué expressément une femme, ou bien toutes

les femmes sont-elles comprises, ou bien certaines exceptions naturelles sont-elles faites ? Admettons que des voisins qui se trouvent en face, aient tous des épouses pas attrayantes; en ce cas nous pouvons être assurés que ces voisins n'auront absolument aucun désir charnel pour les épouses des autres.

Donc, dans le Commandement, devraient être envisagées seulement les femmes

jeunes, belles et attrayantes. D'un autre côté aussi des hommes âgés et mal-en-point ne sont plus tant tourmentés par des désirs charnels sensuels, quelle que soit la femme du voisin. De cela nous constatons que ce Commandement est valable seulement pour des conditions spéciales. Donc, le Commandement a des lacunes et, pour cette raison, sa validité n'est pas générale.

En effet, là où la Nature fait des exceptions, et où une loi n'a pas non plus sa pleine validité naturelle, comment peut-elle s'étendre au domaine spirituel ? - Qui ne peut pas comprendre cela, qu'il abatte un arbre, et regarde ensuite s'il peut encore croître et produire du fruit. Mais une loi divine doit être disposée de telle sorte que sa validité bénéfique soit mise en place pour toute l'éternité. Si par contre, déjà durant la courte existence terrestre, en certaines circonstances

et de manière naturelle, elle sort de ses limites valides, et donc, déjà à l'état naturel pour l'homme elle cesse d'être opérante qu'en sera-t-il d'elle pour l'éternité ? Toute Loi de Dieu n'est-elle pas basée sur Son Amour infini ? Qu'arrive-t-il lorsqu'une loi perd sa validité ? Si les choses se trouvent peut-être autrement qu'on ne le suppose, alors l'Amour divin aussi, en certaines circonstances, ne perd-il pas sa valeur pour les hommes ? Mais sur cela se base la triste foi qui de votre part est pagano-chrétienne, selon laquelle l'amour de Dieu dure aussi longtemps, que longue est la vie sur la Terre; mais une fois que l'on est mort, selon le corps, et que l'on se trouve seulement en tant qu'âme et esprit, alors commence la Justice de Dieu provenant de la colère, immuable et épouvantable, prête à châtier sévèrement, et devant laquelle ce n'est plus le cas de parler d'Amour et de Miséricorde. Si l'homme a mérité le Ciel par sa façon de vivre, il n'y va pas grâce à l'Amour divin, mais bien seulement suite à la Justice divine, et naturellement, en raison de ses propres mérites au service de Dieu, mérites qui ont plu à Dieu. Par contre, quand l'homme n'a pas vécu ainsi, alors est immédiatement prête la damnation éternelle, dont on ne peut attendre, et pour l'éternité, de libération. En d'autres termes, cela a la même signification que si un père stupide introduisait une semblable loi dans sa maison, contre ses enfants, et précisément: *Je donne à tous mes enfants, depuis la naissance jusqu'à leur septième année, pleine liberté. Durant tout ce temps, ils peuvent tous jouir de mon amour, sans distinction. *A l'échéance de la septième année, je retire mon amour de tous mes enfants, et, à partir de ce moment, je les jugerai sévèrement, ou bien je les rendrai heureux. *Ceux qui, durant leur enfance, auront observé mes sévères lois, pourront se réjouir, après la septième année, de ma très grande prospérité; tandis que ceux qui avant la septième année ne se seront pas améliorés jusque dans les moindres détails, selon mes justes lois, seront jetés hors de la maison paternelle, et maudits pour tous les Temps.* Dites, quelle serait votre opinion sur un semblable cruel âne de père ? Cela ne serait-il pas infiniment pire que la plus scandaleuse tyrannie ? Si vous, vous trouvez - comme c'est certainement le cas - un tel comportement chez un homme, comme incalculablement stupide et méchant, alors combien épouvantablement insensés doivent être les hommes, s'ils peuvent attribuer à Dieu, qui est le plus grand Amour et la Sagesse-Même, de telles inexprimables infamies qui dépassent toute imagination ! Que fit le Seigneur du haut de la Croix, en tant que Sagesse divine seulement, étant donné que d'une certaine manière, selon l'extérieur, Il était comme séparé de l'éternel Amour ? En tant que Sagesse, et comme telle, fondement de toute Justice, Il s'adressa Lui-Même au Père, c'est-à-dire à l'Eternel Amour, et Il ne demanda pas vengeance, comme cela aurait pu être pour ainsi dire selon la justice, mais bien plutôt Il pria l'Amour de vouloir pardonner à tous ces méchants, et donc aussi à tous les grands-prêtres et pharisiens, toutes leurs mauvaises actions, *car ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient*! Donc ceci, la divine Justice l'a fait déjà en ce temps pour Elle-Même; l'Amour infini devrait-il alors commencer à condamner, là où la divine Justice invoque miséricorde de la part de l'Amour, encore infiniment plus Miséricordieux ? Et même si l'on ne veut pas considérer comme valide, que le Seigneur ait fait sérieusement cette invocation, en supposant qu'Il ait dit cela seulement pour donner un exemple - comme but politique - n'attribue-t-on pas au Seigneur de l'hypocrisie, si l'on suppose que lui, du haut de la Croix, a invoqué le pardon seulement pour l'apparence ? Tandis qu'Il laisse subsister en Lui, ineffaçable, la vengeance, par suite de quoi Il devait déjà depuis longtemps, avoir condamné au fond de Lui, tous ces méchants, au plus ardent feu de l'Enfer !

Ô monde, ô hommes ! Ô inexprimable absurdité, qui pouvait jamais être imaginée en tout l'infini et dans l'éternité ! Peut-on imaginer quelque chose de plus infâme, que de faire du Seigneur sur la Croix, un menteur, un faux prêcheur, et avec cela, un trompeur de tous les mondes en général, et cela pour la plus fausse confirmation de l'autorité de l'Enfer, temporaire, comme on peut l'imaginer ? De quelle autre bouche, sinon de celle de l'Archi-Satan pouvait provenir cet enseignement, et pouvaient sortir de telles paroles ? - Je suppose que vous n'avez besoin de rien d'autre, pour vous faire apercevoir quelles horreurs peuvent dériver d'une interprétation, et d'une indication d'une Loi divine, hautement en opposition. Que les choses soient ainsi sur la Terre, vous pouvez déjà le constater par vous-mêmes; mais pourquoi c'est ainsi, et en particulier quelle est la raison de cette déformation, vous ne pouviez même pas le savoir, car trop emmêlé était le noeud de la Loi, et personne n'aurait été en mesure de fournir une solution complète. C'est pourquoi le Seigneur a eu de la Miséricorde pour vous et vous fait communiquer à travers ce *Soleil Spirituel*, qui est certainement assez lumineux, la vraie solution de ce noeud, afin que vous puissiez apercevoir la base commune de toute la méchanceté et de tous les ténèbres. On dira certainement: Mais comment peut-il dépendre tant de mal de l'incompréhension des dix Commandements de Moïse ? Eh bien, je vous dis: Ces dix Commandements ont été donnés par Dieu, et portent en eux, tout l'Ordre infini de Dieu. Par conséquent, celui qui d'une manière ou d'une autre sort de l'Ordre divin, sur l'un ou l'autre des points de la Loi, celui-là ne reste dans l'Ordre divin en aucun point, puisque l'Ordre divin est la *Voie Droite*.

Si quelqu'un s'écarte de cette Voie, quel que soit le point, peut-il dire: Je me suis éloigné de la Voie seulement d'un quart, d'un cinquième, d'un septième, d'un dixième ou d'un millième ? Certainement pas, car pour peu, ou bien pour très peu qu'il abandonne *La voie*, il est déjà complètement hors de toute la Voie; et s'il ne veut pas retourner sur la *Voie*, on pourra affirmer, de manière plus que sûre, qu'il a suffi de cet unique point où le pèlerin a abandonné la Voie, pour qu'il se soit éloigné de la Voie entière. Et ainsi sont les choses aussi avec chaque point particulier de la Loi divine. Il n'est pas si facile de trouver quelqu'un qui ait gravement péché contre la Loi entière, étant donné que ce serait même presque impossible. Mais il est suffisant que quelqu'un ait péché contre un point, et ici le pèlerin a quitté complètement la *Voie*, dès lors qu'il persiste en son péché; et s'il ne veut pas faire retour vers le Seigneur, le Seigneur ne fera pas non plus quelque chose pour, lui; et même s'il se repent de son péché, mais ne cherche pas d'aide du Seigneur, il ne pourra pas entrer dans l'Ordre divin. 

Ceci étant fixé, vous pouvez être certains que le plus grand mal dans le monde dérive hélas de l'incompréhension qui depuis le commencement était égoïste et méchante, ou plus encore, dérive du méchant détournement de la signification de ces deux derniers Commandements divins.

Nous avons à présent suffisamment mis en vue les ridicules et les fausses

interprétations de ce Commandement; c'est pourquoi nous voulons passer aussi à sa vraie signification, à la lumière de laquelle, vous apercevrez de manière incomparablement plus claire encore toutes les sottises dont il a été fait l'objet.

 

A ce moment, quelqu'un qui a relu ce qui précède dira: Je suis vraiment très curieux de savoir quelle véritable signification durable a ce Commandement, étant donné que toute signification qui a jusqu'à maintenant été attribuée par nous à ce Commandement, on l'a irrévocablement fait finir dans l'insensé et dans le ridicule.

Nous voudrions vraiment apprendre très volontiers qui est le *Tu*, le *voisin*, et enfin *son épouse*. En effet, dans le Commandement il n'est pas possible de l'établir avec certitude. Le *Tu*, naturellement, peut être chacun, mais si peut y être compris aussi la femme... là on se trouve en haute mer ! Le *voisin*, ou peut-être mieux le *prochain*, on peut l'établir plus facilement, si à ce mot on donne un sens large; dans quel cas, chacun qui a besoin de notre aide, est notre prochain.

La femme par contre représente la plus grande difficulté, car on ne sait en ce cas s'il s'agit d'une femme mariée, ou bien de quelque jeune fille. Il est vrai qu'ici elle est prise plus au sens singulier que pluriel, mais, cela ne rend pas la chose plus claire. En effet, dans les parties du monde où la polygamie est en vigueur, le nombre simple engendrerait une difficulté de plus. Suite à tout cela, nous sommes d'autant plus assurés de connaître la vraie signification de ce Commandement, étant donné que celle littérale n'est accessible d'aucun côté.

Et j'ajoute: Donc il est clairement établi qu'en prenant la pure signification

littérale extérieure, on ne peut arriver qu'à la plus grossière absurdité, mais jamais à une Vérité solidement basée.

A ce point on dira certainement: Alors pourquoi le Seigneur n'a-t-il pas donné aussitôt une telle Loi, sous une forme qui ne résultât pas cachée pour chacun, mais qu'il apparût au contraire bien clairement en quel sens elle avait été effectivement donnée et comment réellement en ce sens elle devait être observée ? Cette objection, du point de vue extérieur, est justifiée et elle est valable, comme synthèse assez sérieusement fondée; cependant, examinée à la vraie Lumière, elle est si sotte qu'il serait difficile d'imaginer quelque chose de plus sot encore. Mais, afin que l'extraordinaire niaiserie de cette objection soit bien claire pour chacun, je veux vous faire remarquer en cette occasion, des observations naturelles, résumées brièvement. Admettons que, pour la réalisation de ses recherches, il vint à l'esprit de ce que l'on appelle un naturaliste et un botaniste, de demander: *Pourquoi la force créatrice de l'Être Suprême n'a-t-elle pas crée les arbres et les plantes, de façon que le noyau fût à l'extérieur et l'écorce à l'intérieur, afin que l'on pût observer exactement avec une moindre fatigue, et à l'aide du microscope, la montée de la sève dans les branches et dans les rameaux, ainsi que leurs réactions et autres effets ?

*En effet, il ne pouvait être dans les intentions du Créateur de mettre sur la Terre l'homme pensant, de manière qu'il ne pût jamais pénétrer dans le secret de la merveilleuse activité dans la nature.* Que vous semble-t-il de cette prétention ? N'est-elle pas sotte au plus haut degré ? Cependant, supposons que le Seigneur se laissât amener à suivre cette requête, et qu'Il retournât les arbres et les plantes, ne s'avanceraient-ils pas alors d'autres naturalistes disant:

*De quelle utilité est pour nous de pouvoir observer la sève extérieurement, alors

que l'écorce si merveilleuse est cachée à l'intérieur ? Qu'en serait-il ensuite ?*

Le Seigneur devrait-Il se ranger aussi à cette demande, et mettre à la partie externe de l'arbre, tant l'écorce que la sève ? Mais supposons que le Seigneur, sérieusement, ait fait cela, et que la partie interne de l'arbre consistât seulement de bois, n'y aurait-il pas alors un autre naturaliste qui s'avancerait avec un nouveau besoin, et dirait: *Avec l'écorce et en partie avec la moelle, est couverte maintenant toute la merveilleuse formation du bois; un arbre par contre ne pourrait-il pas être ainsi constitué que tout, moelle, bois et écorce fussent extérieurs, ou au moins, transparents comme l'air, ou bien l'eau ?*

Qu'il soit possible de réunir un arbre, qui a nécessairement un nombre infini d'organes, au point qu'il soit transparent comme l'air, ou du moins comme l'eau pure, est chose que nous laissons décider aux opticiens et aux mathématiciens.

D'ailleurs, comment, sur des arbres formés complètement d'air, peuvent pousser

des fruits... sur cela devrait se prononcer un habitant des régions du pôle Nord, ou du pôle Sud, en recourant à son expérience. En effet, il arrive là parfois des phénomènes, par suite du grand froid, comme chez vous en hiver sur les vitres des fenêtres. Mais là, apparaissent dans l'air, des arbres cristallins de glace. Cependant que sur de tels arbres poussent quelques espèces de fruits... Il ne semble pas que l'on en ait entendu jamais parler ! D'un autre côté cependant, en ce qui concerne ces arbres en lesquels tout: moelle, bois et écorce, devrait être éternel, vous pouvez être pleinement certains qu'il serait plus facilement possible de faire d'une boule sphérique une boule carrée, qu'un arbre semblable.

Je suppose qu'après cette considération, la question de la sotte objection avancée avant, devrait être plus que bien éclairée. Mais, afin d'être encore plus clairs et plus convaincants, nous voulons ajouter encore quelques considérations.

Imaginons-nous un docteur: Il doit beaucoup étudier, et quand, à l'instar d'un polype, il a englouti une pesante charge d'érudition, et qu'il est appelé auprès d'un patient, il se trouve devant le lit du malade, comme une paire de boeufs attachés au chariot pour la première fois, devant une rude montée.

Ceux qui assistent le malade lui demandent, comment il le trouve, ce qu'il a vraiment, et s'il peut l'aider de quelque façon ? A ces questions, le médecin prend un air très docte, mais en même temps très préoccupé et très embarrassé, et il dit: *Mes amis, il n'est pas encore possible de se prononcer, je dois d'abord éprouver la maladie avec un remède, puis, suite à la réaction, je pourrai déjà savoir comment se présentent les choses. *S'il y a des réactions, alors vous devez vous-mêmes admettre que nous ne pouvons pas regarder à l'intérieur, pour découvrir où se cache la maladie et de quelle nature elle est.* Alors quelqu'un, plutôt laconiquement, dit: "Monsieur le Docteur, notre Seigneur Dieu aurait fait beaucoup mieux s'Il avait construit l'homme comme les tiroirs d'une armoire, de façon à pouvoir les ouvrir et voir ce qu'il y a dedans. "Ou bien le Créateur aurait dû placer au-dehors, comme les doigts, les oreilles, les yeux et le nez, également ces parties plus scabreuses qui sont si difficiles à atteindre, afin que l'on puisse leur venir en aide avec quelques médicaments. "Mieux serait que tout, s'il avait fait l'homme transparent comme l'eau, et ne l'avait pas mis en compagnie de parties si dangereuses pour la continuation de la vie, mais l'avait fait plus simple, comme par exemple, une pierre." Le docteur s'aperçoit des hypothèses absurdes, mais par politique, il répond:

"Certes, mes chers amis, ce serait bon et meilleur, mais comme il n'en est pas ainsi, nous devons nous contenter si nous sommes en mesure de déduire, sur la base des expériences, avec le plus d'exactitude possible, l'état interne de l'être, et de diagnostiquer la maladie. "Si ensuite, l'homme était ouvrable comme une armoire, ce serait d'abord beaucoup plus dangereux que ce ne l'est maintenant; car il suffirait même d'un coup étourdi dans l'intérieur, et le dommage serait irréparable. "En ce qui concerne ensuite l'extériorisation des organes actuellement internes, ce serait plus que tout une chose tellement peu esthétique, au point que l'on ne ressentirait plus aucun désir de s'approcher réciproquement; et si ensuite, comme signalé auparavant, l’homme était transparent, alors il en serait fini pour toujours, car le dégoût ne contemple pas un autre dégoût.

"Je suppose qu'après cette considération, l'absurdité de l'objection susdite sera

pour chacun encore plus qu'évidente." Mais voilà qu'ici encore quelqu'un dit: "Certes, appliqué à des choses matérielles naturelles, même seulement penser que l'intérieur pourrait être en même temps à l'extérieur, serait une chose extrêmement insensée, mais la parole n'est pas un arbre, ni un animal, ni un homme; mais certes elle est déjà en soi spirituelle, puisqu'elle ne porte en soi rien de matériel. "Pourquoi donc, devrait-elle avoir, comme un animal ou un homme, quelque signification intérieure insaisissable ? - Et même, comment cela pourrait-il être possible, si l'on observe l'extraordinaire simplicité et la plénitude de la parole !" Bien, dis-je: Prenons alors le mot *Père*; que veut-il indiquer ? - Le mot

indique-t-il lui-même le Père ou désigne-t-il un père réellement existant dont ce mot serait seulement un type extérieur de témoignage ?

On dira: Evidemment, ici le mot n'est pas le père lui-même, mais seulement une

désignation extérieure de celui-ci. Bien dis-je, mais maintenant je demande: Que doit-on alors entendre sous le mot, afin que l'on puisse le reconnaître comme un symbole extérieur qui indique exactement quelque chose ?

Réponse: Le mot doit représenter un homme qui est marié, avec des enfants, et à

qui celui-ci subvient paternellement, corporellement et spirituellement. Qui peut contester, même seulement en petite partie, que cette signification, plutôt étendue et on ne peut plus essentielle, doit se trouver dans le simple mot *Père*, sans laquelle il ne serait même pas un mot ? Donc, si déjà dans les rapports extérieurs, tout mot, même simple, est assujetti à une explication plus intérieure et à une analyse, à plus forte raison, tout mot extérieur doit avoir aussi une signification spirituelle intérieure, étant donné certes que, tout ce qui est désiré avec un mot extérieur, doit avoir au fond un contenu spirituel plein de force agissante. Un père a certainement aussi, en tant qu'homme physique matériel, une âme et un esprit; le terme indiquerait-il exactement le concept *père* si l'on en excluait son côté animique et spirituel ? Certainement pas; en effet, le père en réalité est constitué d'un corps, d'une âme et d'un esprit, c'est-à-dire qu'il possède des caractéristiques, extérieures, intérieures, et purement spirituelles.

Donc, si dans la réalité le père vivant est ainsi constitué, ne doit-il pas, en cette

constitution, se trouver réfléchi comme dans un miroir, dans le terme au moyen duquel, tel père essentiel est justement défini comme père, afin que la définition soit complète et bien établie ? J'estime que l'on ne peut pas exposer de manière plus compréhensible et plus claire le sens intrinsèque d'un mot; et de cela, il doit résulter aussi évident que le Seigneur, lorsqu’Il exprime Sa Volonté sur la Terre, Il doit la donner, pour les hommes extérieurs, selon Son Ordre divin; justement pas autrement qu'au travers de représentations imagées extérieures, en lesquelles se trouve basé évidement un sens intérieur, ainsi qu'un sens profond, avec lesquels ensuite l'homme tout entier est pourvu au plus profond de son être intime, ainsi qu'extérieur, selon l'Amour divin.

Mais maintenant que nous avons exposé, de manière plus que tangible, la nécessité et la certitude d'une telle disposition, il sera extrêmement facile de trouver presque de soi, la vraie signification intérieure de notre Commandement, et de le reconnaître - du moins il faut l'espérer - tel qu'il sera exposé par moi, comme le seul indiscutablement vrai, et universellement valable; de sorte que nous pouvons passer immédiatement à cette exposition.

 

Le Commandement dit: *Tu ne dois pas désirer la femme d'autrui*, ou bien, *Tu

ne dois avoir aucun désir de la femme de ton voisin*; ce qui est la même chose. Qui est donc *la femme* et qui *le voisin* ? La femme, c'est essentiellement, l'amour de tout homme, et le voisin, c'est tout homme quel qu'il soit, avec lequel on est en contact pour n'importe quel motif, ou bien celui qui, où qu'il puisse se trouver, a besoin de mon aide pour un motif quelconque. Quand nous savons cela, en réalité nous savons déjà tout. Donc, que veut vraiment dire le Commandement ? Rien d'autre, sinon qu'aucun homme ne doit vouloir l'amour de la femme du prochain, par amour de lui-même, ou pour son propre bien personnel. En effet, l'amour de soi-même n'est autre que d'attirer l'amour d'autrui pour sa propre jouissance, mais sans accorder soi-même en échange même une étincelle d’amour.

C'est là, dans la réalité, le Commandement dans sa signification originelle

spirituelle. Mais on dira: Ici, il est évidement repris dans un sens littéral que l'on aurait pu annoncer depuis le début, tout aussi bien que maintenant; avec quoi on aurait pu éviter tant d'erreurs. Mais je dis: C'est sans doute exact; si l'on coupe un arbre par le milieu dans le sens de la longueur, il est certain que la moelle se trouve aussi au-dehors, et l'on peut tranquillement l'observer, comme avant on pouvait observer la seule écorce lorsque l'arbre était entier. Le Seigneur a au contraire caché délibérément le sens intérieur dans une image extérieure naturelle, afin que ce sens intérieur, saint et vivant, ne fût pas saisi et détruit par de méchants hommes; à la suite de quoi tous les Cieux et tous les mondes auraient pu subir de très sérieux dommages. Pour cette raison, le Seigneur a aussi dit: *Devant les grands et les puissants sages du monde cela doit rester caché, et n'être révélé seulement qu'aux petits, aux faibles et aux enfants.* Du reste les choses sont ainsi déjà en ce qui concerne la Nature. Admettons que le Seigneur ait créé les arbres de telle sorte que la moelle et leurs principaux organes vitaux se trouvent à l'extérieur du tronc; dites vous-mêmes à combien de dangers mortels ils auraient été exposés à chaque seconde ? Vous savez que si l'on perce intentionnellement le noyau et la moelle intérieure d'un arbre, pour celui-ci la vie est finie. Si un méchant ver mange la racine principale du tronc, qui se trouve en étroite relation avec la moelle de l'arbre, l'arbre meurt. Qui ne connaît pas le pernicieux *bostryche* ? Que fait ce dernier aux arbres ? Il commence à ronger le bois, et mange ici et là, en creusant les organes principaux de l'arbre; et ensuite l'arbre meurt. Si l'arbre, déjà si bien protégé, rencontre tant de dangers, qu'en serait-il de lui, si ses organes principaux étaient exposés à l'extérieur ?

Vous voyez, réellement ainsi, et même beaucoup plus encore, plus scabreuses sont les choses avec la *Parole du Seigneur*! Si l'on devait donner, dès le commencement, le sens intérieur tourné vers l'extérieur, alors déjà depuis longtemps, il n'existerait plus aucune religion parmi les hommes; car ils auraient rongé et effrité ce saint sens intérieur de l'Arbre de la Vie. Ils auraient aussi, et même déjà depuis longtemps, détruit la sainte Cité de Dieu, au point qu'il n'en serait pas resté pierre sur pierre, comme ils l'ont fait déjà avant avec la Jérusalem antique, et ensuite avec le sens seulement littéral et extérieur qui contenait en lui la Parole. En effet, la *Parole de Dieu*, dans son sens littéral extérieur, tel que vous l'avez devant vous dans l'Ecriture Sainte, est aussi différent du texte d'origine qu'est différente l'actuelle malheureuse cité de Jérusalem par rapport à la Jérusalem Antique, qui était une cité mondiale.

Toute cette altération, ainsi que la mutilation du seul sens littéral extérieur, ne sont toutefois pas préjudiciables pour le sens intérieur, étant donné que le Seigneur, avec Sa sage Prévoyance, a fixé déjà depuis toute éternité, l'Ordre selon lequel la seule et même Vérité spirituelle peut être conservée et donnée sans dommage, sous l'image extérieure la plus différente. Bien différent au contraire serait le cas si le Seigneur avait donné la Vérité Spirituelle intérieure nue, sans une enveloppe protectrice extérieure. Les hommes auraient rogné et détruit à leur gré cette sainte et vivante vérité, et cela aurait été la fin de toute vie. Mais étant donné que le sens intérieur est ainsi caché, et que le monde n'a pas la possibilité de le trouver, la vie est assurée, même si le vêtement extérieur est déchiré en mille morceaux. Certes, de cette façon, le sens de la Parole, quand il est révélé, s'exprime comme s'il était semblable au sens extérieur, tandis qu'il contient un sens spirituel vivant, et il est reconnaissable à ce qu'il embrasse l'Ordre divin tout entier, tandis que l'image qui le contient exprime seulement un sens circonstancié, qui ne peut jamais avoir une valeur générale.

Mais comme le Commandement que nous sommes en train de traiter, est dans l’image seulement une enveloppe extérieure, pour montrer sa valeur intrinsèque spirituelle vivante, nous voulons vous le mettre immédiatement en pleine lumière, avec une brève considération supplémentaire.

Le Commandement symbolique extérieur vous est connu; intérieurement il signifie: *N'aie aucun désir pour l'amour de ton frère ou de ta soeur !* Donc, pourquoi ce Commandement ainsi chargé de sens et de vie est-il enveloppé dans l'image de la femme que l'on ne doit pas désirer ? En cette occasion, j'attire seulement votre attention sur une parole du Seigneur Lui-Même, où Il s'exprime sur l'amour de l'homme pour la femme: *Le fils quittera son père et sa mère et s'unira avec son épouse.* Le Seigneur veut indiquer par-là que: Le plus fort amour de l'homme en ce monde, il doit le réserver pour son épouse. En effet, dans l'ordre de sa vie, à quoi tient-il le plus au monde, sinon qu'à sa chère et brave épouse ? Dans la femme donc est placé tout l'amour de l'homme; et de même, la femme, dans l'ordre de sa vie, n'aime rien plus fortement qu'un mari qui correspond à son coeur. Ainsi aussi, dans ce Commandement, dans l'image de la femme, est placé l'amour complet, puisque la femme, en réalité, n'est rien d'autre qu'un délicat revêtement extérieur de l'amour de l'homme.

A qui peut-il maintenant échapper que dans l'image: *TU ne dois pas désirer la

femme d'autrui* il n'est pas dit autrement que: *TU ne dois pas désirer l'amour du prochain à ton seul avantage*, et avec cela il faut entendre naturellement, tout l'amour, étant donné que la femme dans le monde comprend également en elle tout l'amour de l'homme. Pour peu maintenant que vous examiniez cela de très près, vous comprendrez facilement que toutes les incertitudes extérieures que nous connaissons de la Loi symbolique extérieure, ne sont rien d'autre que d'authentiques certitudes intérieures générales, et nous le verrons aussitôt.

Regardez, le *tu* est incertain, car dans le sens intérieur chacun est compris, et c'est la même chose qu'il s'agisse du genre masculin ou du genre féminin.

De même, le terme *femme* est tenu dans le vague, et il n'est pas dit s'il s'agit d'une femme âgée ou bien d'une jeune, d'une seule ou de plusieurs, d'une jeune fille ou d'une veuve; pourquoi donc cela est-il ainsi indéterminé ? Car l'amour de l'homme est seulement UN, et il n'est ni pour une femme jeune ou âgée, une belle ou une laide, une veuve ou une jeune fille, mais il est l'AMOUR, et, en tout homme, semblable à une femme, qu'aucun autre homme n'a le droit de désirer, en premier lieu parce que cet amour est la vie-même de chaque homme, et en second lieu parce que chacun qui a de cet amour un sens égoïste et envieux de l'amour de son prochain, est, d'une certaine manière, comme quelqu'un qui a envie de combiner un massacre pour s'emparer de l'amour d'autrui (c'est-à-dire de la femme de son prochain, et non de toute sa famille) à son propre avantage. Quant au sens de *prochain* ou voisin, il est imprécis, parce que dans le sens intérieur on ne fait pas de distinction de degrés: chaque être humain est compris.

Je suppose qu'avec cela, vous verrez suffisamment clairement que le sens intérieur, que je vous ai signalé, est le seul juste, parce qu'il englobe tout.

Mais certains, peut-être insuffisamment éclairés par leur quartier de lune, pourront dire: "Eh bien, si les choses sont ainsi, alors celui qui a des relations avec la femme ou la fille de son voisin, ou si du moins il le désire, ne commet pas de péché. Mais je te dis: "Quand il est dit de ne pas attirer à toi l'amour de ton prochain, n'entend-on pas avec cela son amour intégral et naturel au complet, dans lequel est inclus tout ce qu'il conserve dans son coeur, et qui lui est aussi cher que sa vie ? Tu vois donc que, dans le Commandement, il n'est pas seulement inclus ton désir pour l'épouse ou les filles de ton prochain, mais bien plutôt tout ce qu'un tel amour englobe en lui. Au commencement, ces deux Commandements étaient donnés en un seul, et la seule chose qui les distingue, c'est que le neuvième Commandement, c'est-à-dire, l'amour du prochain à respecter, est exposé avec davantage de détails... Et dans le dixième Commandement est ainsi exposé, dans le sens intérieur, ce que l'on doit respecter, mais résumé en un terme commun. Donc, que le désir pour la femme ou pour les filles du voisin soit défendu, tout homme peut sans aucun doute le constater; et la chose se trouve réellement comme si quelqu'un devait s'approprier un boeuf; alors certes il ne pensera pas à laisser de côté les cornes, la queue, les oreilles et les pieds; mais s'il le prend, il prend en entier et en cachette tout ce que comporte le boeuf. Ou bien, dans un sens plus noble, c'est, comme si le Seigneur donnait un monde à quelqu'un mais à condition de n'être le maître absolu que de ce qui est à l'intérieur, tandis que la surface extérieure au complet serait la propriété du Seigneur.

Je suis d'avis que tout cela ne pouvait pas être donné plus clairement pour la

compréhension par l'homme de ce qui concerne le sens intérieur spirituel de ce Commandement, tel qu'il est éternellement valable en tous les Cieux, et tel qu'il conditionne le bonheur de tous les anges; et nous avons ainsi surmonté toutes les objections possibles.

 

Emmanuel Swedenborg

Jacob Lorber