4 - Honore ton père et ta mère :

 

" Lorsqu'on lit ce précepte du Décalogue : Ton père et ta mère tu honoreras, l'homme, dans le monde, par le Père et la Mère entend le Père et la Mère sur la terre, comme aussi tous ceux qui sont ou qui peuvent être à la place du père et de la mère; et par honorer il entend les avoir en honneur; mais l'Ange du Royaume spirituel par le Père entend le Divin Bien et par la Mère le Divin Vrai, et par honorer il entend aimer; et l'Ange du Royaume céleste par le Père entend le Seigneur et par la Mère le Ciel et l'Église, et par honorer il entend faire. L'honneur signifie le bien de l'amour, et la prolongation des jours qui est promise signifie la félicité de la vie éternelle. D'après cela, il est maintenant évident que le troisième Précepte et le quatrième enveloppent des arcanes sur le Seigneur ; à savoir, la reconnaissance et la confession du Divin du Seigneur, et le culte du Seigneur d'après le bien de l'amour. " 

 

" Quant à la loi qui ordonne des offrandes au Temple en remplacement de la loi mosaïque sur les devoirs des enfants envers leurs parents, il en fut de celle-là comme de beaucoup d'autres. Au début, elle paraissait fort bonne et juste et n'avait trait qu'aux seuls enfants dont les parents — comme c'est souvent le cas — étaient de véritables rebuts de l'humanité. Curieusement, ceux-ci avaient souvent des enfants bons et honnêtes qui, dans leur piété, reconnaissaient et comprenaient fort bien la malignité foncière de leurs vrais parents. Les choses que ces mauvais parents exigeaient d'eux leur faisaient dresser les cheveux sur la tête ; pourtant, selon la loi mosaïque mal comprise, il fallait honorer ses parents avant tout par l'obéissance ! C'est pour cette raison qu'à une époque où le Temple était encore bon, certains de ces enfants malheureux, pour savoir ce qu’ils devaient faire, s'adressèrent au Temple en ces termes : "Il est vrai que Moïse, inspiré par Dieu, a ordonné qu'on obéisse à ses parents et qu'on les respecte et les honore de cette manière sa vie durant, afin de vivre longtemps et d'être heureux sur terre ; mais Moïse a aussi commandé de ne pas tuer, ni voler, ni mentir, de ne pas s'adonner à la luxure avec des jeunes filles, et encore moins de convoiter la femme de son prochain. Mais nos méchants parents nous commandent de faire tout cela ! Que pouvons nous faire pour ne pas pécher contre les commandements de Moïse ?" C'est alors que le grand prêtre, certes traversé par l'Esprit divin, leur dit : "Tenez-vous à l'écart de tels parents, faites une offrande en lieu et place de cette mauvaise obéissance, et priez Dieu, et cela vaudra mieux pour vous, et aussi, par la grâce d'en haut, pour vos parents indignes !" 

C'est ainsi que de tels enfants purent alors quitter leurs mauvais parents, apporter une offrande au Temple pour eux-mêmes et pour leurs mauvais parents et chercher ensuite à s'employer chez de bonnes gens afin d'y mener une vie qui plût à Dieu. Jusque-là et dans cette mesure, cette loi était d'origine parfaitement divine. Mais avec le temps, les méchants loups qui, déguisés en agneaux, avaient pris place dans les chaires de Moïse et d'Aaron, généralisèrent cette loi, et les enfants indignes de fort bons et honnêtes parents purent eux aussi racheter par des offrandes l'obéissance qu'ils devaient à leurs parents, afin de pouvoir ensuite pécher en toute liberté et sans scrupule ! Le double commandement divin était donc par là doublement enfreint, et remplacé par une règle purement infernale et humaine, qui ne pouvait bien sûr être aux yeux de Dieu que la pire abomination, parce qu'absolument contraire à Son ordonnance ; car tout homme qui pense tant soit peu clairement doit bien voir au premier regard qu'une telle règle ne peut avoir qu'une origine purement infernale et satanique, et en aucun cas divine ! Du reste, tout cela prendra bientôt fin, et il n'y aura plus guère lieu de s'enflammer là contre. Par ailleurs, il est assurément tout à fait bon que le faible soit guidé par le fort ! Or, les parents sont toujours plus forts que leurs enfants, et il est donc tout à fait bon que les enfants se laissent guider par leurs parents ; mais quand le faible s'aperçoit que le fort veut le précipiter dans un abîme fatal, il fait très bien de s'arracher à son emprise et de se chercher un lieu sûr."

 

Emmanuel Swedenborg 

Jacob Lorber