5 - Tu ne tueras point :

 

" Dans le sens plus éloigné ou le sens céleste-spirituel de ce précepte : Tu ne tueras point, c'est que tu ne dois pas enlever à l'homme la foi de Dieu ni l'amour, ni par conséquent la vie spirituelle cela est l'homicide même, car l'homme est homme par cette vie, à laquelle est assujettie la vie du corps comme la cause instrumentale l'est à la cause principale. De cet homicide spirituel dérive aussi l'homicide moral ; c'est pourquoi celui qui est dans l'un est aussi dans l'autre ; en effet, celui qui veut enlever à l'homme la vie spirituelle a de la haine contre lui s'il ne peut la lui enlever, car il hait la foi et l'amour chez lui, par conséquent l'homme lui-même. Ces trois choses, savoir, l'homicide spirituel qui concerne la foi et l'amour, l'homicide moral qui concerne la réputation et l'honneur, et l'homicide naturel qui concerne le corps, se suivent en série, l'un procédant de l'autre, comme la cause et l'effet. 

 

Puisque tous ceux qui sont dans l'enfer ont de la haine contre le Seigneur, et par conséquent de la haine contre le Ciel, car ils sont opposés aux biens et aux vrais, c'est pour cela que l'enfer est lui-même Meurtrier, ou ce dont provient l'homicide même ; que l'homicide même provienne de l'enfer, c'est parce que l'homme est homme par le Seigneur au moyen de la réception du bien et du vrai ; c'est pourquoi détruire le bien et le vrai c'est détruire l'humain même, par conséquent c'est tuer l'homme. Que tels soient ceux qui sont dans l'enfer, cela n'a pas encore été connu ainsi dans le Monde, par la raison que chez ceux qui sont de l'enfer, et qui par cela même viennent après la mort dans l'enfer, il n'apparaît pas de haine contre le bien et le vrai, ni contre le Ciel, ni à plus forte raison contre le Seigneur ; car chacun, pendant qu'il vit dans le Monde, est dans les externes qui sont, dès l'enfance, instruits et habitués à contrefaire les choses appartenant à l'honnête et au décent, au juste et à l'équitable, au bien et au vrai ; mais toujours est-il que la haine est profondément cachée dans leur esprit, et cela au même degré dans lequel est le mal de leur vie, et comme la haine est dans l'esprit, c'est pour cela qu'elle fait irruption quand les externes ont été dépouillés, ce qui arrive après la mort. 

  

Lorsqu'on lit ce précepte : tu ne tueras point, l'homme par tuer entend aussi avoir de la haine et désirer la vengeance jusqu'au meurtre; mais l'Ange du Royaume spirituel par tuer entend tuer l'âme de l'homme par des scandales de la vie et par des raisonnements qui donnent à l'homme la mort spirituelle; et l'Ange du Royaume céleste par tuer entend induire l'homme à croire que Dieu n'existe pas, et qu'il n'y a ni Ciel ni enfer, de sorte que l'homme périt quant à la vie éternelle. "

 

"Ajoutez à vos observations l'histoire du peuple hébreu à qui cette loi a été donnée pour ainsi dire, à peine forgée, et vous trouvez le curieux contraste que, le premier, le porteur même de la Loi, Moïse a fait tuer un grand nombre d'hébreux, et ses successeurs durent en faire autant avec ceux qui avaient péché contre la loi. *Tu ne dois pas tuer*... Cette loi se trouvait, comme toutes les autres dans l'Arche d'Alliance. Que fit par contre l'armée israélite, quand elle entra dans la Terre Promise, avec les précédents habitants de ce pays ?

Que fit même David, l'homme selon le Cœur de Dieu ? Que fit le grand Prophète Elie ? Vous voyez, tous tuèrent, et ceci, très souvent et de diverses manières, et de plus, extrêmement cruellement.

Qui de vous, s'il est d'esprit sensé et sincère, ne se sent pas poussé à exprimer à cet égard le suivant jugement: Quelle espèce de Commandement est celui-ci, contre lequel - comme contre aucun autre - même les premiers prophètes appelés par Dieu, étaient contraints à agir ? C'est pourquoi, un tel Commandement est aussi peu efficace que s'il n'existait pas; et même dans les temps actuels, tuer les frères en guerre, est même une question d'honneur ! 

 

Cependant, afin que vous puissiez comprendre facilement et profondément la clarification qui suivra, j'attire seulement votre attention sur le fait qu'en Dieu, la conservation éternelle des esprits créés est la condition fondamentale immuable de tout l'Ordre divin. Quand vous savez cela, tournez le regard sur l'opposé, c'est-à-dire sur la destruction, et vous avez le Commandement devant vous dans sa pleine signification spirituelle et matérielle.

Mais étant donné que, sur la Terre, même le corps de l'homme, jusqu'au temps fixé par Dieu, est nécessaire pour la fortification de l'esprit qui doit durer éternellement, donc, sans un ordre exprès de Dieu, nul n'a le droit, de sa propre volonté, de détruire son propre corps, ni celui de son frère. Il est bien vrai que Dieu tue chaque jour des corps d'hommes; mais cela arrive au bon moment, quand l'esprit, d'une manière ou d'une autre, a atteint une certaine maturité."

 

Emmanuel Swedenborg

Jacob Lorber