6 - Tu ne commettras point d'adultère :

 

"Dans la première Eglise, qui était celle Adamique, un tel acte procréateur était accompli par les hommes d'alors - qui étaient en rapport continu avec les Cieux - également de manière plus spirituelle que sensuelle.

A l'occasion d'un tel acte, les deux conjoints étaient pénétrés, plus que d'habitude, par l'esprit divin; par suite de quoi, ils tombaient dans un sommeil physique, se réveillaient bien vite de ce sommeil naturel, et devenait alors UN dans l'esprit, et pour cette raison aussi complètement transportés dans les Cieux. Là seulement, ils accomplissaient l'acte de la procréation; après quoi, ils étaient immédiatement séparés, et ramenés dans leur corps physique, dans le monde naturel. C'est la raison pour laquelle, alors, cet acte était aussi appelé *s'endormir, ensemble* ou proches. Mais, étant donné qu'avec le temps, à cause des plaisirs du monde, les hommes étaient devenus toujours plus matériels et sensuels, ils commencèrent à s'approcher des femmes, sans aucune préparation spirituelle, dans leur sphère naturelle, et donc de manière purement animale, et ainsi ils ne tombèrent plus en ce sommeil naturel, pour pouvoir rendre l'esprit libre.

Suite à cela, les fruits aussi, à cause de cette action, devinrent plus sensuels et plus matériels; comme justement étaient plus sensuelles et plus matérielles, la cause et l'action même qui les avaient produits. Vous-mêmes avez l'habitude de dire: *Ex trunco non fit mercurius* (ou bien : Tel père, tel fils); c'est pourquoi, comment serait-il possible, par la voie purement animale, d’engendrer de

l'esprit ? Je suis d'avis que, si vous réfléchissez un peu sur cette très importante exposition tirée de l'histoire ancienne, vous pourrez vous représenter l'acte d'accouplement purement céleste de façon plus exacte et plus digne que ce que vous auriez pu concevoir, en considérant cet acte seulement sur la base de son actuelle manifestation, exclusivement sensuelle. Et ainsi, par suite de cela, la Loi Mosaïque le définissait nécessairement en raison de son impudicité, comme impur, et donc aussi profane."


" Si la vie d'un homme n'est pas une simple plaisanterie, mais une chose sérieuse et sacrée, l'acte par lequel il naît ne peut être lui non plus une bagatelle, mais

uniquement une chose sérieuse et sacrée. Comprends bien le principe, et tout s'éclaircira bien vite de soi-même ! Ce ne sont pas les agréables sensations de l'acte elles-mêmes qui doivent le motiver, mais seulement le fait de concevoir un être humain ! Si tu comprends cela, tu découvriras bientôt que les sensations agréables ne sont qu'un phénomène accessoire qui rend possible dans la nature de la chair l'oeuvre d'incarnation. Si c'est le motif essentiel qui te pousse, tu peux agir, et tu ne seras pas pécheur ! Cependant, pour être en règle, il faut encore prendre en considération bien d'autres choses. Cet acte ne doit pas être accompli en dehors du véritable amour du prochain; or, un principe essentiel du véritable amour du prochain dit : "Ne faites pas à votre prochain ce que vous ne voudriez pas qu'il vous fasse !" Imagine que tu aies une fille qui commence à s'épanouir et qui fait la joie de ton cœur de père ; tu ne te soucies de rien tant que d'assurer un vrai bonheur salutaire à cette fille tendrement chérie. Ta fille est certes mûre et donc capable de procréer. Mais qu'éprouverais-tu si un homme par ailleurs parfaitement sain venait, poussé par le besoin de procréer avec une vierge, et concevait par force un fruit avec ta fille?! Vois-tu, tu serais plein d'une

terrible colère contre un tel scélérat, et tu ne le laisserais pas s'en aller sans l'avoir châtié aussi durement que possible ! Pourtant, cet homme n'aurait pas péché contre la chasteté, parce qu'il aurait véritablement été poussé par la nécessité de ne pas répandre sa semence hors d'un récipient adéquat, ce qui aurait coupé le fil d'une existence humaine. Pourtant, l'acte n'en est pas moins fautif par ailleurs, parce que le véritable amour du prochain a subi par là un coup très violent ! Suppose que tu te sentes toi-même poussé à cet acte sérieux dans un pays étranger, que tu rencontres dans la campagne une femme mariée, que tu la persuades, par l'argent et la parole, de satisfaire ton besoin et que cette femme y consente, tu n'aurais ainsi commis aucun péché contre la chasteté, ni même un adultère, même si cette femme était l'épouse légitime d'un autre. Mais si tu avais alors songé de quels graves et noirs soupçons et de quelles persécutions cette femme allait être l'objet quand son mari lui dirait : "Femme,

explique-moi qui a déposé en toi sa semence, puisque je ne t'ai pas touchée depuis tel moment !"— vois-tu, tu aurais ainsi commis un grave péché contre l'amour du prochain en détruisant la paix domestique d'un couple ! Car tu aurais toujours pu réserver la satisfaction de ton besoin, même sérieux et non pas dicté par une passion libidineuse, pour une occasion plus propice ! Tu vois par là que dans de tels actes par ailleurs tout à fait honnêtes et non contraires à la véritable chasteté, un homme doit aussi prêter attention à toutes les autres circonstances humaines accessoires, s'il ne veut pécher contre quelque autre loi.


Cependant, un homme peut tout aussi bien, et plus encore, se rendre coupable de luxure avec son épouse qu'avec une prostituée. Car avec une prostituée, il n'y a plus rien à corrompre, parce que tout est déjà corrompu ; mais l'on peut exciter exagérément une épouse et la pousser ainsi à une concupiscence passionnée qui peut alors faire d'elle une prostituée bien pire qu'une femme non mariée. Mais celui qui couche avec une femme non mariée pèche contre la chasteté, parce que son acte a pour seul motif la satisfaction de sa lascivité et non la conception d'un être humain, et ne peut avoir d'autre motif, car le simple bon sens doit lui dire qu'on ne sème pas le blé par les chemins. Outre le péché contre la chasteté ordinaire, cependant, celui qui couche avec une prostituée commet aussi un péché envers sa propre humanité et celle de la prostituée, parce qu'il peut fort bien causer ainsi un grand dommage à sa propre nature, et qu'il renforce encore l'état de secrète possession de l'aveugle prostituée et la rend incurable, ce qui est là encore un péché contre l'amour du prochain. De la même manière, celui qui couche avec une femme mariée devenue une prostituée est doublement pécheur, et quadruplement s'il est lui-même un homme marié, parce qu'il commet ainsi en outre un adultère."


"C'est évidemment le sixième Commandement, dans sa structure fondamentale,

l'un des plus difficiles à comprendre, et d'autant plus à observer exactement, dans son fondement vital. Avec ce Commandement, qu'est-il proprement défendu ? Et, en général, qui concerne ce Commandement ? L'esprit, l'âme ou le corps ? Lequel de ces trois éléments vitaux ne doit pas pratiquer l'impudicité ?

Ensuite il y aurait une question: Qu'est vraiment et réellement l'impudicité ? Qu'est l'adultère ? Le réciproque accouplement est-il peut-être impudique ?

Si c'est le cas, alors, avec ce Commandement est placé le veto à toute procréation ? En effet, dans le simple Commandement, nous ne trouvons absolument pas qu'il soit fait mention de quelques exceptions, car il est dit simplement: *Tu ne dois pas pratiquer l'impudicité*. Donc, si l'acte de l'accouplement devait être considéré d'une certaine manière comme le point de l'impudicité, je voudrais moi-même connaître celui qui - étant donné comme sont les choses sur la Terre présentement - serait en mesure de réaliser une procréation sans cet acte défendu ! Que cela arrive dans le mariage ou hors de celui-ci, l'acte est le même, qu'il soit accompli réellement pour la procréation, ou non. En outre, le Commandement ne contient en soi aucune condition, selon laquelle un mariage régulier exclue l'impudicité. D'autre part, il doit apparaître clairement à tout homme, qu’au Seigneur tient à cœur de manière spéciale la perpétuation du genre humain, et une sage éducation de ce dernier. Mais de quelle manière le genre humain pourrait-il se propager et se perpétuer si l'acte procréateur devait être interdit avec le châtiment de la mort éternelle ? Cela, chacun peut le saisir de la main, de sorte que, ici aussi, il est évident qu'il y a erreur d'interprétation.

En plus de cela, chacun est contraint de témoigner qu'en aucun autre des

Commandements à observer, ne sont placés par la nature à l'homme en général autant d'entraves sur lesquelles il doit buter, comme réellement en celui-ci.

Tout homme, quand il a été élevé de manière assez ordonnée, ne trouve pas de difficultés, ou tout au plus une minime seulement à se conformer aux autres Commandements; mais en ce qui concerne ce Commandement, la nature contrarie tous les desseins, même pour un apôtre PAUL ! Evidemment, nous voyons une interdiction du plaisir charnel, qui est inséparable de l'acte générateur. Si l'interdiction se réfère seulement au plaisir charnel et non à l'acte générateur, on se demande si l'on devrait détacher l'acte générateur accompli dans l'ordre, du plaisir charnel ? Qui de vous peut prouver ou soutenir que les deux conjoints légalement unis ne jouissent pas, dans l'acte générateur, aussi du plaisir temporel ? Et même, où est le couple de conjoints qui, au moins pour la moitié, ne sont pas

poussés à l'acte générateur, par le plaisir charnel qui y est joint ? Mais de cela, nous voyons qu'en ce qui concerne l'impudicité, objet de ce Commandement, nous ne pouvons absolument pas le rapporter à l'acte charnel de la procréation, puisque, ou il devrait être un pur acte générateur qui n'ait rien à voir avec le plaisir charnel, ou bien, étant donné qu'un semblable acte n'est pas faisable, l'acte charnel de la procréation ne peut être considéré comme soumis à une telle loi, mais bien plutôt comme une action de l'homme, volontaire et impunissable.

Cependant, comme déjà indiqué, la Loi est exprimée simplement sans aucune exception et sans pitié. La nécessaire persistance de l'homme parle nettement contre la défense de cet acte, de même que la nature toujours avide qui n'épargne pas. En effet, l'homme, quel qu'il soit, quel que soit son état social et économique, n'en est pas exempté quand il a atteint sa maturité; autrement il devrait se faire châtrer, et rendre tronquée et non efficiente sa nature, étant donné que de son envie il ne s'en délivre en aucun cas, même s'il est empêché de la mettre en pratique par des circonstances extérieures diverses.


Donc, avec la chair il n'y a rien à voir... alors peut-être cette Loi regarde-t-elle exclusivement l'âme ? Je suis d'avis que l'âme étant le principe vivant du corps, sans elle la chair est complètement morte, étant donné que la vitalité et la libre action de celle-ci dépendent exclusivement de l'âme. Et, il n'existe en aucun lieu un super-érudit qui puisse affirmer que l'âme n'a rien à voir avec les libres actions du corps. Le corps assurément est seulement l'instrument de l'âme, disposé de manière appropriée à son usage; alors, comment un Commandement peut-il valoir exclusivement pour le corps qui par lui-même est un organisme dépendant, comme une machine morte par elle-même ! Quand quelqu'un a commis une faute avec une hache, est-ce peut-être la faute de la hache, ou bien de la main (ainsi que l'inattention de sa volonté intérieure). Je suppose que dans un tel cas, nul ne voudrait affirmer que le coup erroné doit être attribué à la hache.

Tout aussi peu, peut-on attribuer au corps l'acte générateur comme une action pécheresse, mais bien plutôt seulement au principe opérant qui, dans ce cas, est l'âme vivante. Par conséquent aussi notre élucidation critique faite jusqu'à présent de ce Commandement vaut seulement pour l'âme, qui à travers la chair, pense, désire, veut et agit; et c'est pourquoi justement l'âme, selon le critère précédemment exposé, est nécessairement dégagée de ce Commandement !

Donc, même si l'âme en un certain sens n'a rien à y voir; alors la chose ira-t-elle

mieux avec l'Esprit ? Nous voulons voir maintenant ce que nous pouvons tirer du point de vue de l'Esprit. En premier lieu qu'est vraiment l'Esprit ? - L'Esprit en soi est le véritable Principe Vital de l'âme; l'âme sans l'Esprit n'est autre qu'un organe substantiellement éthéré, qui possède certes toutes les facultés pour l'accueil de la Vie, mais qui sans l'Esprit n'est qu'un polype, substantiellement et spirituellement éthéré, qui étend continuellement ses bras vers la Vie, et absorbe tout ce qui convient à sa nature. L'âme donc, sans l'Esprit, est seulement une force polaire muette (négative), qui porte en elle un sens émoussé qui la pousse vers la saturation; mais qui, d'elle-même, ne possède aucun jugement, grâce auquel elle puisse voir clairement avec quoi elle se rassasie et à quoi le rassasiement lui sert. L'âme peut être comparée, en ce cas, à un crétin au plein de sa stupidité, qui ne sent en lui pas d'autre désir que celui de se rassasier.

Avec quoi et pourquoi ? De cela il n'a aucune idée. Quand il sent une grande faim, il dévore ce qui lui tombe sous la main, que ce soit des immondices ou bien du pain, ou de la nourriture destinée aux porcs; cela, pour lui, c'est la même chose. Vous voyez quelle est la condition de l'âme sans l'esprit; et les crétins cités à l'instant ont une vie seulement animique, et dans leur âme il y a seulement un esprit faible, ou souvent même absolument aucun esprit.


Pour vous assurer que sur cela il n'y a aucun doute, il vous suffit de jeter un regard dans le monde des esprits ténébreux. Que sont-ils vraiment ? Ce sont, après la mort, des âmes survivantes qui, durant leur existence dans le corps, ont tellement affaibli et comprimé leur esprit de la manière la plus inconsidérée, et souvent méchante, que ce dernier dans l'état où il se trouve ainsi, est à peine capable de communiquer une toute petite incitation de vie, mais dans laquelle, tous les avantages que la vie offre, doivent souvent rester éternellement dans la coulisse ! Mais comment de tels êtres se comportent-ils dans l'au-delà, en face des vivants esprits bienheureux ? Pas autrement sinon qu'en vrais imbéciles, c'est-à-dire, en vrais crétins spirituels; et en outre, ils sont si déformés que souvent ils n'ont même plus la plus petite trace de figure humaine. Ces êtres, dans le monde des esprits, sont, dans leur façon d'agir, tout aussi peu responsables, en raison de l'absence de l'esprit en eux. Maintenant que cela a été prouvé de manière évidente, on demande: Alors, comment, et de quelle manière l'Esprit absolu peut-il pratiquer l'impudicité ? L'esprit peut-il avoir des envies charnelles ? Je suppose qu'il ne pourrait y avoir une contradiction plus grande, si un homme voulait sérieusement penser à un *esprit charnel*, qui par la nécessité des choses, devrait être matériel, pour pouvoir avoir en lui-même des envies grossièrement matérielles. Donc si un prisonnier ne trouve certes pas le plus grand bien-être dans sa captivité, de son côté aussi l'esprit trouvera encore moins de satisfaction à s'allier éternellement dans son être très libre avec la matière brute, et à trouver plaisir en elle. Etant donné ces considérations, c'est certainement la plus grande sottise qu'un homme peut exprimer en disant que l'esprit peut pratiquer l'impudicité. Maintenant on demande: Qu'est vraiment l'impudicité, et qui est-ce qui ne doit pas la pratiquer, du moment que nous avons constaté que ni le corps, ni l'âme, ni l’esprit ne peuvent la commettre, comme nous le savons maintenant.


Certains pourraient dire: Moises'exprima plus tard, avec davantage de détails à

cet égard, c'est-à-dire, en permettant l'acte générateur selon l'ordre, seulement entre conjoints bénis; dans un cas différent il restait toujours défendu. N'importe quelle autre procréation, spécialement si celle-ci arrivait entre un homme déjà marié et la femme d'un autre homme, selon l'ordre devait être considérée comme un adultère, et les deux adultères passibles de la peine de mort. C'est exact, cependant, d'ultérieures ordonnances ne confèrent pas à la Loi donnée au commencement dans son sens simple, un aspect différent. Qui veut s'y conformer, doit s'en tenir quant au processus à la Loi première; en effet, en elle, ni l'impudicité, ni l'adultère n'y sont défendus dans une force déterminée.


Jusqu'à présent nous avons clairement expliqué ce que tout au plus on pourrait

comprendre sous *l'impudicité*; mais étant donné que tout tient à indiquer l'acte générateur, il résulte aussi qu'il est impossible de pouvoir considérer comme défendu par cette Loi tout ce qui nous est connu comme appartenant à l'impudicité. Maintenant il pourrait s'avancer un plus grand expert de la chose, disant: Sous *l’impudicité* défendue, on doit entendre uniquement la vaine satisfaction de l'impulsion sensuelle. Bien, dis-je; mais si un homme, avec la femme d'un autre homme, qui ne peut être fécondée par le mari, engendre effectivement un fils; dans ce cas peut-on aussi l'accuser d'adultère coupable ? Et je demande encore: Et si un jeune, poussé par son ardente nature, a engendré un fils avec sa jeune fille, peut-on lui imputer cela comme un péché *d'impudicité* ? Et encore une question: Quand un homme sait par expérience que son épouse est stérile, et qu'il s'unit cependant à elle, parce qu'elle est de chair florissante et que cela l'excite, et que ce faisant il satisfait évidemment pour rien son penchant sensuel, cet acte peut-il être considéré comme un péché d'impudicité ? Et une autre question encore: Il y a en ces temps - comme d'ailleurs il y en a eu en tous les temps - de très nombreux êtres des deux sexes, qui sont sans autre, aptes à procréer, et qui ont une nature puissamment stimulante, mais qui pour des raisons politiques ou d'indigence, ne sont pas en mesure de se marier; si malgré cela, de tels êtres ainsi tourmentés, accomplissent l'acte générateur, pèchent-ils contre ce sixième Commandement ?

On dira: Ils devraient sacrifier à Dieu leur impulsion, et ne pas s'unir, et ainsi ils ne pécheraient pas. Mais je vous dis: Quel juge peut déclarer que cette erreur est un vrai péché ? Donc, le riche a-t-il peut-être quelque mérite particulier à pouvoir prendre femme en parfaite règle, par rapport au pauvre qui, par la nécessité des choses, doit renoncer à un tel bonheur ? Celui qui est aisé a-t-il avec cela un plus grand droit que le pauvre à procréer ses semblables ? - Peut-être est-ce l'argent qui sanctifie la procréation, puisque le riche peut se placer en possession régulière d'une épouse, ce qui naturellement est impossible à mille hommes dénués de moyens ? Ici se place le fait de demander: A qui est vraiment la faute du multiple appauvrissement des hommes ? Certainement à personne d'autre qu'au riche fortuné qui, grâce à ses spéculations égoïstes attire à lui tant de trésors, avec lesquels souvent ils pourraient rendre possible à mille hommes de fonder un foyer, avec un mariage régulier. Et alors, seul le marié devrait être exempt du péché d'impudicité, quand il engendre des enfants avec sa légitime épouse; tandis que seul le pauvre devrait être le bouc émissaire, justement parce qu'il ne peut prendre épouse ? Cette façon de juger, ce serait un peu comme si sur la Terre on voulait établir un lieu de pèlerinage, mais en y mettant comme condition que nul ne devrait le rejoindre à pieds, pour obtenir une soi-disant grâce; mais bien plutôt que chacun qui voudrait visiter un tel lieu et recevoir une grâce, devrait s'y rendre dans un très élégant équipage ! Celui qui devrait considérer cette loi comme juste, devrait provenir sérieusement d'un monde, dont même pas le Créateur du Ciel et de la Terre ne sait quelque chose, c'est-à-dire d'un monde qui n'existe en aucun lieu; ou bien il devrait être un délégué de Satan ! De ces considérations, nous voyons que l'explication du sixième Commandement devient toujours plus difficile. Que devons-nous faire pour tirer de ce Commandement une signification pleinement valable ?


Je vous dis par avance que la chose n'est pas si simple, comme certains pourraient l'imaginer. En effet je dis: Pour tirer de ce Commandement sa juste signification, il faut le saisir en profondeur, c'est-à-dire, dans sa racine originelle; autrement on se trouve toujours dans la double position de considérer comme péché ce qui ne l'est même pas de loin, et par contre, de négliger ce qui est vraiment péché, en le considérant comme une chose dont il ne vaut même pas la peine de s'occuper. Mais où se trouve la racine ? - Nous le verrons aussitôt - Vous savez que l'Amour est la Cause originelle et la condition fondamentale de toutes les choses; sans l'Amour, pas une chose n'aurait été créée, et sans l'Amour une existence ne serait pas pensable; comment aurait-on jamais pu former un monde, selon la Volonté du Créateur, sans la force d'attraction réciproque ? Qui ne devrait pas saisir cela, qu'il s'imagine un monde dénué de la force d'attraction réciproque, et il verra comment tous ses atomes se sépareront immédiatement les uns des autres et se volatiliseront comme dans le néant.


Donc, l'Amour est la base de tout, et, en même temps, la clé pour tous les mystères. Mais comment peut-on mettre en relation explicative, justement l'Amour, avec notre sixième Commandement ? Je vous dis: Rien de plus facile que cela, étant donné qu'en aucun acte dans le monde, l'amour n'est autant tissé que dans celui que nous calculions être le *péché d'impudicité*. D'autre part nous savons que l'homme est apte à un double amour, c'est-à-dire, celui divin, contraire à tout amour de soi, et ensuite, celui de soi, contraire à tout Amour Divin. Maintenant on demande: Si quelqu'un accomplit l'acte générateur, quel amour en a été la poussée fondamentale ? L'égoïsme peut-être, sous le pouvoir duquel se tient toute sensualité, ou bien l'amour divin, lequel veut seulement faire participer les autres à ce qu'il a, en s'oubliant complètement soi-même ?


Vous voyez, maintenant nous sommes déjà assez avancés sur la question de base de ce Commandement. Figurons-nous maintenant deux couples; l'un accomplit l'acte par morbidité sensuelle égoïste, tandis que l'autre au contraire avec une méditation reconnaissante sur la faculté procréatrice qui lui permet de transmettre sa semence à une femme pour éveiller en elle un fruit d'amour. Donc, lequel des deux a péché ? Je crois que d'autres paroles ne sont pas nécessaires pour une juste sentence, car il n'est point difficile de comprendre qui a péché. Mais afin que la chose vous paraisse pleinement claire, nous devons prendre davantage de familiarité avec le concept *Impudicité*. Qu'est la pudicité et qu'est au contraire, l'impudicité ? La pudicité est cet état d'esprit de l'homme, état dans lequel il est complètement délivré de l'égoïsme; c'est-à-dire, en lequel il est pur de toute tache d'amour de soi. L'impudicité, contrairement à la pudicité ou chasteté, est cet état d'esprit où l'homme prend en considération seulement lui-même, oeuvre pour lui-même, en oubliant complètement son prochain, spécialement en ce qui concerne la femme. L'égoïsme n'est cependant jamais aussi ignominieux que dans l'acte dont dépend la perpétuation de l'espèce. Et pourquoi donc ? La raison en est très claire.

Conformément à l'esprit de l'union, ainsi sera aussi le fruit. Si l'amour est divin, alors la semence sera pure, et de même, un fruit divin sera son produit. Mais si la semence est greffée avec l'amour de soi-même, c'est-à-dire, avec l'amour absolu des sens ou morbidité sensuelle, donc, dans un tel état impudique du cœur, quel pourra être son fruit ? Vous voyez, c'est cela que défend le sixième Commandement, c'est-à-dire, l'impudicité sensuellement égoïste - Si ce Commandement était observé intégralement la Terre serait encore un Paradis, car sur elle n'habiterait aucun homme égoïste, sensuel ou avide de domination !


Mais au contraire ce Commandement a déjà été transgressé à l'origine de

l'humanité; et le fruit de cette transgression a été l'intéressé et égoïste Caïn.

Mais de là résulte que non seulement la fameuse luxure - mais faussement appelée ainsi - (qu'il serait mieux d'appeler sensualité) appartient à la troupe des péchés que nous sommes en train de traiter, mais bien aussi n'importe quelle sensualité, spécialement quand un homme fait égoïstement de la femme, déjà faible en elle-même, un instrument pour son plaisir sensuel. Voilà ce qui doit être considéré comme une vraie impudicité; mais un bref complément nous rendra la chose encore plus claire.


En ce cas on pourrait dire - étant donné que dans le sixième Commandement on dit seulement: *Tu ne dois pas pratiquer l'impudicité* - que la fornication ou la prostitution ne peut être considérée comme défendue, puisque n'étant pas mentionnée dans le Commandement même. Mais je vous dis: Qu'est-ce que la fornication, qu'elle qu'en soit l'espèce, spirituelle ou charnelle ? Elle n'est autre qu'un accommodement du péché, c'est-à-dire de la manière suivante :

On philosophe en se mettant au-dessus de la possibilité de pécher, et l'on place tout dans le cercle des *besoins naturels*. Quand pour quelqu'un, sa propre nature manifeste la nécessité ou l'urgence de les satisfaire, l'homme, en vertu de son intelligence et de son imagination, cherche quelque chose d'agréable et d'opportun, en vue de réaliser pour toutes les nécessités pressantes de sa nature des moyens avec lesquels elles puissent être satisfaites. Naturellement l'animal doit satisfaire ses besoins de manière grossière, selon l'instinct, étant donné qu'il n'a ni intelligence, ni raison, ni esprit inventif; et c'est pour cette raison que l'homme s'élève au-dessus de l'animalité naturelle commune, de sorte qu'il peut dans son espèce satisfaire à son gré et de manière raffinée aux exigences de sa nature. Voilà pourquoi l'intellect de l'homme de culture dit:

"Qui peut compter, comme péché, si lui, avec l'aide de son intelligence se fabrique une somptueuse maison d'habitation, et abandonne son précédent trou dans la terre, ou dans le creux d'un arbre ? "Qui peut considérer un homme en péché s'il se construit un chariot, dompte le cheval, et puis fait un voyage beaucoup plus commode que s'il le faisait avec ses pieds faibles et souffrants ?

"Et en outre, qui peut attribuer à l'homme une erreur s'il cuit et assaisonne les fruits les fruits de la nature pour sa subsistance, les rendant ainsi plus agréables au palais ? "Ou bien, les choses dans le monde, pour qui d'autres ont-elles été créées, sinon pour l'homme, afin qu'il puisse s'en servir de manière utile ?

"Combien de choses belles et utiles l'homme n'a-t-il pas découvertes pour ses

commodités et pour sa joie ? Devrait-on peut-être lui attribuer une faute, si lui, avec son intelligence rend honneur au Créateur, sans quoi le corps de l'univers serait encore sans une trace de culture, comme un désert, où ça et là pousserait en vrac un ensemble de choux, de raves et d'orties ? "Donc, si les diverses cultures du terrain ne peuvent être attribuées à l'homme comme erreurs, bien qu'elles n'aient aucun autre but utile sinon que de faire jouir plus agréablement et plus commodément l'homme des choses du monde, d'un autre côté il ne pourrait absolument pas être considéré comme erreur, un usage plus raffiné dans le plaisir de la procréation; et ce d'autant plus qu'en cet acte, l'homme cultivé se différencie moins que n'importe quel autre de l'animal. "Par conséquent, même cette impulsion de l'homme doit pouvoir être satisfaite de manière plus raffinée, et ce, pour les mêmes raisons pour lesquelles, à travers leur intelligence et leur imagination, les hommes se fabriquent des maisons d'habitation, se confectionnent de doux vêtements, se préparent des plats savoureux, et se procurent d'autres satisfactions de ce genre. "Prenons le cas qu'un homme de classe supérieure ait pour sa satisfaction à choisir entre deux êtres féminins; l'une est sale, négligée et une vulgaire femme du peuple, l'autre est une jeune fille de classe plus élevée, proprement et élégamment habillée, et en outre, d'aspect florissant et attrayant. Maintenant on demande:

"Laquelle des deux choisira cet homme cultivé ? Certainement pas la première, mais bien plutôt la seconde, car devant la première son estomac se soulèverait.

"Donc, même dans ce domaine du raffinement, il est certainement bien qu'avec cela l'homme donne la preuve d'être supérieur, au point d'avoir en lui la force et la pleine capacité de rendre plus propre et plus agréable; ce qui est sale et dégoûtant. "Mais vu que l'homme, aussi bien que la femme, ressentent en eux, à cet égard, un fréquent et puissant désir à satisfaire, et que l'on ne peut prétendre que chaque fois soit procréé un enfant *en bonne et due forme*, entre à nouveau en lice le devoir d'exercer toutes les forces de son intelligence pour se procurer les moyens d'atteindre la satisfaction d'une telle impulsion, soit seulement avec l'accouplement contrôlé avec les femmes, ou avec l'onanisme ou l'homosexualité, ou, en certains cas avec la violation de garçons ? "En effet, avec cela aussi l'homme se distingue de l'animal, c'est-à-dire: pouvoir satisfaire cette impulsion qui est la plus naturelle par d'autres voies que celle indiquée en premier lieu par la grossière nature; et par conséquent on doit, de façon spéciale, approuver l'institution des maisons closes ou autres de ce genre, mises à la disposition de quiconque, maisons qui ne tournent certainement pas au déshonneur des hommes, mais bien plutôt seulement à l'honneur de leur intelligence !


"Vous voyez donc qu'en considérant les choses du point de vue naturel, on peut

bien peu s'opposer à ces considérations." En effet, il est exact que l'animal ne peut réaliser de semblables artifices, et toutes sortes de nuances dans la satisfaction de son impulsion sexuelle, de sorte qu'il est indéniable que même en cela on découvre un chef-d’oeuvre de l'intelligence humaine. Tout cela est exact; l'animal a en cela, son temps, en dehors duquel il reste complètement apathique en ce qui concerne la satisfaction de cette impulsion.


Mais, qu'est tout ce raffinement ? Cette question est brève, mais sa réponse est grande et importante. Donc, ce raffinement n'a sûrement pas d'autre cause fondamentale, sinon que la seule épouvantable sensualité. Mais comme nous savons que la sensualité est indiscutablement une fille de l'amour de soi-même, nous savons aussi qu'elle marche du même pas avec l'amour pour la domination et la possession. On ne peut nier qu'il est plus agréable de demeurer dans une belle maison que dans une humble et misérable cabane de bois et de terre; cependant, cherchons à observer ceux qui y habitent ! Comme il avance de son pas altier et superbe celui qui demeure dans un palais, et comme il s'incline tout contrit le simple habitant de la cabane, au passage d'un tel splendide maître ! Observons les habitants d'une grande ville, et comparons-les avec ceux d'un malheureux village de pauvres paysans. Les habitants de la grande ville ne pensent qu'au luxe et aux

divertissements, tous veulent vivre agréablement, et si possible briller plus les uns que les autres, et aspirer à des postes de maîtrise. Si un pauvre habitant de la campagne vient dans une grande ville, il doit pour le moins s'adresser même aux cireurs de chaussures en les traitant avec le titre de *votre grâce* pour ne pas s'exposer à quelques grossièretés. Allons par contre dans un village; là nous rencontrerons des pères de famille, hommes pacifiques et respectueux, qui ne s'adressent pas l'un à l'autre avec des *votre grâce*... ou bien *Monsieur de...*

Qu'est-il préférable: qu'un paysan dise à l'autre: *frère*, ou bien comme en ville, qu'une personne petitement aisée traite une personne plus grandement aisée d'un *votre grâce*, ou bien *Monsieur de...* ? Je suppose qu'il ne sera pas nécessaire de s'étendre davantage sur de semblables niaiseries, nées de l'intelligence humaine raffinée; mais bien plutôt, nous pouvons formuler aussitôt avec un jugement principal que tous ces raffinements ne servent à rien autre, en tant que position hypocrite, qu'aux fins de cacher les divers et sales désirs de domination, d'orgueil et d'idolâtrie, ainsi que de basse et sensuelle morbidité, en sacrifice de l'esprit humain à la morte nature extérieure. Et si ce sont là de vraies idolâtries, c'est aussi une vraie prostitution; et que cela ne puisse être accueilli dans la sphère de la pudicité, est prouvé par leur tendance.


Pourquoi Babel fut-elle appelée une prostituée ? Parce qu'il y avait en elle tous les raffinements. C'est pour cette raison que *pratiquer la prostitution* signifie de la manière la plus complète: Servir l'impudicité de la manière la plus impudente, selon toute la force vitale; de sorte que, un homme riche qui a pris une épouse florissante, avenante et sensuelle, seulement pour le plaisir, est ni plus ni moins qu'un fornicateur, et son épouse une vraie prostituée. Et c'est réellement ainsi qu'ici l'impudicité est montrée à ses enfants dans ses fondements tristes et misérables, comme elle est réellement, c'est-à-dire, rien autre qu'égoïsme et

sensualité. Il était nécessaire d'éclairer pour vous ce Commandement, d'autant plus profondément, étant donné que l'homme tombe plus en ce Commandement qu'en tous les autres, étant donné la constitution de sa nature physique."


Jacob Lorber