7 - Tu ne voleras point :

 

" Par les vols sont entendus non seulement les vols manifestes, mais encore les vols non manifestes, comme les prêts à usure et les gains illicites qui se font par des fraudes et des ruses, sous différentes formes afin qu'ils paraissent même comme licites, ou clandestinement afin qu'ils ne paraissent point du tout. Ces actes et plusieurs autres sont des vols dont il faut s'abstenir, et qu'on doit fuir et enfin avoir en aversion comme péchés contre Dieu, parce qu'ils sont contre les Lois Divines qui sont dans la Parole, et contre celle-ci qui est une des lois fondamentales de toutes les religions dans l'univers entier. Autant donc les genres et les espèces de vols ont été éloignés, et sont davantage éloignés, autant les genres et les espèces de biens, auxquels ils correspondent par opposition, entrent et les remplacent ; ces biens se réfèrent dans le commun au sincère, au droit et au juste : en effet, quand l'homme fuit et a en aversion les gains illicites qu'on obtient par des fraudes et des ruses, autant il veut le sincère, le droit et le juste, et enfin il commence à aimer le sincère parce que c'est le sincère, le droit parce que c'est le droit, et le juste parce que c'est le juste : s'il commence à les aimer, c'est parce qu'ils viennent du Seigneur, et que l'amour du Seigneur est en eux; en effet, aimer le Seigneur, ce n'est pas aimer sa personne, mais c'est affiner les choses qui procèdent du Seigneur, car elles sont le Seigneur chez l'homme ; par conséquent c'est aimer aussi le sincère même, le droit même et le juste même ; et comme ces choses sont le Seigneur, voilà pourquoi autant l'homme les aime, et agit par suite d'après elles autant il agit d'après le Seigneur, et autant le Seigneur éloigne les choses non sincères et non justes, quant aux intentions et aux volontés mêmes où sont leurs racines, et toujours avec moins d'effort et de combat, par conséquent avec plus de facilité que dans les commencements. De cette manière l'homme pense d'après la conscience, et agit d'après l'intégrité, non pas, il est vrai, que ce soit par lui-même, mais c'est comme par lui-même ; car il reconnaît alors par la foi, puis par la perception, qu'à la vérité il semble qu'il pense et agit par lui-même, lorsque cependant c'est, non par lui-même, mais d'après le Seigneur. Lorsqu'on lit ce précepte : tu ne voleras point, l'homme par voler entend voler, frauder, et sous un prétexte quelconque, enlever au prochain ses biens; mais l'Ange du Royaume spirituel par voler entend priver un autre de ses vrais et de ses biens par des faux et des maux; et l'Ange du Royaume céleste par voler entend s'attribuer les choses qui appartiennent au Seigneur, comme le bien de l'amour et le vrai de la foi, de sorte que le bien ne devient pas le bien, et le vrai ne devient pas le vrai, parce qu'ils proviennent de l'homme. "

 

"Que, pour le moment, sous l'expression *voler* - toujours à l'époque de la promulgation d'un tel commandement - il était impossible que pût être compris *le vol arbitraire des biens matériels à autrui* apparaît clairement, étant donné que lorsque la loi a été donnée, aucun de ceux qui appartenaient au peuple ne possédait quelque chose. Et même après que ce peuple fut entré dans la Terre Promise, la constitution d'état était telle, qu'elle ne reconnaissait à personne dans le pays, une propriété létale privée, mais elle avait en vue bien plutôt le plus possible la communauté des biens. Ensuite de quoi tout Israélite nécessiteux - à condition qu'il vécût selon l'ordre divin - devait trouver partout le plus cordialement accueil et hospitalité. Mais alors, si en ce Commandement avait été effectivement entendu sous le terne *voler*, le fait de s'emparer arbitrairement des biens d'autrui, tout le blâme devrait infailliblement retomber sur le législateur, comme on l'a démontré clairement au cours de cette exposition, étant donné qu'avec cela Il aurait d'une certaine façon sous-entendu que le mot embrassait le commerce, l'industrie, ainsi que l'usure.

En effet, il doit apparaître au premier regard, à tout homme, pour peu qu'il soit capable de penser, que, dès que le droit de propriété est introduit, et complètement sanctionné et confirmé, doit être aussitôt promulguée une loi, grâce à laquelle doit apparaître pleinement assurée la propriété de chacun.

Toutefois, comment pourrait-on, d'un autre côté attendre une semblable loi de ce même Législateur qui, de Sa propre bouche a parlé ainsi à Ses disciples:

*Ne vous souciez pas de ce que vous mangerez et boirez, et de quoi vous vous vêtirez, car tout cela préoccupe les païens. Mais, cherchez d'abord le Royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné de surcroît.* Et le Même Législateur dit: *Les oiseaux ont leur nid, et les renards leurs tanières, mais le Fils de l'Homme n'a même pas une pierre sur laquelle poser Sa tête !* D'un autre côté nous voyons Ses disciples, même un jour de sabbat, arracher des épis (Marc II-23); donc, cela signifie évidement d'une certaine manière *voler*. Cependant, quand les propriétaires du champ s'en lamentèrent - avec l'excuse du sabbat - dites, qui reçut du saint Législateur, un reproche et une exhortation assez énergique ? Il suffit que vous consultiez l'Ecriture, et tout vous sera clair. Puis, nous voyons le même Législateur dans la position de devoir payer un impôt. A-t-il peut-être mis la main dans la poche ? Oh, certes non. Il savait que dans le lac voisin il y avait un poisson qui avait avalé un statère. Pierre dut s'y rendre, et enlever de la bouche du poisson la monnaie et payer le douanier avec cette pièce. 

Mais alors je demande: Selon vos lois sur la propriété, qui trouve - quelle qu'en soit la façon - un bien, a-t-il le droit de pouvoir en disposer à son gré ? Le Législateur suprême n'aurait-il pas dû savoir - ou bien ne voulut-il pas savoir - que Lui, de ce bien trouvé dans le poisson, avait seulement la disponibilité d'un tiers, et même cela seulement après avoir fait officiellement connaître publiquement son revenu ? Mais Il ne fit rien de tout cela, de sorte qu'Il commit un vol pour deux tiers de sa valeur, ou, autrement dit, une fraude.

Toujours selon les principes légaux, on demande encore - en déclarant en particulier au préalable que peu de Juifs savaient vraiment pleinement Qui était effectivement le Christ - qui donna à Celui-ci le droit de faire enlever à son propriétaire l'ânesse bien connue, en l'employant ensuite à son gré ?

A ce point on dira: Il était le Seigneur de toute la nature, et de toute façon, tout Lui appartenait. Ceci est exact; cependant, comment expliquer au sens du monde, quand Il dit que le Fils de l'homme n'a à Lui, pas même une pierre ?

Et encore, qu'Il n'est pas venu pour abolir la Loi, mais bien plutôt pour l'accomplir dans ses plus petits détails ? Si nous voulions suivre Ses pas, nous trouverions pas mal d'autres occasions encore, où le Tout-Puissant Législateur a violé justement ces principes légaux de propriété, tant ceux présentement en vigueur, que l'explication juive de ce septième Commandement.

Qu'arriverait-il sur la Terre, si quelqu'un détruisait un arbre, propriété d'autrui, ou bien anéantissait tout un grand troupeau de porcs, et d'autres choses encore ? Je suis d'avis que maintenant, des exemples, nous en avons plus que suffisamment; exemples dont en peut relever plus clairement que le saint Législateur a placé, avec ce septième Commandement, une signification tout à fait différente de ce que, avec le temps, l'humanité avide et égoïste en a tiré.

On dira: Ceci est maintenant clair et éclatant; mais quel est le sens qu'Il a placé, cela est encore caché derrière un voile très épais ! Mais, moi, je vous dis:

Patientez un peu seulement ! Jusqu'à présent nous avons illustré suffisamment la fausse compréhension de ce Commandement (la compréhension terrestre), de sorte que la vraie signification renfermée en lui ne sera pas difficile à trouver.

En effet, pour qui peut pénétrer la constitution de la nuit, la pensée d'avoir peu de lumière de jour ne devrait causer d'angoisse d'aucune sorte. Donc, que faut-il entendre, dans sa véritable signification, par *Tu ne dois pas voler* En voici la vraie signification: *Tu ne dois jamais abandonner l'Ordre Divin, ni te mettre en dehors de lui, et vouloir t'emparer des droits de Dieu.*

Mais quels sont ces droits, et en quoi consistent-ils ? - En effet, seul Dieu est saint; et à Lui seul revient toute Puissance !

Celui qui est sanctifié par Dieu Lui-Même, et à qui Il confère puissance, la possède selon la Loi; mais celui qui s'élève par lui-même, et arrache à lui la Puissance divine, pour pouvoir dominer selon cette Puissance, égoïstement dans sa splendeur, est, au vrai sens du mot, un voleur, un bandit et un assassin !

Donc, celui qui arbitrairement, et par amour de soi-même - quels que soient les moyens extérieurs, apparents et trompeurs, terrestres ou spirituels, dont il se sert - s'élève au-dessus de ses frères, celui-là est vraiment celui qui transgresse cette Loi. 

Mais à présent on dira: Si la chose est ainsi, alors le *vol* bien connu, et la *rapine*, sont-ils permis ?- Mais je vous dis: Un peu de patience, et la suite immédiate éclairera toute chose. Pour le moment contentons-nous de ce qui a été dit, étant donné que désormais, nous savons ce que l'on doit entendre par *ne pas voler*, et que le Seigneur, avec ce Commandement n'a jamais introduit un doit de propriété.

Maintenant on demande: Vu que le Seigneur n'a jamais introduit un droit de propriété, et que, pour cette raison, il est tout aussi impossible qu'Il ait donné un Commandement, selon lequel on devrait respecter de façon spéciale ces substances ramassées avec l'usure par de nombreux usuriers avares, aux dépens d'un nombre infini d'hommes très pauvres, ne devrait-il donc pas être permis de *voler* ce que de tels usuriers ont arraché en désaccord avec la Loi divine ? En effet, selon les lois terrestres, quand on arrive à prendre un voleur, on lui enlève ce qu'il a dérobé; donc, ne devrait-on pas avoir encore un plus grand droit d'enlever aux authentiques voleurs et brigands contre la Loi divine, les richesses réunies avec la rapine, en les partageant ensuite entre ceux qui sont dans le besoin ? Selon les conclusions de l'intellect, de prime abord, il n'y aurait réellement rien à objecter à cette requête, mais l'homme juste a en lui des forces encore plus élevées que son intellect. Que diraient ces forces à cette approbation de l'intellect ? Demandons à notre amour du prochain et à notre amour envers Dieu, ce que dit dans leur for intérieur éternellement vivant, l'Esprit de Dieu ?

Il ne dit rien d'autre sinon que ce qu'a dit le Seigneur Lui-Même, c'est-à-dire *Mon Royaume n'est pas de ce monde !* - Et *Qui aime sa vie extérieure, perdra celle intérieure; tandis que, qui fuit et fait peu de cas de sa vie extérieure, conservera celle intérieure.* Nous ne voyons en aucun endroit que l'on doive s'approprier des biens des riches. Le Seigneur Lui-Même dit:

*Donnez à César ce qui revient à César*. De même, Il n'ordonne pas au jeune riche de vendre ses biens, mais bien plutôt Il lui donne seulement un amical conseil, accompagné de la promesse de la Vie éternelle.

Donc, vu que nous ne tombons en aucun endroit sur un Commandement du Seigneur, avec lequel Il ait expressément ordonné de s'emparer des richesses des usuriers, il résulte clairement qu'un homme vraiment chrétien n'a pas le droit de mettre les mains sur les biens des riches. Pas même celui qui se trouve dans la plus grande indigence, n'a un droit prouvé de s'emparer des biens, et pas non plus un voleur authentique; tandis que ce droit revient à un peuple entier, en cas de grande nécessité.

Et pourquoi donc ? Parce que c'est alors le Seigneur Lui-Même qui agit dans le peuple, et opère avec cela, contre les usuriers jamais rassasiés, un juste jugement. Cependant nul ne doit se permettre - à l'exception d'un cas de besoin absolu, par la volonté du Seigneur - de tuer les usuriers et les riches de cœur dur, mais bien plutôt se limiter à leur enlever, parmi les trésors superflus, seulement ce dont le peuple a besoin pour pouvoir s'aider, jusqu'à ce qu'il puisse se remettre à gagner pacifiquement ce qu'il lui faut pour vivre. Cependant, au riche usurier, il doit toujours être laissé ce qui est suffisant, afin que dans le monde, il n'ait à souffrir aucune indigence, puisque cela est l'unique récompense pour son travail. Le Seigneur n'entend châtier personne, mais bien seulement récompenser chacun selon la qualité de son travail. Mais étant donné que le riche et l'usurier, après cette existence terrestre, n'ont rien à attendre d'autre, il est juste et équitable que de tels êtres, pour leur talent, trouvent leur récompense là où ils ont travaillé.

En outre, le Seigneur ne veut juger complètement personne sur ce monde, afin que pour chacun reste toujours disponible la possibilité de s'éloigner du monde, et de revenir au Seigneur. Si, à un tel riche usurier, tout était enlevé, il serait déjà comme complètement jugé, car le désespoir s'emparerait de lui, et avec ce désespoir, une infinie et furieuse colère, qui l'empêcherait pour toujours de façon absolue de s'engager sur la voie du salut. Par contre, s'il lui est laisser un capital suffisant, d'abord il n'est pas exposé à la misère terrestre, et il lui reste une marge, comme une rétribution pour sa capacité d'épargne; en second lieu, dans une telle condition, c'est-à-dire, pas complètement jugé, il peut toujours suivre le conseil du Seigneur, comme Il l'a donné au jeune riche, et arriver ainsi à la vie éternelle. Cependant, un tel peuple appauvri, durant de semblables entreprises extrêmes, ne doit absolument pas accomplir de cruautés sanguinaires, car, si cela arrivait, alors le Seigneur n'opérerait plus avec le peuple, et pour le peuple succéderait la malédiction de ses propres actions arbitraires. En effet si aujourd'hui il est vainqueur, demain par contre il sera battu, et son sang coulera en compensation de celui versé ! L'homme ne doit jamais oublier que tous les hommes sont frères.

Ce que l'homme entreprend, il doit le faire avec un cœur rempli d'amour, et il ne doit jamais vouloir faire de mal à quelqu'un, mais bien plutôt que ce qu'il fait vise toujours quelque chose de bon et d'édifiant du côté spirituel, œuvrant pour la vie éternelle. Si son sentiment est tel, le Seigneur bénira son oeuvre, autrement l'homme se maudira lui-même ! En effet, si le Seigneur Lui-Même ne veut être pour personne un éternel Juge qui condamne, à Qui appartient tout pouvoir au Ciel et sur Terre, et Qui n'a besoin de demander conseil à personne pour ses actes, l'homme, en tant que Sa créature, n'a le droit de juger et de condamner personne, et de façon particulière quand arbitrairement il use de sa mauvaise volonté.

Aussi, malheur à ce peuple qui, sans nécessité absolue, arbitrairement se soulève contre les riches et les puissants ! Il viendra à subir de tristes conséquences pour son action perverse; car la pauvreté est du Seigneur.

Qui aime le Seigneur, aime aussi la pauvreté; tandis que la richesse et le bien-être appartiennent au monde et à Satan ! Celui qui aspire à ce qui est du monde et aime ses flatteries, celui-là s'est associé à Satan de la tête aux pieds.

Tant qu'un peuple peut se rassasier en moyenne, même seulement une fois par jour, il ne doit pas se soulever. Cependant, quand les riches et les usuriers ont arraché à eux presque tout, au point que des milliers de malheureux sont sous la menace de mourir de faim, alors est arrivé le moment de se soulever, et de se partager les biens superflus des riches. En effet, cela, le veut le Seigneur, pour que les riches, en grande partie soient punis pour leur scandaleux égoïsme et leur insatiable avidité.

En conclusion de la dissertation sur ce Commandement, quelqu'un voudrait peut-être demander encore si le fait de demander des intérêts pour les capitaux prêtés, n'est pas, en quelque manière, contraire au Septième Commandement.

Et je dis: Si dans un Etat le taux d'intérêt est légalement établi, alors il est aussi permis de prendre des intérêts, sur la base de ce taux, naturellement seulement aux riches. Par contre, si quelqu'un a prêté à un pauvre et à un nécessiteux une somme donnée, il ne doit prétendre à aucune sorte d'intérêts.

Si ensuite, un tel nécessiteux, avec ce capital, s'est remis en ordre de manière telle que son activité se trouve en bonne position, c'est lui-même qui doit se préoccuper de restituer au créancier le capital qui lui a été prêté.

Et, si par reconnaissance, il voulait aussi payer les intérêts légaux, alors celui qui a fait le prêt, ne doit pas les accepter, mais rappeler à l'ex-débiteur que la meilleurs chose est qu'il les affecte en faveur de ses frères plus nécessiteux, selon ses possibilités. Cependant aux très pauvres, nul ne doit faire un prêt, mais bien plutôt ce qu'on leur donne doit être considéré comme définitivement donné.

C'est à cet égard la Volonté du Seigneur; qui la suit en la mettant en pratique, aura l'Amour du Seigneur.

 

Emmanuel Swedenborg

Jacob lorber