9 - Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain :

 

" Il y a deux amours, d'où toutes les convoitises surgissent et découlent continuellement comme des ruisseaux de leurs sources ; ces amours sont nommés amour du monde et amour de soi. La convoitise est un amour qui veut continuellement; car ce que l'homme aime, il le désire continuellement; mais les convoitises appartiennent à l'amour du mal, tandis que les désirs et les affections appartiennent à l'amour du bien. Maintenant, puisque l'amour du monde et l'amour de soi sont les sources de toutes les convoitises, et que toutes les convoitises mauvaises sont défendues dans ces deux derniers préceptes, il s'ensuit que le Neuvième Précepte défend les convoitises qui découlent de l'amour du monde, et le Dixième Précepte les convoitises qui découlent de l'amour de soi. 

Par ne point convoiter la maison du prochain, il est entendu ne point convoiter ses biens, qui sont en général des possessions et des richesses, et ne point se les approprier par de mauvais moyens. Cette convoitise appartient à l'amour du monde."

 

Si nous nous arrêtons pour scruter ce Commandement, nous devons évidemment nous laisser aller aux mêmes jugements, et faire les mêmes critiques auxquelles nous avions déjà été armés pour le septième Commandement puisque, ici aussi, on parle à nouveau de propriété, en avertissant que l'on ne doit ressentir aucun désir de ce que - comme cela se comprend de soi - quelqu'un s'est approprié légitimement.

Ici on pourrait répliquer et dire: Le Seigneur a prévu que les hommes, avec le temps, se seraient créés entre eux un droit de propriété; c'est pourquoi, Il a donné par avance, en cette occasion, un Commandement à cet égard; Commandement au moyen duquel fût assurée la future propriété des hommes, et que nul ne pût illégalement s'approprier ce qui appartient à son prochain.

Ce serait en vérité une belle conclusion ! Mais, moi, je suis de l'avis que l'on ne pourrait pas aussi facilement apporter un plus grand déshonneur à l'Amour et à la Sagesse de Dieu, comme avec ce jugement. Le Seigneur qui, avant tout, déconseillerait à tout homme sur la Terre de s'approprier quelque chose - le Seigneur, devant Qui toute richesse terrestre est un opprobre, devrait avoir promulgué un Commandement en faveur et à l'avantage de la cupidité, de l'égoïsme, de l'usure et de l'avarice, un Commandement qui aurait certainement éveillé l'envie réciproque ? Je crois qu'il n'est pas nécessaire de s'étendre davantage à ce sujet, étant donné que l'absurdité d'une telle exégèse est évidente aux yeux de chacun, de sorte qu'il ne devrait pas être nécessaire de faire d'autres commentaires. Cependant, dans le but de rendre la chose saisissable aussi pour les plus aveugles, je demande à chaque juriste versé dans sa branche, sur quoi se base à l'origine le droit de propriété ?

Qui a accordé à un homme, pour la première fois, le droit de propriété d'une chose quelconque ? - Prenons comme exemple une douzaine d'émigrés, qui arrivent dans se région de la Terre encore inhabitée, et qui s'y établissent. Sur la base de quel document de droit de propriété et de possession peuvent-ils s'emparer d'un tel pays comme propriétaires, et s'y installer comme légitimes possesseurs ?

Je sais déjà ce que l'on répondra: Pas autrement qu’en tant que *primo occupanti jus* (droit du premier occupant qui arrive le premier a le droit de propriété) - C'est bien, dis-je, mais maintenant qui, parmi les douze, a un droit plus grand ou plus petit sur le pays nouvellement découvert ? On dira:

Celui qui a eu en premier l'idée d’émigrer; ou bien, celui qui depuis le pont d'un bateau a découvert cette terre le premier*. Bien, mais qu'a de spécial en sa faveur l'auteur de l'émigration, par rapport aux autres ? S'ils ne s'étaient pas associés à lui, il serait certainement resté à la maison. Quelle prérogative a ensuite, celui qui a vu le premier cette terre ? Peut-être parce qu'il a une vue plus aiguë que les autres ? Les autres doivent-ils être lésés pour cette prérogative qui a tourné en sa faveur ? Cela serait, je crois, un jugement tout autre que juste ! Je dirai, pour conclure, que tous les douze doivent avoir indubitablement un droit égal de propriété sur ce terrain qu'ils ont découvert. Mais que devront-ils faire pour réaliser leur égal droit de propriété sur ce pays ? Devront-ils le partager en douze parts égales. Cependant, qui ne voit pas au premier regard quelles seront les conséquences d'une telle division ? - En effet, l'un dira certainement à l'autre: Pourquoi justement dois-je prendre, moi, possession de cette partie du terrain qui, selon mon jugement, est plus mauvaise que la tienne ?* Et l'autre, toujours pour la même raison, répondra:

Mais je ne vois pas la raison pour laquelle je devrais changer mon morceau de terrain avec le tien !* Et nous pourrions ainsi voir que nos colons continueraient à partager le terrain pendant de longues années, et nous ne verrons jamais, qu'une répartition apparaisse pleinement juste et satisfaisante pour tous.

Mais peut-être, un jour les douze arriveront-ils à un accord, et ils feront de ce pays un bien commun; si c'est le cas, peut-il être négligé entre les douze d'établir une loi qui assure le droit de propriété ? Quelqu'un peut-il enlever quelque chose à l'autre, si le pays appartient également à tous, et donc aussi ses produits, dont chacun peut prendre selon ses besoins, sans en rendre compte à l'autre ?

Dans le premier cas, on aperçoit facilement, qu'établir un doit de propriété n'est pas concevable. Que les choses soient sûrement ainsi, vous pouvez le voir même seulement avec les premiers colons, en certaines régions de votre propre pays, comme par exemple, ce que l'on appelle les ordres religieux qui, d'une certaine manière, étaient les premiers à coloniser une région. S'ils avaient pu se mettre d'accord avec le partage, ils ne seraient pas arriver à la communauté de biens.

Comme vous voyez, bien que l'on cherche, nous ne pouvons trouver en aucun lieu un droit ordinaire de propriété; et si quelqu'un se met en avant avec son *primo occupanti*, alors je demande si lorsqu'il arrive dans le monde le *postoccupantem*, on doit le tuer aussitôt, ou bien le laisser lentement mourir de faim, ou bien le chasser hors du pays, ou le remettre à la miséricorde du premier occupant, et, en outre, l'écraser aussitôt avec la nouvelle loi, en faveur du premier occupant ? Je suppose qu'à ce moment, quelqu'un demanderait: Pourquoi cet occupant arrivé dernier - chose dont il n'a aucune faute - devrait-il servir aussitôt de bouc émissaire, alors que les premiers d'entre eux ne peuvent être considérés comme coupables ? Quel juriste pourrait me justifier cela légalement ? Il me semble que, dans ce cas, on devrait avoir comme avocat, Satan, qui est le seul qui pourrait démontrer cela ! En effet, pour tout homme bien-pensant et juste, la preuve d'un semblable droit qui devrait en résulter est absolument impossible. Je vois déjà comment on dirait:

A la première colonisation d'un pays, il peut très bien être omis une loi sur le droit réciproque de propriété, quand les colons se sont accordés entre eux pour la communauté des biens. Au contraire, parmi ces colonisations qui sont les premières formations d'états, le droit de propriété entre aussitôt en vigueur, dès qu'elles se sont établies définitivement sur les lieux. Bien, dis-je: Mais si c'est le cas, chaque colonie, comme première chose, doit se légitimer avec un droit originaire de propriété. Mais, comment le faire, étant donné que du Seigneur, on a seulement le droit de l'usage et non de la possession ? Le droit de l'usage a son document dans l'estomac et sur la peau; par contre, où s'exprime le droit de possession, en particulier quand on considère que tout homme, qu'il soit natif ou étranger, porte en lui le même document divin de l'usage, pleinement valide ?

Quand on dit: Le droit de possession a, originairement, sa base dans le droit d'usage, cette phrase abolit indubitablement n'importe quelle propriété particulière, car chacun a le même droit de possession. Si l'on invertit la chose et que l'on dise: Le droit de possession procure seulement le droit d'usage, au contraire on ne peut que répéter le vieux jugement *Portiori jus*, qui dit en d'autres termes, signifie:

Tue le plus grand nombre possible de ceux qui possèdent le droit d'usage; de sorte que toi seul tu puisses t'emparer complètement d'une bande de terrain avec la puissance de ton poing. S'il y avait encore quelques possesseurs du droit d’usage, étrangers qui voulussent te disputer la propriété conquise par toi par la force, selon leur droit d'usage conféré à eux par Dieu, alors tue diligemment ceux-là aussi, ou bien, dans le meilleur des cas, installe-les comme sujets contribuables, afin qu'ils travaillent pour toi, à la sueur de leur front, dans la propriété que tu as acquise par la force, et toi ensuite, tu peux leur mesurer, à ton gré, le droit d'usage.

Que s'avance qui veut, et qu'il me prouve un autre droit de possession; en échange je lui cède toute ma béatitude, et je me substitue dans l'un des plus nécessiteux habitants de la Terre. Qui peut justifier la guerre, si elle est considérée du point de vue divin ? Qu'est-elle ? Rien d'autre, sinon qu'un cruel acte de violence, pour enlever aux hommes le droit d'usage, et y substituer par la force un droit de possession. Cela signifie, extirper le droit divin et introduire à sa place, un droit infernal. Qui pourrait donc attendre de Dieu, une loi qui devrait abolir la loi divine du droit d'usage, qui se manifeste clairement par l'existence de chacun, et, à sa place, justifier avec la Puissance et l'Autorité divines, un infernal droit de propriété ? Je suppose que l'absurdité d'une semblable observation serait, même pour un aveugle, claire et visible comme le Soleil, et saisissable avec la main. Mais de cela, il résulte que cette loi doit avoir une autre signification que celle que les hommes se figurent, c'est à-dire qu'elle assure seulement la possession, et non la propriété. Comme loi divine elle doit valoir aussi dans tous les Cieux, par la profondeur de l'Ordre divin - Donc, où y a-t-il quelqu'un dans le Ciel qui possède des petites maisons et des champs ?

Dans le Ciel, il n'y a que de légitimes usufruitiers, et le Seigneur Seul est l'unique propriétaire absolu. Nous passerons donc aussitôt à la juste signification de ce Commandement. Vous voyez, jusqu'à maintenant nous avons suivi le développement de tout cela, depuis sa base naturelle; il manquait par contre complètement, la base d'une sanction divine plus élevée, à travers laquelle seulement l’homme sur la Terre, spécialement dans son simple état naturel, est guidé vers l'observance inviolable e de tout ce qui lui est imposé comme devoir depuis le début. Et d'autant plus, au commencement, un tel *monarque primitif* guide sagement le peuple, d'autant plus le peuple lui-même se convainc par les résultats qu'un tel guide est réellement sage, d'autant plus ils commencent à se demander les uns aux autres:

"D'où lui provient cette sagesse qui est sienne, et d'où vient notre stupidité ? Le peuple sait très peu, voire même rien de Dieu; le chef au contraire en a déjà une idée plus ou moins suffisante." Maintenant que le peuple, du point de vue naturel vit autant qu'il est possible d'une vie ordonnée, que lui reste-t-il à faire, spécialement quand il apprend de plusieurs côtés diverses questions sur ce qui concerne Dieu ? - Alors le chef bat le rappel de ceux les plus capables de comprendre, et il leur annonce un Être suprême qui a tout créé et dirige tout, et en réponse à leurs multiples questions il dit qu'il a directement d'un tel Être suprême, pour leur bien-être, une telle sage directive; et il leur indique, en tant que peuple extrêmement croyant, avec la plus grande facilité, en premier lieu, l'indéniable existence d'une Divinité suprême, qui crée tout, conserve et gouverne, ajoutant que justement par cette Divinité est doté de profonde sagesse celui qu'Elle a destiné à la béatifiante conduite des peuples.

Cela est comme dire: *Par la Grâce de Dieu*, ou bien, comme il était en vigueur parmi les Romains: *Favente Jove* - Ce pas étant fait, le monarque aussi, super-propriétaire, est bel et bien prêt, et siège pleinement assuré, au centre de son domaine, protégé par une puissante nécessité naturelle, et par une spirituelle, plus puissante encore. Chacun, qui a considéré profondément tout ce qui procède, doit dire à la fin: "En vérité, il n'y a réellement rien à objecter, car tout cela est étroitement lié avec les premières manifestations des droits naturels de tout homme, de sorte qu'on ne doit rien y toucher si l'on ne veut pas détruire, jusqu'en ses bases profondes, une société humaine heureuse.

"En effet, quoi que l'on voulût enlever, on commencerait à observer immédiatement avec cela le dégât produit dans les principes des droits naturels, de sorte que derrière ce Commandement on ne peut cacher aucune autre signification, au-delà de celle des mots qui le compose.

"En effet, si l'on veut ou si l'on peut attribuer à ce Commandement une autre signification, on lui enlève la base principale, sanctionnée par un Être supérieur, de la première association civile, selon les droits naturels. "Si le droit de propriété est aboli, par nécessité des choses sont abolies par contre-coup, les documents originaires connus de tout homme, et nul ne peut plus ni semer ni confectionner quelque chose. "Et s'il ne peut le faire, tant son estomac que sa peau vont à la ruine, et l'existence de l'homme devient pire que celle de l'animal.

"Enlevons à ce Commandement sa signification littérale, et l'on élimine déjà en priorité n'importe quel chef qui guide et gouverne, et l'humanité retourne à son état premier naturel chaotique et sauvage, en descendant au-dessous du règne animal." Cela est juste, mes chers amis et frères, nous avons vu jusqu'à maintenant, qu’avec l'exposition de la signification spirituelle intérieure, n'a pas été ébréchée le moins du monde la signification naturelle extérieure dans ses justes effets. Nous avons vu aussi qu'avec l'ignorance de la signification intérieure d'un Commandement donné, très difficilement, et souvent à peine un tiers de celui-ci est observé, et parfois il n'est même absolument pas observé.

Quand au contraire un Commandement est reconnu selon sa signification intérieure, alors l'observance de celui-ci, même du point de vue naturel se résout d'elle-même, justement c'est le cas lorsque quelqu'un met une bonne graine dans le terrain, de laquelle se développe ensuite une plante porteuse de fruit, comme d'elle-même, sans que l'homme intervienne avec une quelconque manipulation, qui, de toute façon se révélerait inutile. Et c'est le cas aussi avec un tel Commandement; s'il est reconnu et observé intérieurement, tout ce qui est extérieur, c'est-à-dire, qui regarde la signification littérale, sort de soi, par suite du bon ordre divin. Si au contraire, ce n'est pas le cas et que l'on reste attaché uniquement au sens extérieur, avec cela s'abolissent tous les documents originaires légitimes de l'homme; les souverains deviennent tyrans, et les sujets, avares et usuriers, et la peau des sourds est tendue sur les tambours des militaires, ou, en d'autres termes, ces ânes débonnaires de sujets deviennent des jouets dans les mains des perfides et puissants usuriers.

Les conséquences de tout cela, ce sont ensuite les soulèvements du peuple, les révolutions, les retournements complets dans les états et les destructions, les chagrins réciproques des peuples, avec les guerres sanglantes et longues qui s’ensuivent, les disettes, les pestes et la mort. Donc, que dit cette signification, grâce à l'observance de laquelle tous les peuples doivent trouver leur indiscutable bonheur tant dans le temps que dans l'éternité ?

Elle dit ceci: *Respectez-vous entre vous avec le véritable amour fraternel réciproque, et que personne n'envie l'autre si celui-ci, en raison de son grand amour, est l'objet d'une Grâce plus grande par Moi, le Créateur. Mais celui qui reçoit une telle Grâce, qu'il transmette, en tant que frère, le plus possible, les avantages qui en découlent pour lui, en faveur de ses frères plus nécessiteux; de cette façon vous instituerez un éternel lien de vie qu'aucune puissance terrestre ne sera en mesure de pouvoir détruire de toute éternité ! Qui n'aperçoit pas déjà au premier regard, par ce qui a été exposé ici, qu'avec l'observance de ce Commandement, il n'est même pas détourné une virgule de sa signification littérale ? Et combien il est facile d'observer ce Commandement du point de vue naturel, quand on l'observe de cette façon, spirituellement; en effet, qui respecte son frère dans le coeur, respectera aussi ses récoltes et ses installations.

Grâce à l'observance de ce Commandement, il est obvié à toutes sortes d'usure, à toute soif exagéré de gain, toutes choses qui au contraire dans la signification littérale prise en Soi, trouvent leurs représentants sanctionnés, c'est-à-dire, dans les avocats. Une brève considération additionnelle servira à nous mettre tout cela dans une lumière encore plus vive.

  

En tout ce qui a été dit, et également dans le Commandement-même, il n'y a rien du point de vue spirituel, ni de celui naturel, qui indique comme coupable ou erroné que quelqu'un se considère propriétaire de ce qu'il a récolté ou fabriqué avec ses mains pour ses besoins, c’est-à-dire à un degré tel que son voisin ne puisse avoir le droit de lui contester, d'une manière ou de l'autre, son droit de propriété.

Au contraire, chacun trouve même en cela une garantie aussi au sujet de sa propriété légitimement acquise. D'un autre coté, il est bien vrai qu’en tout ce qui a été dit de même que dans le Commandement-même, il est commandé à chacun une sage limitation du droit de récolter. Que ce soit réellement là le but du Commandement au sens naturel, même sur la base de l'Ordre divin, cela est prouvé de la façon la plus claire, en première lignes des *documents* du droit de propriété inné originairement en tout homme. Mais comment ? Nous le verrons aussitôt : De combien a besoin en juste mesure le premier à qui revient ce droit, c'est à-dire, l'estomac ? Cela n’importe quel sobre mangeur peut le calculer au gramme. Supposons qu'un mangeur sobre ait besoin journellement de trois livres de nourriture ; on peut calculer facilement ce dont il aura besoin en une année. Ceci est, par conséquent, une nécessité naturelle, légitime, pour un homme. A lui donc, il est permis de ramasser cette quantité annuellement.

S’il a femme et enfants, il peut rassembler la même quantité pour chaque personne de sa famille, et, ce faisant, il a agit en conformité avec son droit naturel. A un mangeur plus fort affecté à des travaux pénibles, il sera librement permis de se pourvoir du double. Si ceci est généralement observé, la Terre n'aura jamais à se plaindre de disettes, car, par disposition du Seigneur, son sol fructifère est tel que, avec un travail et une répartition appropriée, douze milliards d'homme pourraient y trouver leur subsistance vitale. Actuellement sur la Terre ( en 1843 ) vivent à peine un peu plus d'un milliard d'hommes, et parmi ceux-ci, il y en a environ sept cent millions qui vivent dans la pénurie.

Où se trouve la cause de cela ? Dans le fait que justement les conditions de cette Loi divine, qui a son fondement dans la nature de chaque homme, ne sont pas mises en pratique de façon vivante. Mais maintenant continuons; il n'est certainement pas difficile de calculer combien est grand un homme, et de combien il a besoin pour couvrir sa peau. Qu'il soit cependant accordé à tout homme de se pourvoir, selon les saisons, d'une quadruple couverture de la peau; c'est là la mesure juste, selon la nature, pour la récolte nécessaire, et pour son confectionnement.

Mais je veux ajouter une fois en plus pour ce qui se réfère aux vêtements, et quatre fois autant pour le linge, et ceci pour la rechange que nécessite la propreté. Si cette mesure est observée, aucun homme sur la Terre ne tournerait nu ; mais si sur la Terre sont édifiées d'énormes fabriques d'étoffes pour vêtements, dont la matière première est payée à des prix scandaleusement bas... et si ensuite on confectionne les vêtements qui sont nécessaires, en les vendant à qui en a besoin, presque toujours à des prix si élevés qu'ils crient vengeance au Ciel... ... et si, en plus de cela, autant de personnes aisées - en particulier du sexe féminin – se munissent dans le cours de dix années, de vêtements de rechange, cent fois plus nombreux que nécessaire, alors cet équilibre légalement naturel est violemment troublé, et des mille millions, au moins six cent millions, doivent tourner par le monde, nus ! Mais allons de l'avant. Quelle taille doit avoir une maison pour y loger un couple d’époux avec des enfants, et si nécessaire, des domestiques, de manière honorable et commode ? Allez dans les campagnes, et persuadez-vous que, pour un tel logement commode et juste, des châteaux et des palais de cent pièces ne sont pas nécessaire. Tout ce qui dépasse la proportion juste et honorable est contre l’ordre de Dieu, et par suite aussi contre Son Commandement. Quelle surface doit avoir ensuite une pièce de terre ? Prenons par exemple un pays de rendement moyen ; sur ce terrain avec un travail modéré, c’est-à-dire avec une superficie de mille de vos toises carrées, on pourrait produire en mesure pleinement suffisante ce qui est nécessaire en une année pour vivre pour un homme adulte. Accordons même le double par personne, pour un bon terrain, de ce qui a été calculé pour le terrain de rendement moyen. Naturellement chaque famille peut prendre possession d’autant de fois la dite pièce de terre qu’il y a de personnes qui la composent. Et même nous voulons être très généreux dans nos mesures, donnons donc à chaque personne le double, et nous fixons cela comme légitime et naturel, même avec la pleine approbation de Dieu. Si même les fonds étaient ainsi partagés, plus de sept mille millions de familles pourraient être assurées de la possession de terrain sur la surface de la terre. Mais comme les choses se présentent maintenant sur la Terre, avec la répartition du sol, le terrain appartient complètement seulement à soixante dix millions de propriétaires terriens. Tout le reste du peuple en est seulement, ou locataire, ou métayer, ou en société, tandis que la partie restante et beaucoup plus grande de l'humanité n'a sur la Terre, même pas une pierre où poser la tête.

Par conséquent, quiconque, pour un motif quelconque, possède plus que la mesure à l'instant indiquée, il le possède illégitimement contre la loi divine et contre la loi naturelle; et comme propriétaire il porte en lui le péché continuel contre ce Commandement. Péché qu'il est en mesure d'effacer seulement s'il possède le plus haut degré possible de munificence, et s'il se considère, en quelque sorte, seulement comme un administrateur de sa possession trop grande, aux fins de la travailler pour un juste nombre de non-ayant.

Mais qu'en est-il à la base de ce Commandement ? Nous le verrons dans le second point de cette considération additionnelle. 

  

Comme second point, le même Commandement s'exprime de manière manifeste et évidente au sujet de la sage limitation du droit de récolte et de confection.

Si nous, à des fins comparatives, nous rapprochons la propriété proportionnée fondamentale, indiquée dans le premier point, nous voyons que le Neuvième Commandement se réfère exactement à cela, étant donné qu'il défend expressément toute envie d'avoir ce qui est à un autre.

Qu'y a-t-il donc pour l'autre ? Pour l'autre, sur le terrain créé par le Seigneur pour l'entretien général des hommes, il y a exactement ce dont la mesure naturelle est donnée par ses propres nécessités. C'est pourquoi, celui qui recueille et confectionne ou édifie, au-dessus de cette mesure, pèche déjà effectivement au premier degré contre ce Commandement; indolent et paresseux pour exercer son légitime droit de récolte originaire, il rôde continuellement, chargé de désirs, pour s'emparer de ce qu'un autre a légitiment récolté et confectionné. Nous relevons de cela que, face à ce Commandement, il y a une double façon de se faire prendre en faute, à savoir: Primo, par une avidité à récolter et à confectionner; et second, en négligeant complètement de telles opérations. Pour tous ces deux cas le Commandement s'exprime conformément en ce qui concerne la limitation. Dans le premier cas, pour l'excessive avidité à confectionner et à récolter; dans le second cas pour la paresse; avec cela il n'a en vue que la voie juste, la voie médiane, car il n'exprime rien d'autre, sinon que le respect joint à l'amour, pour le besoin légitimement naturel du prochain.

A ce point, quelqu'un fera objection en disant: *Il y a à l'époque actuelle des hommes très riches et aisés qui, malgré toutes leurs richesses et leurs ressources, ne possèdent même pas un empan carré de propriétés foncières.

*Ils sont venus en possession d'une grande richesse en argent avec d'heureuses spéculations commerciales, ou bien par quelque héritage, et ils vivent maintenant avec les intérêts légaux.

Qu'en est-il avec ceux-là ? Leur patrimoine est-il, selon le droit divin originaire, légitimement naturel, ou non ? *En effet, avec la possession de l'argent, ils ne limitent pour personne la propriété foncière, étant donné qu'ils n'ont aucune volonté de faire des acquisitions de ce genre; mais bien plutôt ils prêtait leur argent à de bonnes conditions, sur la base des intérêts légaux; ou de toute façon, ils combinent d'autres affaires de change légalement permises, et augmentent de cette manière annuellement leur capital d'origine, de plusieurs milliers de florins, tandis que, selon le droit des besoins naturels, pour leur bon entretien ils n'ont même pas besoin de la centième partie de leurs rentes naturelles. *Par ailleurs, ces hommes sont souvent très droits, et aussi, entre autres choses, généreux. Pèchent-ils eux-aussi contre notre neuvième Commandement ?*

Mais je réponds: La façon selon laquelle l'homme possède de nombreux trésors ou beaucoup d'argent au-dessus de ses besoins ne fait aucune différence.

Tout est équivalent; en effet si j'ai tant d'argent avec lequel je peux m'acheter plusieurs milles carrés de terre, me formant une propriété foncière selon les lois de l'Etat, c'est la même chose que si moi, avec cet argent, je l'avais réellement achetée. Et au contraire, c'est même pire encore, et beaucoup plus contraire à l'Ordre divin si on ne le fait pas. En effet, celui qui a de vastes propriétés foncières doit nécessairement concourir à l'entretien de quelques milliers de personnes, étant donné qu'il est impossible de cultiver personnellement des terrains aussi vastes.

Observons par contre un homme qui n'a aucune possession foncière, mais tant d'argent, à pouvoir acquérir presque un royaume; il peut administrer seul cet argent, et en retirer les fruits, peut-être, avec l'aide de quelques comptables, peut-être aussi mal rétribués. Aucun de ces nababs ne peut se justifier, en se réclamant de la façon selon laquelle il est venu en possession de tant d'argent, que ce soit au moyen de spéculations, ou par le gain à une loterie, ou grâce à un héritage. En effet, en tout cas il est vis à vis de Dieu, réellement comme le receleur proche du voleur. Quelqu'un voudrait-il savoir comment cela est possible ? Que cela signifie-t-il d'autre, sinon qu’arracher à usure un gain légitime de beaucoup, soustraire avec cela à beaucoup le gain légitime, et se l'approprier.

En ce cas un homme qui est devenu riche avec une heureuse spéculation, est un vulgaire voleur. Quand il s'agit d'un gain à la loterie, c'est la même chose, puisqu'il avantage lui seul sur la mise de beaucoup. Et dans le cas d'un héritage, il est toujours un receleur, puisqu'il prend possession pour lui des illégitimes biens que ses prédécesseurs ont pu réunir.

 

Cependant on dira: *Cette définition nous semble étrange; en effet, quelle faute a l'héritier s'il a reçu légitimement selon les lois de l'Etat, ce patrimoine que lui ont laissé les père et mère ou autres parents riches ? *Devrait-il peut-être calculer la quote-part qui lui revient, légitimement selon le droit naturel, et garder pour lui seulement l'équivalent et donner le reste de l'héritage aux autres ? *Ou bien pourrait-il accepter le patrimoine entier, mais en considérant comme sa propriété la quote-part qui lui revient selon la loi de nature, en administrant ensuite le fort reste pour aider ensuite, ou secourir des fainéants tombés dans la misère, ou bien verser ce reste dans les mains du directeur de quelque institut de bienfaisance ?* Cette question est une de celles auxquelles habituellement on ne donne aucune réponse, ou tout au plus, une réponse monosyllabique.

Donc, est-ce que la Loi divine et la loi d'Etat, ou bien la Sagesse et la Sollicitude divines, la politique mondaine d'Etat, ainsi que la soi-disant diplomatie, sont la seule et même chose ? Que dit le Seigneur ? Il dit: Tout ce qui est grand devant le monde est devant Dieu une abomination ! Qu'y a-t-il de plus grand dans le monde - si on l'observe vers le bas du côté divin - qu'un pouvoir d'Etat usurpé, lequel ne subsiste jamais selon les conseils divins, mais bien seulement en raison de sa perspicacité mondaine d'Etat, qui consiste dans la politique et la diplomatie, qui avec le mensonge soumettent les peuples en utilisant leurs forces pour leur prospérité, c'est-à-dire pour gaspiller et jouir sans contrôles ?

Mais s'il est déjà horrible et ignominieux quand un homme embobine et trompe un, deux ou trois de ses frères, combien plus horrible doit-il être devant Dieu quand des hommes autoritaires se font couronner et oindre rois, pour tromper des peuples entiers avec ce que l'on appelle la politique; et si celle-ci ne suffit pas, alors avec une cruelle violence ouverte, et tout cela à leur propre avantage, pour faire la noce avec des ripailles et des débauches scandaleuses.

Je suppose que de ces quelques paroles il sera facile de déduire comment la plus grande partie des présentes raisons d'Etat procèdent dans un sens diamétralement opposé à celles divines.

Quand le Seigneur dit au jeune riche: "Vends tous tes biens, partage-les entre les pauvres, mais toi, suis-moi, car ainsi tu te prépareras un trésor dans le Ciel." - Ce qui est dit là devrait, il faut l'espérer, être suffisant pour en déduire quel partage l'homme riche terrestre doit faire avec ses richesses, s'il veut gagner le Royaume de Dieu. Mais s'il ne le fait pas, il devra s'attribuer à lui-même d'être frappé de la même sentence que le Seigneur a prononcée justement en cette occasion, à la charge du jeune homme devenu triste, c'est-à-dire: Qu'il est plus facile à un chameau de passer à travers le chas d'une aiguille, qu'à un tel riche d'entrer dans le Royaume des Cieux !

Ici on pourrait raisonnablement demander: Pourquoi en cette occasion, devrait-il y avoir réellement un *jeune homme riche*, et non pas un spéculateur d'un âge avancé, à qui le Seigneur aurait pu faire remarquer Son éternel dégoût pour toute sorte de richesse terrestre ? La réponse s'explique d'elle-même, pour le fait que le jeune homme n'était pas encore un manipulateur invétéré de richesses, mais qu'il se trouvait encore en ce point où la jeunesse habituellement, du côté mondain, ne sait pas encore estimer convenablement la richesse elle-même.

Et justement pour cela, il aurait pu s'approcher du Seigneur, au moins pendant quelque temps, pour apprendre de Lui, le juste usage de la richesse, et toute autre indication à cet égard. Alors qu'avec cette connaissance de la volonté divine, il s'éloigne seulement du Seigneur, et retourne à ses trésors. Donc le jeune homme avait justement la prérogative que, étant donné son âge, il pouvait s'approcher du Seigneur, puisqu'il n'était pas encore un grand calculateur; tandis que les autres déjà invétérés, comme le vieux spéculateur et autres usuriers, se trouvent comme les chameaux, derrière le chas de l'aiguille. Donc, à de semblables riches il n'est plus ni accordé, ni donné de se trouver près du Seigneur. Pour ceux-là au contraire, le Seigneur a un autre exemple, qui doit être beaucoup médité, à savoir, dans le récit du *riche Epulon*; et il n'est pas nécessaire que je vous en dise plus.

Qui d'entre vous peut réfléchir un peu, trouvera très facilement que pour le Seigneur du Ciel et de tous les mondes, aucun délit humain ne sera aussi horrible et abject que la richesse, et ses conséquences délétères. En effet, pour aucun autre délit nous ne voyons le Seigneur de la Vie et de la mort, ouvrir de manière aussi large l'abîme de l'Enfer, comme justement pour celui-ci. Pas même pour le délit de l'adultère, ou de la prostitution, et d'autres de ce genre, il n'est arrivé que le Seigneur ait autant ouvert les portes de l'Enfer, comme justement pour le délit d'usure. Il l'a toujours et partout puni, sans tarder, autant avec la parole qu'avec l'action, qu'il s'agisse de gens appartenant à la caste sacerdotale, ou à n'importe quelle autre. Qui peut prouver au Seigneur, que, vis à vis de toutes les autres erreurs humaines, Il a levé sur le pécheur Sa puissante Main comme punisseur ? Par contre sur les changeurs de monnaie et sur les vendeurs de bétail et autres canailles spéculatrices, ceux-ci durent se plier à être chassés du Temple, après avoir été frappés et punis par la puissante main du Seigneur Lui-Même, sans miséricorde, avec des cordes enroulées ! Savez-vous ce que cela signifie ? - Cet événement évangélique entend dire, ni plus ni moins, que le Seigneur du Ciel et de tout l'Infini est l'ennemi le plus déclaré, réellement de ce délit. Pour tous les autres péchés, Son divin amour parle de patience, d'indulgence et de miséricorde, tandis que pour ce délit au contraire, Il parle de Sa colère et de Son indignation.

En effet, comme première chose, Il empêche qu'on approche de lui, avec le fameux chas de l'aiguille, puis Il ouvre visiblement l'abîme de l'Enfer, et montre, dans le même Enfer, un vrai damné, et Il s'exprime au sujet des pharisiens, avides de domination et de biens, et Il fait connaître de manière claire que, fornicateurs, adultères, voleurs et autres pécheurs encore, entreront avant eux dans le Royaume de Dieu. Enfin, Il saisit même, dans le Temple, une arme punitive, et en chasse au-dehors sans pitié, les spéculateurs de quelque sorte que ce soit, et Il les montre comme assassins du Royaume divin, étant donné qu'ils ont fait même du Temple, une caverne d'assassins. Nous pourrions citer encore beaucoup d'autres exemples, de tous lesquels on pourrait déduire quel ennemi déclaré est le Seigneur, de ce péché. Mais pour peu que l'on puisse réfléchir, ce qui a été dit est certainement suffisant; mais avec tout cela nous pouvons jeter un bref coup d’oeil sur ce qui concerne ce neuvième Commandement, et nous pourrons relever que le Seigneur, en aucune autre situation humaine, pour aucune autre activité défendue, n'a limité même l'envie, comme cela a été réellement le cas pour cette question usuraire, pour Lui souverainement désagréable. Partout Il défend expressément seulement l'activité, tandis qu'ici il en défend déjà le désir, parce que le danger qui en découle pour l'esprit est trop grand, étant donné qu'il détourne complètement l'esprit de Dieu, et le tourne entièrement vers l'Enfer.

En effet, vous pouvez constater, qu'il est beaucoup plus certain que n'importe quel autre pécheur, après une action coupable, éprouve du remords, alors que le riche spéculateur, après une heureuse spéculation réussie, s'abandonne à la jubilation et à la joie du triomphe ! Mais c'est le vrai triomphe de l'Enfer, où son prince cherche à remplir celui-ci avec des hommes aimant la richesse, car il sait très bien que de tels hommes n'abandonneront jamais de telles richesses, pour chercher à rejoindre Dieu, et que Dieu ne fera pas non plus quelque chose pour des êtres aussi répugnants; et ainsi Satan est assuré éternellement de sa proie. Je crois qu'il n'est pas nécessaire d'en dire plus.

Heureux celui qui prendra profondément à coeur ces paroles, car elles sont l'éternelle, l'incontestable Vérité divine ! Et vous pouvez considérer cela comme vrai, et croire, car il n'y a même pas une syllabe de trop, et même, vous pouvez présumer qu'il a été dit trop peu. Mais que cela, chacun se l'imprime bien dans l'esprit:

En n'importe quelle autre occasion, le Seigneur fera tout ce qui est imaginable, avant de laisser aller quelqu'un à la ruine. Par contre, contre ce péché il ne fera rien, sinon que tenir ouvert l'abîme de l'enfer, comme Il l'a fait voir dans l’Évangile. - Tout cela est plus que certain et vrai; de sorte que désormais nous connaissons la vraie signification de ce Commandement, et je dis une fois encore: Que chacun prenne bien à coeur ce qui a été dit !"

 

Emmanuel Swedenborg

Jacob Lorber