Aimer son Prochain

" La Première chose de la Charité est d'éloigner les maux, et la Seconde de faire les biens qui sont utiles au prochain. L' homme dans les exercices de la Charité ne place pas le mérite dans les Œuvres, lorsqu'il croit que tout bien vient du Seigneur. Aimer le Prochain, ce n'est pas, considéré en soi, aimer la Personne, mais c'est aimer le Bien qui est dans la Personne. 

 

On croit communément que la charité ne consiste qu'à donner aux pauvres, à secourir les indigents, à prendre soin des veuves et des orphelins, à contribuer à la construction des hôpitaux, des infirmeries, des hospices, des maisons pour les orphelins, surtout des Temples, et à pourvoir à leurs ornements et à leur revenu ; or, plusieurs de ces choses n'appartiennent pas à la Charité, mais lui sont étrangères. Ceux qui placent la Charité même dans ces Bienfaits ne peuvent faire autrement que de placer le mérite dans ces Œuvres, et lors même qu'ils avoueraient de bouche qu'ils ne veulent pas qu'elles soient des mérites, toujours est-il qu'en dedans se cache la foi du mérite: cela est clairement manifesté par eux après la mort; alors ils énumèrent leurs œuvres, et ils demandent le salut pour récompense; mais alors il est recherché de quelle origine elles sont, et quelle est par suite leur qualité; et s'il est trouvé qu'elles ont procédé ou du faste, ou de la recherche de la réputation, ou d'une simple munificence, ou de l'amitié, ou d'une inclination purement naturelle, ou de l'hypocrisie, elles sont alors jugées d'après cette origine, car la qualité de l'origine est dans les œuvres; mais la Charité réelle procède de ceux qui s'en sont pénétrés d'après la justice et le jugement dans les œuvres faites sans but de récompense, selon les paroles du Seigneur. 

 

Si l'on croit aujourd'hui que ces Bienfaits sont les propres faits de la Charité, qui dans la Parole sont entendus par les bonnes œuvres, c'est parce que la charité est souvent décrite dans la Parole par donner aux pauvres, porter secours aux indigents, protéger les veuves et les orphelins; mais jusqu'à présent on a ignoré que la Parole dans la lettre nomme seulement les choses qui sont les externes et même les extrêmes du culte, et que par elles sont entendus les spirituels qui sont les internes. D'après lesquels il est évident que par les pauvres, les indigents, les veuves, les orphelins, ce ne sont pas eux qui sont entendus, mais ceux qui sont tels spirituellement; que par les pauvres il soit entendu ceux qui ne sont pas dans les connaissances du vrai et du bien, on le voit dans l'APOCALYPSE RÉVÉLÉE, N° 209; et par les veuves, ceux qui sont sans les vrais, et qui néanmoins désirent les vrais, on le voit, N° 764; et ainsi du reste.  

 

Ceux qui de naissance sont miséricordieux, et ne rendent pas spirituelles leurs miséricordes naturelles en les faisant d'après la Charité réelle, croient que la Charité consiste à donner à chaque pauvre, et à secourir chaque indigent, et ils ne s'informent pas auparavant si ce pauvre ou cet indigent est bon ou méchant, car ils disent que cela n'est pas nécessaire, parce que Dieu considère seulement le secours et l'aumône. Mais ceux-ci après la mort sont soigneusement discernés, et sont séparés de ceux qui ont exercé les bienfaits de la Charité d'après la prudence, car ceux qui les ont exercés d'après cette aveugle idée de la Charité font du bien également aux méchants comme aux bons, et par ce secours les méchants font du mal, et par ce mal ils nuisent aux bons, c'est pourquoi ces bienfaiteurs sont aussi cause du préjudice fait aux bons; car faire du bien à un méchant, c'est pour ainsi dire donner au diable un pain qu'il change en poison, car tout pain dans la main du diable est du poison, et si ce n'en est pas, il le change en poison, ce qu'il fait en attirant au mal par les bienfaits: c'est aussi pour ainsi dire donner à l'ennemi d'un homme une épée avec laquelle il l'assassine; ou donner à un homme-loup une houlette de berger, pour qu'il conduise les brebis dans les pâturages, lorsque cependant, après avoir pris la houlette, il chasse les brebis des pâturages dans les déserts, et les y égorge: c'est encore pour ainsi dire revêtir d'une haute magistrature un voleur qui n'a en vue et ne surveille que la proie, selon la grosseur et l'abondance de laquelle il dispense les droits et rend les Jugements.  

 

Il va être dit ce que c'est qu'aimer le Prochain: Aimer le prochain, c'est vouloir et faire du bien non-seulement au parent, à l'ami et au bon, mais aussi à l'étranger, à l'ennemi et au méchant; toutefois la Charité est exercée envers les uns et les autres de différentes manières, envers le parent et l'ami par des bienfaits directs, mais envers l'ennemi et le méchant par des bienfaits indirects, lesquels sont faits au moyen d'exhortations, de réprimandes. et de punitions, et par conséquent en les amendant. Cela peut être illustré ainsi: Un Juge qui, d'après la loi et la justice, punit un malfaiteur, aime le prochain, car ainsi il l'amende, et pourvoit à ce qu'il ne fasse pas de mal aux citoyens: chacun sait qu'un Père qui corrige ses enfants, quand ils font du mal, les aime, et qu'au contraire celui qui ne les corrige pas, aime les maux qu'ils font, et l'on ne peut pas dire que cela soit de la Charité. Les guerres que l'ont fait dans le but de défendre la Patrie et l'Église ne sont pas non plus contre la Charité; la fin pour laquelle on agit montre s'il y a Charité ou non. 

 

Avant que le Seigneur vînt dans le Monde, à peine quelqu'un connaissait-il ce que c'est que l'homme Interne, et ce que c'est que la Charité, voilà pourquoi dans un si grand nombre de passages le Seigneur a enseigné la Dilection, c'est-à-dire, la Charité; et cela fait la différence entre le vieux Testament ou l'Alliance ancienne et le nouveau Testament ou l'Alliance nouvelle. Qu'il faille faire du bien d'après la Charité à l'Adversaire et à l'Ennemi, le Seigneur l'a enseigné dans Matthieu: Vous avez entendu qu'il a été dit par les anciens: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi; mais, Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien,à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous outragent et vous persécutent, afin que vous deveniez fils de votre Père qui, est dans les Cieux. Et a Pierre, qui lui, demandait combien de fois il devait pardonner a celui qui pécherait contre lui, si ce serait jusqu'à sept fois, il répondit: Je te dis non pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois, sept fois. 

 

On lit: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu par-dessus toutes choses, et ton Prochain comme toi-même. Aimer le prochain comme soi-même, c'est ne pas le mépriser en le comparant à soi, agir justement avec lui, et ne point porter sur lui de mauvais jugement. La Loi de la Charité, portée et donnée par le Seigneur Lui-Même, est celle-ci: " Toutes les choses que vous voulez que vous fassent les hommes, de même aussi, ,vous, faites-les leur; car c'est là la Loi et les Prophètes ". Ainsi aiment le prochain ceux qui sont dans l'Amour du Ciel; mais ceux qui sont dans l'Amour du Monde aiment le prochain d'après le Monde et pour le monde et ceux qui sont dans l'Amour de soi aiment le prochain d'après eux-mêmes et pour eux-mêmes. La Charité et les Bonnes Œuvres sont deux choses distinct comme le bien-vouloir et le bien-faire. La Charité même est d'agir avec justice et fidélité dans l'office, le travail et l'ouvrage, qu'on a à exercer, et avec ceux avec qui l'on a quelque commerce." 

 

"Nous voici arrivés; et dans le milieu de cette grande et splendide douzième salle, nous apercevons de nouveau un tableau brillant comme le Soleil, et, au centre il est écrit en lettres rouges lumineuses: *Celui-ci est semblable au premier, c'est-à-dire, que tu aimes ton prochain comme toi-même; en cela on trouve la Loi et les prophètes.* A ce point il faut s'attendre à ce que quelqu'un se lève et dise: "Aimer le prochain comme toi-même ? Et comment donc si l'amour de soi est égoïste, et par conséquent, péché ? Par suite aussi, si l’amour du prochain est analogue, il ne peut être autre que péché, puisque l'amour du prochain, de cette façon, a évidement sa propre base sur l'amour de soi, ou sur l’égoïsme. "Si je veux vivre en homme vertueux, je ne dois pas m'aimer moi-même; mais si je ne dois pas m'aimer moi-même, je ne dois pas non plus aimer mon prochain, étant donné que la position de l'amour du prochain doit correspondre parfaitement à celle de l'amour de soi.

"Donc, *aimer le prochain comme soi-même*, signifie alors, n’aimer absolument pas le prochain, puisqu'on ne doit pas non plus s'aimer soi-même." Vous voyez, ce serait déjà une objection habituelle, dans laquelle il ne devrait pas être difficile de tomber. En effet, l'amour de soi se confondant avec sa propre vie, à ce moment on comprend naturellement ce qu'il signifie, car ne pas s'aimer soi-même équivaut à ne pas posséder la vie Donc, ici il s'agit de connaître la différence entre le juste et l'injuste amour de soi. Juste est l'amour de soi, quand on n'a pas des choses du monde un désir plus grand que celui correspondant à la juste mesure de la répartition, selon l'Ordre divin. Mesure qui a été suffisamment illustrée dans le septième, le neuvième et le dixième Commandement. Si l'amour de soi prétend au-delà de cette mesure, alors il outrepasse les limites établies par l'Ordre divin, et déjà au premier dépassement cela doit être considéré comme péché. C'est pourquoi, l'amour du prochain doit aussi être pratiqué en conséquence selon cette mesure. - En effet, si quelqu'un aime son frère au-dessus de cette mesure, il est pratiquement un idolâtre, et rend ainsi pire le frère ou la soeur. Les fruits d'un tel excessif amour du prochain sont, pour la plus grande partie, tous des maîtres des peuples, tant de nos jours que de tout temps. - Et comment donc ? Un peuple a choisi, parmi ses membres, un homme et l'a aimé au-delà d'une juste mesure pour son brillant talent, l'élevant au titre de son souverain; et il dut ensuite se plier au châtiment en raison de son erreur, déjà lui-même qui l'avait élu, ou tout au moins ses descendants. A ce moment on dira: Mais des rois ou bien des princes, il doit cependant y en avoir pour guider le peuple, et c'est Dieu Lui-Même qui les met à ce poste. A cet égard, je n'entends réellement pas répondre par la négative; au contraire, je veux en cette occasion éclairer cette question, en la montrant telle qu'elle est et par contre telle qu'elle devrait être. Que dit le Seigneur à notre peuple hébreu, quand Il lui demande un roi ? - Il lui dit: *A tous les péchés que ce peuple a commis devant Moi, il a ajouté aussi celui-là qui est le plus grand de tous; c'est-à-dire d'être mécontent d'être gouverné par Moi, en réclamant un roi.*

Je suppose que, de cette phrase, il apparaît suffisamment clairement, que des rois, auprès des peuples, sont donnés par Dieu, non en bénédiction, mais bien plutôt comme un jugement. On dira: Mais des rois ne sont-ils pas nécessaires à côté de Dieu, pour le gouvernement ou la conduite de l'humanité ? - A cette question il peut être donné la même réponse que pour une autre question qui dit ceci: Le Seigneur a-t-Il eu besoin de quelque assistant pour la création du monde, et pour la création de l'homme ?

Autre question: Quels rois et quels princes ont-ils aidé le Seigneur en tout temps, de même qu'au temps actuel, pour maintenir les mondes dans leur Ordre et pour les guider sur leurs orbites ? Quel duc Lui faut-il pour les vents, quel prince pour dispenser la lumière, et quel roi pour la surveillance de l'espace infini, plein de mondes et de soleils ? Si le Seigneur peut opérer sans l'aide de princes et de rois, ceindre Orion, donner sa nourriture au Grand Chien, et maintenir dans l'ordre le plus rigoureux, le grand peuple des mondes et des soleils, comment donc devrait-Il avoir besoin d'élire des rois et des princes auprès des hommes de cette Terre, afin de L'aider à conduire les affaires de Sa Maison ? Si nous remontons à l'histoire des premiers temps de n'importe quel peuple, nous trouverons qu'à l'origine il avait une constitution théocratique, c'est-à-dire que tous les peuples n'avaient au-dessus d'eux, pas d'autre seigneur en dehors de Dieu seulement. Mais quand, avec le temps, ici et là, les peuples commencèrent à être mécontents du Gouvernement extrêmement libre, et on ne peut plus libéral de Dieu, étant donné que, sous un tel Gouvernement, les choses allaient trop bien, alors les hommes commencèrent à s'aimer trop bien; et généralement il arriva qu'un homme, en raison de ses facultés particulières devenait l'objet de l’amour général, et l'on demandait alors qu'il fût élevé comme guide. Cependant, on ne s'arrêta pas au degré de seul guide, car l'élu dut promulguer les lois, puis celles-ci durent être sanctionnées; et ainsi de suite, on arriva au seigneur, au maître, au patriarche, au prince, au roi, et à l'empereur. Ceux-ci cependant n'ont jamais été choisis par Dieu, mais bien plutôt seulement confirmés, comme un jugement pour la ruine des hommes.

Je suppose que cet éclaircissement sera suffisant pour apercevoir que tout excès, tant dans l'amour de soi-même que dans celui du prochain est un opprobre devant Dieu. Donc, aimer le prochain comme soi-même, signifie: Aimer le prochain dans l'Ordre de Dieu, c’est-à-dire en cette juste mesure qui est assignée par Dieu à l’homme, depuis le commencement du monde.

S'il y a quelqu'un qui n'arrive pas à comprendre cela à fond, je veux ajouter pour lui encore quelques exemples, dont il pourra relever quelles conséquences l'excès entraîne avec lui, tant dans un cas que dans l'autre.

Supposons que dans un village quelconque, vive un milliardaire; il rendra ce village heureux, ou bien il le précipitera dans la ruine et dans le malheur !

C'est ce que nous verrons maintenant. Le milliardaire voit que les banques publiques sont chancelantes. Que fait-il ? Il vend ses obligations, et à leur place il achète des biens. La direction du pays, dont il n'avait été jusqu'alors qu'un sujet, se trouve comme d'ordinaire dans de grandes difficultés économiques. Notre milliardaire est amené à lui prêter des capitaux; il le fait contre de bons intérêts, et avec des hypothèques sur les biens du gouvernement lui-même, comme garantie. Ses voisins et les autres habitants du village ont aussi besoin d'argent; il leur en prête sans aucune difficulté, avec l'enregistrement voulu dans le livre d'état. Cela continue ainsi pendant plusieurs années; le gouvernement devient toujours plus pauvre en biens, et les habitants du village ne deviennent certainement pas plus riches.

Qu'arrivera-t-il ensuite ? Notre milliardaire s'en prend en premier lieu au gouvernement; et celui-ci ne possédant pas un sou, bon gré mal gré, doit se rendre; et, comme grande magnanimité, il reçoit tout au plus l'argent nécessaire pour le voyage, tandis que le milliardaire devient titulaire de la direction, et en même temps, maître de ses voisins et de tous ses débiteurs.

Ceux-là, étant donné qu'ils ne sont en mesure de payer ni le capital dû, ni les intérêts, doivent se soumettre au séquestre et à la vente à l'encan des biens. Ce sont là les conséquences naturelles de la fortune qu'un millionnaire, c'est-à-dire, le possesseur d'un amour excessif de soi-même a préparée aux habitants du village. Maintenant passons au second cas.

Dans un lieu quelconque vit une famille très nécessiteuse; elle a seulement le nécessaire pour pouvoir vivre jour après jour. Un homme très riche, et - cas rare - très charitable, vient à connaître cette famille, pauvre, mais très respectable. Eh bien, ce riche seigneur prend en pitié cette pauvre famille, et veut, de but en blanc, la rendre un peu heureuse avec un beau don, pour voir ensuite le fruit de son amour pour le prochain, peint par la joie sur leur visage. En suite de quoi, durant une semaine entière, ils ne font que verser des larmes de joie; et même au bon et cher Seigneur Dieu, ils consacrant quelques paroles de remerciement. Une année s'étant écoulée, nous découvririons en cette famille maintenant favorisée, que la misère a disparu, mais qu'à la place de celle-là ont pris place l'opulence et le luxe. Or, cette famille a vu se transformer même son coeur, parce que maintenant il est dur; et de plus, celle-ci fait de son mieux, pour se venger secrètement de tous ceux qui, à l'époque de sa misère, ne voulaient pas la prendre en considération. Mais on n'entend plus de phrases de remerciement envers le Seigneur, tandis qu'ils font grand étalage d'équipages de luxe, de domestiques en livrée et autres choses encore. Or on demande: Cet excès considérable d'amour du prochain a-t-il servi à cette famille, ou bien lui a-t-il apporté du dommage ? Je suppose que même en ce cas, il n'est pas nécessaire d'ajouter beaucoup de paroles, mais bien plutôt de constater que l'argent non gagné à la sueur du front, est plus dangereux que l'autre.

Quant à une utilité pour la vie éternelle, cette famille n'en a retiré aucune, par suite de l'excès de l'amour du prochain, dont il a été fait mention.

Mais de cela, il paraîtra évident que, tant l’amour du prochain que l’amour de soi-même, doivent toujours être tenus à l'intérieur des limites établies par le juste Ordre Divin. Si un homme aime son épouse, plus qu'il n'est dû, il la gâte, car elle devient vaniteuse et orgueilleuse, de même qu'elle se surestimera, deviendra une coquette effrontée; et l'homme aura bien à faire pour se procurer des moyens pour satisfaire les prétentions de son épouse. Même un fiancé, s'il aime trop sa fiancée, il la rendra hautaine, et à la fin, même infidèle. Pour conclure je dirai qu'une juste mesure de l'amour est nécessaire en tout et partout.

L'amour du prochain consiste en quelque chose d'autre, et différent de celui traité jusqu'à présent. En quoi consiste donc l'amour du prochain, à la manière spirituelle intérieure, nous l'apprendrons dans la suite de cette communication.

 

Cependant, pour pouvoir connaître à fond en quoi consiste réellement le vrai *amour du prochain*, il est nécessaire avant tout de savoir et aussi de comprendre à fond qui est en réalité ce prochain.

En effet, ici se trouve le noyau de la question. On dira: Mais, où devons-nous puiser cette connaissance ? En vérité, le Seigneur Lui-Même, le seul Présentateur de l’amour du prochain, n'a donné aucune précision à ce sujet.

Quand les scribes Lui demandèrent qui était leur prochain, Il donna la parabole du bon Samaritain. Cependant, de cela il résulte que seulement en certaines circonstances, les hommes malheureux ont un *prochain* dans leurs bienfaiteurs eux-mêmes. Donc, s’il y a un *prochain* seulement sous de telles circonstances, quel prochain ont alors les hommes auxquels il n'est arrivé aucun malheur, et ne se sont jamais non plus trouvés dans la situation de prêter aide à un malheureux ? N'existe-t-il donc aucun texte de caractère général, qui indique plus exactement qui est notre prochain ?

En effet, dans le texte cité, d'un côté, il y a seulement une urgente nécessité, et de l'autre, une aisance active et pleine de bonne volonté pour les bonnes actions, et elles se trouvent vis à vis, pour représenter *le prochain*. C'est pourquoi nous voulons voir s'il y a des textes concernant l'amour du prochain. Il y en aurait un où il est dit: *"Bénissez ceux qui vous maudissent, et faites du bien à vos ennemis !*- Cela voudrait signifier que, pour le Seigneur, il n'existe pas de limites circonscrites à cet égard. Un autre texte dit: "Faites-vous des amis avec l'injuste Mammon". Avec cela, que veut indiquer le Seigneur ? Rien d'autre sinon que l’homme ne doit laisser échapper aucune occasion pour faire du bien au prochain; et, en allant même à l'extrême, Il permet même une évidente infidélité en ce qui concerne les biens du riche, mais naturellement dans un cas de très grand besoin. Continuant dans la recherche de textes, nous en trouvons un ici où le Seigneur dit: "Le bien que vous ferez à un de ces pauvres, c'est comme si vous l'aviez fait à Moi." De ce texte, on peut déjà déduire assez clairement ce qu'est l'amour du prochain, et donc il vient indiquer qui est réellement le prochain. Toutefois, nous voulons prendre en considération encore un texte où il est dit: *Si vous donnez un banquet, n’invitez pas ceux qui peuvent vous le rendre avec un autre banquet, car alors viendrait à vous manquer la récompense dans le Ciel. *Par contre, invitez des faibles, des malades, des nécessiteux à tous les points de vue, qui ne seront jamais en mesure de vous le rendre. *De même, ne prêtez pas votre argent à ceux qui, outre les intérêts, peuvent un jour vous le restituer; mais bien plutôt, prêtez-le à ceux qui sont dans l'impossibilité de vous donner l'intérêt, ainsi que le capital lui-même. *Si vous faites l’aumône, faites-la en silence, de manière que la nain gauche ne sache pas ce que fait la droite; et ainsi, dans le secret, votre Père bénira et récompensera votre action dans le Ciel.* Je suppose que de ces textes, on devrait pour le moins dire que l'on touche de la main, qui est vraiment indiqué par le Seigneur, comme le prochain. C'est pourquoi nous voulons voir quelle signification se tient derrière tout cela.

Nous voyons donc que le Seigneur place toujours les pauvres en face des gens aisés. Qu’en résulte-t-il ? Rien d’autre que, ces deux conditions sociales et humaines, l’une en face de l'autre, sont aptes à créer réciproquement le prochain. De la même façon, toutes les réunions de degrés sociaux différents, mais qui ont eu en commun quelque but humanitaire bon et utile, sans spéculations d'aucune sorte, et agréable à Dieu, sont à considérer comme *prochains* les unes par rapport aux autres. Le premier degré de l’amour du prochain reste donc toujours celui entre aisés et pauvres, entre forts et faibles, et il se trouve dans le même rapport que celui entre parents et enfants. Mais quel est le motif pour lequel les pauvres vis à vis des gens aisés, les faibles vis à vis des forts, et les enfants vis à vis des parents, doivent être considérés et traités comme le prochain le plus proche ? Pour aucun autre motif en dehors de celui très simple que le Seigneur, sur ce monde, représente Lui-même, vis à vis de tout homme, le pauvre, le faible et l'enfant; car Il dit: *Ce que vous faites aux pauvres et aux faibles, c'est comme si vous l'aviez fait à Moi ! Et même si vous ne M'aviez pas toujours parmi vous, vous auriez cependant toujours les pauvres parmi vous, comme mes plus parfaits vrais représentants parmi vous.* Et ainsi le Seigneur met en évidence ce que signifie accueillir un enfant dans son coeur; car, qui accueille ce dernier, accueille aussi le Seigneur. De tout cela il résulte que les hommes, à un degré plus ou moins grand, doivent se considérer réciproquement comme prochain, et cela selon que plus ou moins, ils sont remplis de l'Esprit du Seigneur, Qui est l'Amour. Cependant, le Seigneur ne dispense pas Son Esprit aux riches du monde, mais bien seulement aux pauvres, aux faibles et aux déshérités; les sans voix au chapitre, c'est-à-dire, les oubliés du monde. Et ceux-ci sont toujours remplis de l'Esprit du Seigneur - à moins qu'ils ne soient des profanateurs de la Grâce du Seigneur - puisque la pauvreté est la participation principale de l'Esprit du Seigneur sur cette Terre. Qui est pauvre a, dans sa pauvreté, une ressemblance avec le Seigneur, tandis que le riche n'en a aucune. Les riches, le Seigneur ne les connaît pas, et ce sont réellement les pauvres qui doivent faire connaître les riches au Seigneur, si ceux-ci sont capables d'émouvoir leur coeur en faveur des pauvres, leurs frères, ainsi que leur prochain.

En effet, le Seigneur Lui-Même, à l'occasion du récit du riche Epulon, a indiqué l'insurmontable abîme qui sépare le riche du Seigneur; tandis que le pauvre Lazare, le Seigneur le place dans le sein d'Abraham, et donc, au plus près du Seigneur. Et ainsi, aussi dans le cas du jeune homme riche, le Seigneur lui indique qui était son prochain, c'est-à-dire les pauvres, avant qu'il ne pût suivre le Seigneur. Partout le Seigneur présente toujours les pauvres et les enfants, comme *le prochain*, ou bien même comme Ses représentants formels; et ce sont ceux-là que les hommes riches doivent aimer comme eux-mêmes, plus que leurs égaux. Voilà pourquoi le Seigneur a dit que ce Commandement de l’amour du prochain est semblable au premier; avec cela Il entendait dire: Ce que vous faites aux pauvres, c'est à Moi que vous le faites ! Par contre, les riches ne doivent pas se considérer réciproquement comme *prochain* car, selon l'invitation du Seigneur, c'est aux pauvres et aux nécessiteux qu'ils doivent prodiguer de l'aide, et avec eux qu'ils doivent partager leurs biens. Mais si un riche voulait dire: *Mon prochain le plus proche, ce sont mes enfants, et non pas les étrangers*? Mais le Seigneur au contraire prit toujours comme exemple un enfant ou un pauvre en disant: "Qui accueille l'un de ceux-ci, M'accueille Moi"; tandis qu'Il n'a jasais mentionné les fils de riches. Pour cette raison, quand le riche pourvoit avec anxiété pour ses propres enfants, il commet un grand péché contre l'amour du prochain. Le riche pourvoit de la meilleure des manières pour ses propres enfants, quand il leur donne une éducation qui obtienne l'agrément du Seigneur, et non pas quand il épargne ses avoirs pour eux, mais bien plutôt quand pour la plus grande part il les lègue en faveur des pauvres. S'il fait cela, le Seigneur saisira ses enfants et les guidera sur la voie la meilleure; et s'il ne le fait pas, le Seigneur détourne Sa Face d'eux, retire Ses Mains, et abandonne promptement leur délicate jeunesse aux mains du monde, ce qui revient à dire, dans les mains du démon, afin qu'ils deviennent des fils du monde, et des démons eux-mêmes.

Si vous saviez combien épouvantablement sont maudits par le Seigneur tous les capitaux héréditaires, et en particulier ce que l'on appelle les *fidéicommis*, jusqu'au plus bas, c'est-à-dire au troisième degré de l'Enfer; et vous, d'épouvante et d'angoisse, vous vous durciriez jusqu'à la dureté d'un diamant ! C'est pourquoi les riches, partout où ils se trouvent, doivent prendre à coeur le plus possible ce qui est dit, détourner le plus possible leur coeur de leurs richesses, et faire avec celles-ci le plus de bien qu'ils peuvent, s'ils veulent éviter l'éternel Enfer. En effet, dans l'au-delà il y a une infinité d'établissements de peines infernales, dont une espèce est de très longue durée dans des lieux arides, hors desquels mènent seulement des sentiers inconcevablement étroits, où pour le pèlerin il n'en va pas mieux que pour le chameau devant le chas d'une aiguille. Mais ensuite il y a une autre espèce d'établissements de peines infernales, hors desquels, du moins jusqu'à présent, ne mène aucun sentier. Donc, cela est dit, justement pour que les riches puissent se rendre compte, de ce qu'est la richesse en leurs mains, s'ils ne donnent pas crédit au coeur. Tout ce qui a été dit maintenant, l'a été afin que vous puissiez vous rendre compte de ce en quoi consiste cet *amour du prochain*.

 

Emmanuel Swedenborg

Jacob Lorber