Martin Luther, sa situation dans le monde des esprits: 

"Dès le premier instant, quand il arriva dans le monde spirituel, il fut un très-ardent propagateur et défenseur de ses dogmes, et son zèle pour eux s'accrut à mesure que s'accroissait la multitude (les adhérents et partisans venus de la Terre; il lui fut donné une Maison, telle que celle qu'il avait à Eisleben pendant sa vie dans le corps; et au milieu de cette maison il dressa un siège un peu élevé sur lequel il s'asseyait, et par une porte tenue ouverte il admettait ses auditeurs, et les disposait en rangs; il plaçait le plus près de lui ceux qui lui étaient le plus favorables, et après eux ceux qui étaient moins favorables, et alors il parlait sans s'interrompre, et parfois il permettait qu'on lui fit des questions, afin de pouvoir d'après quelque principe reprendre de nouveau le fil d'un discours terminé. D'après cette faveur générale il finit par s'imbiber de la Persuasion; dans le Monde spirituel la persuasion est d'une telle efficacité, que nul ne peut résister, ni parler contre ce qui est dit; mais comme c'était une sorte d'enchantement mis en usage par les anciens, il lui fut sérieusement interdit de parler dorénavant d'après cette Persuasion; et ensuite il enseigna comme auparavant d'après la Mémoire, et en même temps d'après l'Entendement: une pareille Persuasion, qui est une espèce d'enchantement, a sa source dans l'amour de soi, d'après lequel elle devient enfin telle, que quand quelqu'un contredit, elle attaque non-seulement le fond de la question, mais aussi la Personne elle-même. Ce fut là l'état de sa vie jusqu'au Jugement Dernier, qui a été fait dans le Monde Spirituel en 1757; mais un an après cette époque, il fut transféré de sa première Maison dans une autre, et en même temps dans un autre état; et comme il apprit que moi, qui suis dans le Monde naturel, je conversais avec ceux qui sont dans le Monde spirituel, il vint avec plusieurs autres vers moi; et, après quelques demandes et quelques réponses, il perçut que c'était aujourd'hui la fin de la précédente Église, et le commencement de la Nouvelle Église, sur laquelle a prophétisé Daniel, et qui a été prédite par le Seigneur Lui-Même dans les Évangélistes, et que cette Nouvelle Église est entendue par la Nouvelle Jérusalem dans l'Apocalypse, et par l'Évangile éternel qu'un Ange qui volait dans le milieu du Ciel annonça aux habitants de la Terre, XIV. 6; il fut fort indigné, et son indignation s'exhala en reproches; mais comme il perçut que le Nouveau Ciel, qui a été fait et qui se fait, s'augmentait de ceux qui reconnaissent le Seigneur seul pour Dieu du Ciel et de la Terre, selon les paroles du Seigneur Lui-Même, - Matth. XXVIII. 18, - et qu'il remarqua que les Assemblées de ceux qui se réunissaient chaque jour près de lui diminuaient, il cessa de faire des reproches, et alors il s'approcha plus près de moi, et commença à converser avec moi plus familièrement; et après qu'il fut convaincu qu'il avait tiré, non pas de la Parole mais de la propre intelligence, le principal Dogme sur la Justification par la foi seule, il se laissa instruire sur le Seigneur, sur la Charité, sur la vraie Foi, sur le Libre Arbitre et enfin sur la Rédemption, et cela uniquement d'après la Parole; enfin après conviction il commença à donner son appui aux Vérités sur lesquelles la Nouvelle Église est établie, et ensuite à se confirmer de plus en plus lui-même dans ces Vérités; pendant ce temps il était chez moi chaque jour, et alors toutes les fois qu'il rassemblait ces Vérités, il se mettait à rire de ses précédents Dogmes comme de choses qui étaient diamétralement opposées à la Parole; et je l'ai entendu dire: « Qu'on ne soit pas surpris de ce que je me suis emparé de la Foi seule justifiante, et ai privé la Charité de son essence spirituelle, et de ce que j'ai aussi enlevé aux hommes tout Libre Arbitre dans les choses spirituelles, et admis plusieurs autres choses qui dépendent de la foi seule, quand une fois elle a été

reçue, comme les anneaux dépendent d'une chaîne, puisque mon but était d'être entièrement séparé des Catholiques-Romains, but que je n'ai pas pu atteindre ni obtenir autrement; je ne suis donc pas étonné de m'être égaré, mais je m'étonne qu'un seul homme en radotant ait pu produire tant de radoteurs. » Et il regardait de côté quelques Écrivains dogmatiques de son temps, d'une grande renommée, fidèles sectateurs de sa doctrine, leur reprochant ainsi de n'avoir pas vu dans l'Écriture Sainte les oppositions qui cependant sont saillantes. Il m'a été dit par des Anges examinateurs que ce Chef est dans un État de conversion, plus que beaucoup d'autres qui se sont confirmés dans la Justification par la foi seule, parce que dans sa jeunesse, avant d'entreprendre la Réforme, il s'était imbu du Dogme de la prééminence de la Charité; c'est aussi pour cela qu'il a donné de si bons enseignements sur la Charité tant dans ses Écrits que dans ses Sermons; de là il est résulté que la foi de la justification chez lui a été implantée dans son homme Externe naturel, mais n'a pas été enracinée dans son homme Interne spirituel. Il en est tout autrement de ceux qui, dans leur jeunesse, se confirment contre la spiritualité de la Charité; ce qui arrive aussi de soi-même, quand la justification par la foi seule est affermie par les confirmations. J'ai conversé avec le Prince de Saxe, avec lequel Luther avait vécu dans le Monde; ce Prince m'a raconté qu'il avait souvent blâmé Luther, surtout d'avoir séparé la Charité d'avec la Foi, et d'avoir déclaré celle-ci salvifique et non l'autre, tandis que non-seulement l'Écriture Sainte conjoint ces deux Moyens universaux du salut, mais que même Paul préfère la Charité à la Foi, en disant, qu'il y a trois choses, la Foi, l'Espérance et la Charité, et que des trois la plus grande est la Charité, - l Cor. XIII, 13; - mais que Luther avait chaque fois répondu qu'il ne pouvait pas faire autrement à cause des Catholiques-Romains. Ce Prince est parmi les heureux. "

Emmanuel Swedenborg

 

Philippe Mélanchthon, sa situation dans le monde des esprits: 

"il m'a été donné de savoir sur son Sort, tel qu'il fut d'abord quand il vint dans le Monde Spirituel, et tel qu'il a été dans la suite, plusieurs détails que j'ai obtenus non-seulement par des Anges, mais aussi par lui-même, car j'ai conversé quelquefois avec lui, mais non pas aussi souvent ni d'aussi près qu'avec Luther; si ce ne fut pas aussi souvent ni d'aussi près, c'est qu'il ne pouvait pas approcher de même, parce qu'il avait appliqué son étude seulement à la Justification par la Foi seule, et non à la Charité, et que j'étais entouré d'Esprits angéliques qui étaient dans la Charité, et ceux-ci empêchaient l'accès près de moi. J'ai appris que dès qu'il fut entré dans le Monde spirituel, il lui fut préparé une Maison semblable à la maison dans laquelle il demeurait dans le Monde; cela se fait aussi pour la plupart des nouveaux venus, de sorte qu'ils ne savent autre chose sinon qu'ils sont encore dans le Monde naturel, et que le temps écoulé depuis la Mort a seulement été comme un sommeil. Dans sa Chambre aussi tout était semblable, une Table semblable, un Bureau semblable avec ses compartiments, et une Bibliothèque semblable; c'est pourquoi dès qu'il y vint, se croyant réveillé d'un sommeil, il se plaça aussitôt à la Table, et il continua à écrire, et alors sur la Justification par la foi seule, et de même pendant quelques jours, et rien absolument sur la Charité; cela ayant été perçu par les Anges, il lui fut demandé par des envoyés, pourquoi il n'écrivait pas sur la Charité; il répondit que dans la Charité il n'y avait rien de l'Église, car si la Charité était reçue comme un attribut essentiel de l'Eglise, l'homme s'attribuerait aussi le mérite de la justification et par conséquent du salut, et par là aussi il priverait la Foi de son essence spirituelle; quand les Anges qui étaient au-dessus de sa tête eurent perçu cette réponse, et que les Anges, qui lui avaient été associés lorsqu'il était hors de sa maison, l'eurent entendue, ils se retirèrent, car des Anges sont associés à chaque Nouveau venu dans le commencement; quelques semaines après cette séparation, les choses qui étaient à son usage dans la Chambre commencèrent à s'obscurcir, et enfin à disparaître, au point qu'il n'y restait plus rien que la Table, du Papier et un Encrier; et de plus sa Chambre quant aux murailles apparaissait enduite de chaux, le plancher recouvert d'une matière de brique jaune, et lui-même dans un vêtement plus grossier; comme il s'en étonnait, et demandait autour de lui: " Pourquoi cela? " il reçut pour réponse que c'était parce qu'il avait repoussé de l'Eglise la Charité, qui en est cependant le Coeur; mais comme il fit tant de fois des objections, et qu'il continua à écrire sur la Foi comme l'unique essentiel de l'Église et l'unique moyen de salut, et à repousser de plus en plus la Charité, il se vit tout-à-coup sous terre dans un Bagne où étaient ses semblables; et lorsqu'il voulut en sortir, il fut retenu, et il lui fut annoncé qu'il n'y avait point d'autre sort pour ceux qui jettent la Charité et les bonnes Œuvres hors des portes de l'Église; cependant, comme il était un des Réformateurs de l'Eglise, il en fut retiré par ordre du Seigneur, et remis dans sa précédente Chambre: où il y avait seulement une Table, du Papier et un Encrier; mais néanmoins d'après ses idées confirmées il l'emplissait son papier de la même erreur, aussi ne put-il être préservé de se voir tantôt replongé vers ses compagnons captifs, et tantôt relâché; quand il était relâché, il apparaissait revêtu d'une peau au poil hérissé, parce que la Foi sans la Charité est froide. Il me raconta lui-même que derrière sa Chambre il en avait été ajouté une autre où il y avait trois Tables, près desquelles étaient assis des dogmatistes semblables à lui, qui avaient aussi relégué la Charité en exil; et que là quelquefois il apparaissait aussi une quatrième Table, sur laquelle ils voyaient sous diverses formes des objets monstrueux, dont cependant ils n'étaient pas effrayés; il ajouta qu'il avait conversé avec eux, et que de jour en jour il avait été confirmé par eux. Cependant, après quelque temps, frappé de crainte, il se mit à écrire quelque chose sur la Charité, mais ce qu'il avait mis un jour sur le papier, il ne l'y voyait pas le lendemain; car c'est ce qui arrive là à chacun; lorsqu'on met quelque chose sur le papier d'après l'homme Externe seul et non en même temps d'après l'homme Interne, ainsi d'après la contrainte et non d'après la liberté, cela s'efface de soi-même. Mais après que le Nouveau Ciel eut commencé à être instauré par le Seigneur, il se mit à penser, d'après la lumière provenant de ce Ciel, qu'il était peut-être dans l'erreur; c'est pourquoi, par anxiété pour son propre sort, il sentit en lui l'impression de quelques idées intérieures sur la Charité; dans cet état il consulta la Parole, et alors ses yeux furent ouvert, et il vit qu'elle était entièrement remplie de L'amour envers Dieu, et de l'amour à l'égard du prochain; qu'ainsi, comme le Seigneur le dit, de ces deux Commandements dépendent la Loi et les Prophètes, c'est-à-dire, toute la Parole; dès ce moment il a été transféré intérieurement dans le Midi vers l'Occident, et ainsi dans une autre Maison, d'où il me parla, en disant que maintenant ce qu'il écrit sur la Charité ne disparaît pas comme auparavant, mais que le lendemain cela se présente obscurément. Une chose qui m'étonna, c'est que, lorsqu'il marche, ses pas sont entendus avec bruit comme les pas de ceux qui marchent avec des souliers ferrés sur des dalles. A ce qui précède, il faut ajouter que, quand quelques nouveaux venus du Monde entraient dans sa Chambre pour causer avec lui et le voir, il appelait à lui l'un de ces esprit magiques qui par des fantaisies pouvaient produire diverses apparences décentes, et alors cet esprit embellissait sa Chambre d'ornements, et de tapis avec des rosaces, et plaçait comme une bibliothèque au milieu; mais dès que ces nouveaux venus s'en allaient, ces apparences disparaissaient, et l'enduit de chaux et le vide reparaissaient: mais ceci avait lieu quand il était dans l'Etat précédent."

Emmanuel Swedenborg

 

"Il semble s'agir plutôt, comme du vacarme de plusieurs chariots, mêlé au grondement d'une grande chute d'eau. Vous demandez: Que signifie cela ? Et, Moi, Je vous dis: suivons sans autre notre couple, et nous nous ferons une idée.

N'apercevez-vous pas encore là-bas quelque chose de rougeâtre, une lueur semblable à celle d'un morceau de fer rougeoyant mais pas trop ! Voilà, justement là, tournez le regard, parce que nous y attend un spectacle de premier ordre.

Au fur et à mesure que nous nous approchons, cet étrange grondement de tonnerre prend toujours plus le son de voix humaines rauques; mais à présent, arrêtons-nous, car la masse se dirige justement de ce côté, et, comme vous voyez, même notre amoureuse avant-garde a pris une position d'attente.

Voyez comme le mari est plein d'anxieuse expectative de ce qui s'approche, et, en raison de l'angoisse et de la peur, il a l'air de faire quelques pas en arrière.

Mais elle, lui saisit le bras et le prie, par ce qu'il a de plus cher en son coeur, de l'écouter seulement pour cette fois et de rester avec elle, puisque ceci est la chance dont elle lui a fait mention auparavant, et qu'il doit connaître, pour pouvoir se persuader si elle est du côté de la raison ou de celui du tort.

Il demande ce qu'est ce qui s'approche, et qui lui semble à lui si épouvantable. Et elle lui dit; "Ce que c'est, ce que c'est ?...Ce sont d'authentiques et profonds penseurs; ce que tu pourras vite constater par toi-même."

Vous voyez, il se tranquillise et attend la troupe *profondément pensante*, qui est en train de s'approcher. Et voilà qu'une compagnie assez nombreuse est déjà ici. Notre couple, par courtoisie, va à leur rencontre, et par conséquent, nous devons en faire tout autant, sinon par courtoisie, mais bien pour d'autres motifs.

Vous voyez, maintenant ils sont en groupe et s'accueillent les uns les autres, avec toutes sortes de courtoisie; approchons-nous encore un peu, afin que rien ne nous échappe.

Comme vous voyez, du milieu de la compagnie s'approche de notre couple, une silhouette extraordinairement maigre et consumée, et la femme l'accueille avec beaucoup de gentillesse et une grande bienveillance. Même le mari de la femme s'incline profondément devant cette silhouette d'homme.

Ce dernier prend la parole et dit: "Oh, ma très chère dame, cela me fait immensément plaisir d'avoir à nouveau la joie de pouvoir vous considérer comme l'une des nôtres, car votre intelligence et votre comportement extrêmement appréciable font grand honneur à notre société, et en sont en vérité le plus bel ornement.

"Donc, chère madame, avez-vous quelque chose sur votre très délicat coeur, car alors ce serait pour moi un vrai bonheur si vous voulez bien me manifester votre souci."

Et elle dit: "Mon très cher, et surtout très estimé ami ! Regardez, l'homme qui est à mon côté est mon époux terrestre, si tendrement aimé.

"Il s'est comporté sur la Terre, en toutes ses actions, de façon droite, distinguée et avantageuse, de sorte que, vraiment sérieusement, je dois reconnaître que notre mariage était l'un des plus heureux.

"Car, que peut désirer de plus une femme, dès lors qu'un mari sait venir à la rencontre de tous ses désirs de coeur de femme ? Sauf quelques points sans importance, je n'aurais vraiment rien à objecter.

"Mais à présent, il y a un point important sur lequel nous n'avons pas pu nous accorder, et qui par conséquent a toujours été entre nous un petit obstacle.

"Cependant, je désire vous exposer en quoi consistait cet obstacle, comme il est accordé à une femme de s'exprimer devant vous, mon très cher ami; et vous voudrez bien ensuite avoir vous-aussi la complaisance de murmurer à ce sujet deux mots à mon mari; et je suis certaine qu'ils serviront à le guérir radicalement de son mal."

Et l'homme dit: "Oh, je vous en prie, très chère madame, vous êtes trop bonne! Je puis seulement vous assurer qu'il m'en reviendra un grand honneur et un bonheur particulier, s'il m'est donné de pouvoir me dire à moi-même d'avoir servi, dans ma petitesse, une dame aussi aimable !

"Je vous prie donc de me confier cette peine de votre coeur". Elle répond: "Ah! Mon très cher ami, vous êtes trop bon et trop modeste; et c'est justement cette bonté et cette modestie qui infusent a mon coeur ce courage de ne rien tenir caché devant vous; c'est pourquoi, veuillez donc m'écouter avec bienveillance!

"Ce point fatal ne consiste en rien autre, sinon que mon mari - pour tout le reste, brave homme, bon et très affable - est un passionné de la Bible, et avec cela est aussi un chrétien.

"Mais le vrai motif, pour lequel il s'est jeté dans les bras de cette secte ridicule, tient dans le fait qu'il est d'origine pauvre, de basse extraction.

"En considération de cela, depuis le berceau déjà, lui fut aussi inculquée, avec la berceuse, cette philosophie de mendiants, comme c'est généralement le cas dans les classes pauvres.

"Combien il est ensuite difficile de délivrer quelqu'un de cette sottise absorbée avec le lait maternel et devenu chair de sa propre chair! Et vous, très cher ami, vous le savez certainement mieux que moi.

"Avec cette philosophie de petits pauvres, mon mari, par ailleurs homme de grande valeur, est aussi arrivé ici, dans le royaume des forces primitives de la nature, comme si souvent vous avez eu la bonté de nous l'expliquer.

"Mais cela ne me convient pas; il se tient encore fermement à son Christ, qui n'existe en aucun lieu, ce qui est plus que certain.

"Donc, mon ami très estimé, je vous ai exposé très brièvement ma préoccupation et de quoi j'ai besoin; et c'est pourquoi je vous prie d'accueillir avec la plus grande bienveillance mon pauvre mari, quelque peu égaré, et de lui montrer quelque chose de convaincant sur ce point de vue."

Et l'homme dit: "Oh, s'il ne s'agit que de cela, nous l'expédierons vite et bien, en ce royaume où la vérité est complètement nue." - A ce moment, il se tourne vers le mari de la femme, lui tend cordialement la main et lui dit: "Mon cher ami, est-ce vraiment aussi sérieux que votre aimable dame me l'a rapporté ?"

Le mari de la ferme dit: "Très cher ami, je dois admettre franchement que, si chère et précieuse que me soit mon épouse, je suis toutefois convaincu que, sur ce point, nous ne nous accorderons jamais, puisque, de quelque façon qu'aillent les choses, j'ai acquis la ferme conviction et pris la décision d'en rester éternellement à ma foi en Christ.

"Car je suis convaincu que ce Nom m'a toujours procuré un grand réconfort; et Il a toujours été infailliblement Mon étoile brillante.

"Quand je me suis trompé de route, cela a toujours été par ma faute, et seulement parce que je ne me suis pas tenu assez étroitement au Christ. Quand ensuite, je me suis tourné à nouveau vers Lui, j'ai été à nouveau aidé, comme par une puissante baguette magique!

"Vous, en homme bien pensant et sage, vous devez admettre qu'il serait extrêmement injuste de ma part, de m'éloigner justement maintenant d'un Tel Bienfaiteur, c'est à dire, quand il m'apparaît combien j'ai le plus grand besoin de Lui.

"C'est pourquoi, mon très cher ami, ne vous donnez aucune peine pour moi, à cet égard, car je vous assure à coeur ouvert que ce serait peine perdue.

"J'ai été aussi trop longtemps un esclave du charme de mon épouse. Après son départ, j'ai appris à me passer d'elle; et en Christ, mon Seigneur, j'ai trouvé la vraie vie; et j'espère qu'ici, elle ne voudra plus me tenter, étant donné qu'avec la mort du corps, j'ai cessé de devoir partager les devoirs conjugaux.

"Si elle veut me suivre, elle pourra toujours être pour moi aussi digne et chère; mais échanger ma foi en Christ avec elle, cela je ne le ferai jamais plus ; même si par la violence elle devrait me traîner dans le centre de l'Enfer.

"Donc, si elle se contente que je sois près d'elle, sans être dérangé avec mon Christ, alors je n'entends pas rompre notre vieil amour; si par contre, elle n'est pas contente ainsi, alors avec cela j'ai prononcé ma dernière parole en sa présence."

Le présumé sage s'exprime ainsi: "Cher ami, j'ai écouté patiemment, du commencement à la fin, et, au sujet de ce que vous avez exprimé, je ne puis opposer très sérieusement que mon plus vif regret.

"Cependant, afin que vous sachiez à qui vous avez à faire, je suis le grand maître Melanchthon, dont vous aurez certainement entendu parler sur la Terre."

Le mari de la femme dit: "Certainement; mais avec cela que voulez-vous dire?" Le soi-disant maître dit: "Moi très cher ami, rien d'autre que, moi, je sais mieux que vous qui est le Christ, puisque j'ai travaillé avec une grande diligence, dans ce que l'on appelle *La Vigne du Christianisme*, jusqu'à la dernière heure de mon existence, et je peux vous garantir que, si cela avait été nécessaire, j'aurais affronté même la mort.

"J'ai nettoyé de toutes les scories, non seulement la doctrine romaine, mais bien aussi celle de Luther; et j'ai vécu littéralement selon le sens de cette doctrine; mais quelle en a été la récompense ?

"Je n'ai certes pas besoin de vous l'illustrer en beaucoup de mots; il suffit que vous jetiez un regard sur tout mon être, et vous verrez quel a été le résultat de mon christianisme pour ainsi dire quintessencié.

"Il ne convient pas que j'en dise plus. Que j'applique donc, le vieux dicton *experientia docet* (l'expérience enseigne), aussi dans votre cas, et je suis convaincu que dans cent ans, si les choses vont bien, nous nous retrouverons tels que nous sommes à présent.

"Vous, mon ami, êtes ici encore comme un novice, et vous ne savez pas comment on vit ici, dans le royaume des forces fondamentales centrales. Quand pendant plusieurs siècles, vous aurez été poussé par cette éternelle nuit, à errer sans but, et aurez souffert de la faim,

"c'est alors que des connaissances plus solides et plus profondes, trouveront un plus grand espace dans votre tête, où sont venues à la surface toutes les sottises du monde."

L'homme dit au soi-disant maître: "Cher ami, si vous possédez à ce sujet des connaissances si bien fondées, communiquez-les moi, puisque je ne suis absolument pas opposé à vous écouter; mais je ne renoncerai pas le moins du monde à mes idées, si je ne devais pas trouver les vôtres très convaincantes."

Celui qu'on appelle M. répartit: "Bien, mon ami, je veux d'abord attirer votre attention sur les fruits que le christianisme a apportés sur la Terre.

"Les Romains étaient un grand peuple, tant qu'ils étaient restés à leur doctrine de la raison pure. Toutes leurs oeuvres étaient grandes et riches de signification; leurs principes législatifs sont encore aujourd’hui les bases fondamentales de toutes les lois d'état et du droit des nations.

"Mais quand le christianisme s'y est insinué, alors s'est aussi insinuée la mort pour le peuple romain; de sorte qu'à la place où autrefois siégeait le grand et héroïque gouvernement romain, à sa place règnent des prêtres paresseux, indolents et oisifs;

"Et un grand nombre de va-nu-pieds se tiennent aux aguets sur les routes, comme des brigands et des voleurs, avec le rosaire en main, de sorte qu'aucun passant n'est sûr de sa vie. Comme vous voyez, ceci est un fruit du jardin du christianisme.

"Essayez de voyager dans la magnifique Espagne, et essayez de retourner en pensée, aux temps anciens de cette nation, et passez ensuite au moyen âge chrétien, et il ne vous échappera pas comment une telle bénédiction chrétienne fait que par milliers et par milliers ils ne quittent pas la vie de façon naturelle, mais que bien plutôt elle leur est arrachée par le désespoir, sur des bûchers ardents qui les réduisent en cendres!

"Regardez un peu l'émouvante introduction du christianisme sous Charlemagne; regardez comment pour faire cela, il a passé au fil de l'épée des milliers de milliers d'autres !

"Que l'on se rende ensuite en Amérique, et que l'on examine un peu l'histoire, et l'on trouvera un nombre infini d'exemples pitoyables et pénibles, c'est à dire, des fruits de la bénédiction chrétienne.

"De là, que l'on aille ensuite en mon époque, et que l'on observe les horreurs *pleines de grâce* de la guerre de religion de trente ans et je suis convaincu que vous pourriez passer en revue, d'un oeil critique, l'histoire originaire de tous les peuples;

"et je m'engage à vous porter alentour éternellement sur mes bras, si vois êtes capable de retrouver des scènes différentes de celles signalées à l'instant.

"Je ne veux pas rappeler votre attention sur les nombreuses bénédictions du christianisme survenues en d'autres lieux et à d'autres époques; mais je voudrais seulement vous rendre présent l'état de ces peuples qui sont jusqu'à présent libres du christianisme.

"Comme par exemple: les Chinois, presque éternellement en paix, et d'autres peuples importants de l'Asie; et d'îles non encore découvertes.

"Et vous devriez être trois fois aveugle, si vous n'aperceviez pas du premier coup, la différence entre le christianisme et la vraie sagesse des vrais peuples pacifiques, pleins d'expérience."

Cependant Je lui dis: "Tous ces grands défauts défavorables du christianisme, ou mieux, du néo-judaïsme, pourraient se démasquer, si quelqu'un disait:

"*Ces faits établis, historiques, sont en effet tous vrais; mais le Christ n'y est pour rien, et l'on ne peut Lui attribuer la faute de tout ce que la diffusion de Sa Doctrine a apporté avec elle, car celle-ci était on ne peut plus pure et charitable.*"

Celui qu'on appelle M. dit: "Cher ami, tout cela est plaisant à écouter; et moi-même, durant mon existence terrestre, j'étais un zélé défenseur de cette Doctrine.

C'est seulement ici que j'ai aperçu le véritable poison de cet enseignement pour le peuple, en tant qu'évidente orientation à la fainéantise et à la poltronnerie.

"L'homme qui, même sans cela, a en lui innée la tendance à la paresse et à l'indolence, trouve en cette doctrine le meilleur défenseur de ses penchants, étant donné qu'en elle il est indiqué manifestement de ne rien faire, à l'exception de chercher seulement un certain Royaume Spirituel, dans quel cas néanmoins, il serait pourvu de tout ce qui est nécessaire pour l'existence.

"Et vous voyez, après un certain temps, pas trop long, pas mal d'hommes sages se sont persuadés que l'on ne pouvait absolument pas faire le calcul d'être pourvus du nécessaire; et c'est pourquoi ils recoururent à d'autres moyens, c'est-à-dire, à la vieille épée.

"Puis ils laissèrent le peuple désormais christianisé, dans son aveuglement. Et maintenant, mon ami, considérez de n'importe quel point de vue cet insuccès et vous n'en retirerez rien de différent, si l'on excepte les expériences spirituelles les plus élevées sur le christianisme, que l'on puisse faire ici, dans un état plus libre; comme cela a été mon cas, au cours des derniers siècles.

"Mon très cher ami, maintenant j'ai fini, et vous êtes libre de penser et de faire comme il vous plaît le plus. De toute façon, vous pouvez compter sur mon estime et mon amitié; et ce sera un grand plaisir pour moi, si d'ici quelques siècles nous nous rencontrons à nouveau."

Jacob Lorber

 

Jean Calvin, sa situation dans le monde des esprits: 

" Dès qu'il arriva dans le Monde spirituel, il se crut encore dans le Monde où il était né; et quoiqu'il eut appris des Anges, qui au commencement lui avaient été associés, qu'il était dans leur Monde et non dans le sien antérieur, il disait: " J'ai le même corps, les mêmes mains, et de semblables sens." Mais les Anges l'instruisirent que maintenant il était dans un corps substantiel, et qu'auparavant il était non-seulement dans ce même corps, mais aussi dans un corps matériel qui enveloppait le corps substantiel, et que le corps matériel ayant été rejeté, il lui restait le corps substantiel, d'après lequel l'homme est homme; il comprit cela d'abord, mais le lendemain il retomba dans sa première croyance qu'il était encore dans le Monde où il était né; cela provenait de ce qu'il était homme sensuel, ne croyant que ce qu'il tirait des objets des sens du corps; de là il était arrivé qu'il avait conclu d'après la propre Intelligence, et non d'après la Parole, tous les Dogmes de sa foi; s'il a cité la Parole, ce fut à cause du peuple, pour en obtenir l'assentiment. Après cette première période, ayant laissé les Anges, il erra de côté et d'autre, et il s'informa où étaient ceux qui dans les temps Anciens avaient cru à la Prédestination; et il lui fut dit qu'ils étaient loin de là, renfermés et couverts en-dessus, et qu'il n'y a d'entrée vers eux que par la partie de derrière sous terre; mais que cependant les disciples de Godeschalk circulent encore librement, et se rassemblent quelquefois dans un lieu qui, dans la Langue spirituelle, est appelé Pyris ; et comme il désirait ardemment leur compagnie, il fut conduit à leur Assemblée, où quelques-uns d'eux se trouvaient réunis; et quand il arriva parmi eux, il fut dans le plaisir de son coeur, et il lia avec eux une amitié intérieure. Mais après que les sectateurs de Godeschalk eurent été emmenés vers leurs frères dans la caverne, l'ennui s'empara de lui; c'est pourquoi il chercha çà et là un asile, et enfin il fut reçu dans une certaine société, où étaient des esprits absolument simples, et aussi parmi eux des esprits religieux, et quand il découvrit qu'ils ne savaient rien de la Prédestination, et n'en pouvaient rien saisir, il se retira dans un Angle de cette Société, et il s'y tint caché pendant beaucoup de temps, et il n'ouvrit la bouche sur aucune chose de l'Église, il avait été pourvu à cela, afin qu'il sortît de son erreur sur la Prédestination, et afin que fussent complétées les bandes de ceux qui, après le Synode de Dordrecht, s'étaient attachés à cette détestable hérésie, et qui tous successivement étaient relégués dans la Caverne vers les consociés. Enfin des modernes Prédestinatiens ayant demandé où était Calvin, et une recherche ayant été faite, il fut trouvé aux extrémités d'une Société qui se composait d'esprits entièrement simples; c'est pourquoi il en fut retiré, et fut conduit vers un certain Chef qui s'était laissé amorcer par une semblable hérésie; ce Chef le reçut donc dans sa Maison, et le garda, et cela jusqu'à ce que le Nouveau Ciel eùt commencé à être instauré par le Seigneur; et alors, comme ce Chef, qui le gardait, fut rejeté avec sa troupe, Calvin se retira dans une maison de prostituées, et il y resta pendant quelque temps. Et comme alors il jouissait de la liberté d'aller de côté et d'autre, et de s'approcher aussi de plus près vers l'endroit où j'étais, il me fut donné de converser avec lui, et d'abord sur le Nouveau Ciel, lequel aujourd'hui est fondé avec ceux qui reconnaissent le Seigneur seul pour Dieu du Ciel et de la Terre, selon ses propres paroles, - Matth. XXVIlI. 18; - et de lui dire que ceux·là croient que le Seigneur et le Père sont un, - Jean, X. 30 ; - qu'il 8st Lui-Même dans le Père, et que le Père est en Lui; que celui qui Le voit et Le connaît, voit et connaît le Père, - Jean, XIV. 6 à 11 ; - et qu'ainsi il y a un seul Dieu dans l'Eglise comme dans le Ciel. D'abord, selon sa coutume, il ne répondait rien à ce que je lui disais; mais après une demi-heure il rompit le silence, et il dit: « Le Christ n'a-t-il pas été Homme, fils de Marie fiancée il Joseph? Comment un homme peut-il être adoré comme Dieu?» Et je dis: «Jésus-Christ n'est-il pas notre Rédempteur et notre Sauveur, Dieu et Homme? " A cette question il répondit: " Il est Dieu et Homme, cependant la Divinité ne lui appartient pas, mais elle appartient au Père. " Et je lui demandai: " Où est alors le Christ? » Il dit: « Il est dans les lieux les plus bas du ciel"; ce qu'il confirma par cela qu'il s'est humilié devant le Père, et s'est laissé crucifier; à ces paroles il ajouta sur son culte des railleries, qui alors entrèrent brusquement dans sa mémoire du Monde, et qui en général étaient que son Culte n'est autre chose qu'une Idolâtrie; il voulait ajouter des paroles infâmes sur ce culte, mais les Anges qui étaient chez moi resserrèrent ses lèvres; pour moi, par zèle de le convertir, je lui dis, que le Seigneur notre Sauveur non-seulement est Dieu et Homme, mais qu'aussi en Lui Dieu est l'Homme et l'Homme est Dieu, et je confirmai cela d'après Paul, en ce que toute plénitude de la Divinité habite corporellement en Lui, - Coloss. II. 9; - et d'après Jean, en ce qu'Il est le vrai Dieu et la Vie éternelle, - 1 Epit. V. 20, 21; - puis, d'après ces paroles du Seigneur Lui-Même, que la volonté du Père est, que quiconque croit au Fils ait la vie éternelle, et que celui qui ne croit pas au Fils ne voie pas la vie, mais que la colère de Dieu demeure sur lui; - Jean, III.36. VI. 40; - et j'ajouterai que la Foi symbolique, qui est appelée Foi Athanasienne, enseigne que dans le Christ Dieu et l'Homme sont non pas deux mais un, et qu'ils sont dans une seule Personne comme l'âme et le corps dans un homme. Après m'avoir entendu, il répondit: " Que sont toutes ces phrases que tu as tirée de la Parole, sinon des frivolités? la Parole n'est-elle pas le Livre de toutes les hérésies? et par conséquent n'est-elle pas comme la girouette qui, sur les toits et les navires, tourne çà et là selon le vent? c'est la Prédestination seule qui renferme toutes les choses de la Religion; elle est l'Habitacle et la Tente de convention pour tout ce qui concerne la Religion; et la Foi, par laquelle se font la Justification et la Salvation, en est le Lieu secret et le Sanctuaire; est-il un homme qui ait le Libre Arbitre dans les choses spirituelles? toutes les choses du salut ne sont-elles pas gratuites? c'est pourquoi, je n'écoute et ne perçois les arguments contre ces dogmes, et ainsi contre la Prédestination, que comme des éructations de l'estomac et comme des borborygmes; et puisqu'il en est ainsi, j'ai pensé en moi-même que le Temple où l'on est instruit sur un autre sujet, et d'après la Parole, est, avec ceux qui y sont alors rassemblés, comme une Ménagerie où sont ensemble des brebis et des loups, mais ceux-ci emmuselés par les Lois civiles de la justice, afin qu'ils ne s'élancent pas contre les brebis; - par les brebis j'entends les prédestinés; - et que les Prédications oratoires, qui s'y font alors, ne sont que des sanglots poussés par la poitrine. Mais je vais donner ma confession de foi, qui est celle-ci: il y a un Dieu, et ce Dieu est Tout-Puissant, et il n'y a de salut que pour ceux qui ont été élus et prédestinés par Dieu le Père; tout autre a été marqué pour son sort, c'est-à-dire, pour son destin. » A ces mots, je répliquai avec feu: « Tu prononces des choses abominables; retire-toi, mauvais esprit; ne sais-tu pas, puisque tu es dans le Monde spirituel, qu'il y a un Ciel et qu'il y a un Enfer, et que la Prédestination enveloppe ceci, que les uns ont été inscrits pour le Ciel et les autres pour l'Enfer? n'as-tu pas pu te former de Dieu une autre idée que comme d'un Tyran qui admet ses Clients dans une Ville, et livre tous les autres à des supplices?; Rougis-en de honte. » Ensuite, je lus devant lui ce qui, dans le Livre dogmatique des Évangéliques, appelé FORMULE DE CONCORDE, a été écrit au sujet de la Doctrine erronée des CALVINISTES, sur le Culte du Seigneur, et sur la Prédestination; sur le CULTE DU SEIGNEUR, ces paroles: « Que c'est une damnable Idolâtrie, si la confiance et la foi du coeur sont placées non pas seulement sur sa Nature Divine, mais aussi sur sa Nature Humaine, et si l'honneur de l'adoration est dirigé vers l'une et l'autre Nature. » Et sur la PRÉDESTINATION, celles-ci: " Que le Christ est mort non pour tous les hommes, mais pour les Elus seuls. Que Dieu a créé la plus grande partie des hommes pour la damnation éternelle, et ne veut pas que la plus grande partie se convertisse et vive. Que les Elus et les Renés ne peuvent perdre ni la Foi ni l'Esprit saint, quoiqu'ils commettent des péchés énormes et des crimes de tout genre. Mais que ceux qui ne sont point Elus sont nécessairement damnés, et ne peuvent parvenir au salut, lors même qu'ils seraient mille fois baptisés, et approcheraient chaque jour de l'Eucharistie, et lors même qu'ils mèneraient la vie la plus sainte et la plus irréprochable qu'il soit possible de mener.- Pag. 837, 838 de l'Edition de Leipsik, Année 1756.

Après cette lecture, je lui demandai, si ce qui avait été écrit dans ce Livre était de sa Doctrine, ou non; et il répondit que c'était de sa doctrine, mais qu'il ne se rappelait pas si ces paroles mêmes, bien qu'elles fussent sorties de sa bouche, avaient été tracées par sa plume. Alors, tous les serviteurs du Seigneur se retirèrent d'avec lui; et lui se hâta de prendre un chemin qui conduisait à une caverne, où sont ceux qui ont confirmé chez eux le Dogme exécrable de la Prédestination. Dans la suite, je me suis entretenu avec quelques-uns de ceux qui ont été renfermés dans cette Caverne, et je me suis informé de leur sort; et ils m'ont dit qu'ils sont contraints de travailler pour leur nourriture, que tous entre eux sont ennemis que chacun cherche le moyen de faire du mal à l'autre, et lui en fait lorsqu'il trouve quelque léger motif, et que c'est là le plaisir de leur vie.

J'ai eu des conversations avec plusieurs autres, tant avec, des Sectateurs de ces trois Chefs, qu'avec des Hérétiques, et il m'a été donné de conclure de toutes ces conversations, que tous ceux d'entre eux qui ont mené la vie de la Charité et de plus, ceux qui ont aimé le Vrai parce que c'est le Vrai, se laissent instruire dans le Monde spirituel, et acceptent les Doctrinaux de la Nouvelle Eglise; mais que ceux qui se sont confirmés dans des faux de religion, et aussi ceux qui ont mené une vie mauvaise, ne se laissent pas instruire, et qu'ils s'éloignent peu à peu du Nouveau Ciel, et se consocient peu à peu avec leurs semblables qui sont dans l'Enfer, où de plus en plus ils se confirment et s'obstinent contre le Culte du Seigneur, jusqu'au point de ne pas supporter d'entendre prononcer le Nom de Jésus; tandis que dans le Ciel tous au contraire reconnaissent unanimement le Seigneur pour le Dieu du Ciel."

Emmanuel Swedenborg

 

Dans le protestantisme évangélique, certaines confessions expérimentent ce qu'elles appellent les manifestations de l'Esprit Saint, à travers notamment des états de transe, parler dans une langue inconnue...Voici ce que dit Le Seigneur sur la manière de se rapprocher de Lui:

"Tout au long de votre chemin, quand vous travaillerez pour le royaume de Dieu, il arrivera bien souvent que vos disciples vous questionnent avec insistance et vous disent : "Votre doctrine est certes sublime, belle et émouvante ; mais la promesse qui nous a été faite ne s'est toujours pas réalisée de quelque manière que ce soit. Nous devions entendre en nous la voix du Père, et on nous avait même promis que nous pourrions Le voir et Lui parler ; mais jusqu'ici, nous ne connaissons encore rien de tout cela. S'il y a une vérité dans votre doctrine, il faut bien que les promesses que vous nous avez faites se vérifient pour nous. Nous l'observons en tout, mais ne percevons toujours pas en nous la moindre trace d'accomplissement des promesses faites par vous ! Parlez, répondez-nous et dites-nous très sincèrement d'où il vient que vos promesses ne veulent pas se réaliser pour nous !" — Que leur répondrez-vous alors ? »

À ces mots, les trois hommes ouvrent de grands yeux, et Murel dit : « Ami, si nous faisons des promesses sur la foi de la parole très sûre du Seigneur, et si nos disciples observent cette doctrine dans leurs actes, alors, bien sûr, le Seigneur ne doit pas nous faire faux bond, sans quoi il serait évidemment plus intelligent de ne pas répandre la doctrine, plutôt qu'elle vous laisse choir devant le monde !

À vrai dire, j'irais jusqu'à affirmer que de tels abandons divins ont toujours été l'une des causes essentielles de la décadence des religions ! Car, pour quelque mystérieuse raison, les promesses faites aux croyants ne s'accomplissaient pas pleinement, et souvent même pas du tout. Et ceux qui les enseignaient devaient recourir à des moyens factices pour ne pas subir de la part du peuple le sort le plus ignominieux ! Les pensées du peuple se tournaient donc bien vite vers l'extérieur, et il n'y avait alors plus aucun moyen de parler à ce peuple abusé de choses purement spirituelles.

C'est pourquoi le Seigneur ne devrait plus faire cela à ceux qui répandent Sa doctrine ; Il ne devrait plus les laisser en plan, surtout dans les moments où ils présentent Ses promesses comme une preuve décisive, devant s'accomplir à coup sûr, de la vérité divine ; car, pour moi du moins, j'aimerais mieux être un vulgaire balayeur de rue qu'un Jérémie tourmenté jusqu'au sang ! Et cette existence ne serait encore rien, si l'on pouvait ainsi servir à quelque chose ; mais il ne peut être question d'une quelconque utilité lorsqu'on ne fait que susciter la colère des hommes ! »

Raphaël dit : « Mais, cher ami, dans ton ardeur, tu t'éloignes complètement de la question que je t'ai posée ! Le Seigneur fera toujours ce qui Lui revient dans ce qu'il a promis ; mais la question est de savoir si vous connaissez très précisément les conditions, valables en tout temps, pour que le Seigneur laisse s'accomplir exactement les promesses qu'il a faites !

Car il tient souvent à une vétille que la promesse faite à un homme ne puisse réellement s'accomplir ; il faut alors que vous soyez de vrais enseignants et sachiez très exactement ce qui manque encore au disciple pour qu'il devienne un maître. C'est là l'objet précis de la question que je te posais tout à l'heure ! »

(Raphaël :) « Mais comme je vois que vous ne sauriez en aucun cas répondre à cette question que je vous ai posée, je vais y répondre moi-même suffisamment pour susciter votre compréhension. Mais vous, vous devrez bien vous souvenir de ma réponse et l'inscrire profondément dans vos coeurs, car il importe beaucoup, et même, tout dépend finalement de ce que vous connaissiez très précisément les conditions nécessaires pour accéder pleinement à la véritable filiation divine, parce que l'ordonnance divine immuable exige que ces conditions soient nécessaires.

Vous savez que tout homme doit se former et se développer librement par lui-même, tout à fait indépendamment de la toute-puissance de la volonté divine, selon l'ordre divin reconnu par lui, afin de devenir ainsi un libre enfant de Dieu.

Pour cela, le moyen recommandé, le plus puissant, donc le plus efficace, est l'amour de Dieu et dans la même mesure l'amour du prochain, peu importe qu'il soit homme ou femme, jeune ou vieux.

À côté de l'amour, il y a aussi la vraie humilité, la douceur et la patience, parce que le vrai amour ne peut exister et n'est ni vrai, ni pur sans ces trois accessoires.

Mais comment un homme peut-il savoir intérieurement en toute certitude qu'il est dans le pur amour conforme à l'ordre divin ?

Lorsqu'il aperçoit un frère ou une soeur pauvres ou que ceux-ci viennent lui demander un secours, que cet homme regarde en lui-même s'il se sent poussé à donner en tout amour, avec la plus grande joie et sans mesure, dans l'oubli total de lui-même. S'il découvre en lui-même cette impulsion, qui doit être bien sûr tout à fait sincère et vive, c'est qu'il est déjà mûr et prêt pour la véritable filiation divine, et les promesses dont un tel homme, qui est en quelque sorte déjà un enfant de Dieu, peut attendre la réalisation, commencent à devenir une réalité à part entière et à se manifester merveilleusement dans ses paroles et ses actes, et vous êtes ainsi justifiés en tant qu'enseignants aux yeux de vos disciples.

Mais les disciples chez qui les promesses ne se sont pas manifestées devront s'y conformer, et ne s'en prendre qu'à eux-mêmes si ce qui a été promis n'est toujours pas visible chez eux ; car ils n'auront pas encore ouvert pleinement leur coeur à l'humanité pauvre.

Aimer Dieu et obéir de son plein gré à Sa volonté reconnue, tel est en vérité l'élément céleste dans le coeur humain. C'est là que réside et demeure l'Esprit divin dans le coeur de tout homme ; et c'est l'amour du prochain qui est la porte menant à cette demeure sacrée.

Cette porte doit être grande ouverte pour que la plénitude de la vie divine puisse entrer dans cette demeure, et l'humilité, la douceur et la patience sont les trois fenêtres grandes ouvertes par où la sainte demeure de Dieu dans le coeur de l'homme est éclairée par la puissante lumière des cieux et imprégnée de toute la chaleur de la vie céleste.

Tout dépend donc d'un amour du prochain librement consenti, sincère et joyeux ; et la plus grande abnégation possible, c'est la révélation même des promesses. — Vous avez là la vraie réponse à la plus grande question de la vie.

Réfléchissez-y bien et agissez en conséquence, et vous serez justifiés à vos propres yeux, aux yeux de vos frères et devant Dieu ! Car ce que le Seigneur fait Lui-même à présent, les hommes devront aussi le faire afin de Lui ressembler et de devenir ainsi Ses enfants. — Avez-vous compris tout cela ? »

Quand Raphaël eut terminé ce discours inspiré par Moi, les trois hommes en furent confondus d'étonnement, et Mathaël dit : « Oh, nous avons certes bien compris ces paroles véritablement sacrées, et nous avons aussi pleinement compris pour la première fois ce que David a voulu dire dans ses psaumes divins par ces mots : "Portes, levez vos frontons, ouvrez-vous, portails antiques, qu'il entre, le roi de gloire !" Mais la réalisation vivante, où la trouver ?! Comment peut-on mettre cela en pratique avec toute la chaleur de la vie ?

Donner à un pauvre, on le fait sans doute déjà, et même sans regretter le peu que l'on a donné à cet être dans le besoin ; mais c'est bien davantage la raison qu'un quelconque sentiment d'amour envers le prochain qui vous y pousse ! Ô Dieu, que l'homme est loin du but avec sa raison et son froid jugement dépourvu de tout amour ! Celui qui donne à un pauvre avec un véritable amour fraternel du prochain et qui éprouve en outre une vraie joie pleine d'humilité d'avoir fait au nom de Dieu autant de bien que possible à ses frères et soeurs, celui qui ressent constamment en lui le très vif désir d'en faire encore bien davantage et qui s'efforce de rendre ses frères et soeurs pauvres aussi heureux que possible par une extrême bienveillance, par la parole et par les actes accomplis dans la joie, oh, comme son âme et son esprit sont incomparablement plus élevés devant Dieu! Mais nous, où en sommes-nous encore avec nos coeurs durs et notre entendement limité ?!

Ô céleste ami, tu en as fait de belles avec ta question et la réponse que tu lui as toi-même donnée ! A présent, nous savons vraiment ce que nous sommes et où nous en sommes ! Ô Seigneur, éveille nos coeurs et enflamme-les d'un véritable et vivace amour du prochain, sans quoi toute Ta doctrine de vie, si purement divine soit-elle, n'est plus qu'un vain jeu de mots esthétique et moral sans le moindre effet !

Et je vois aussi maintenant tout ce qu'a été jusqu'ici le chemin de ma vie ; il était foncièrement fourvoyé dans ses moindres détours, et c'est pourquoi je ne pouvais atteindre à aucun but !

C'est seulement maintenant que je commence à reconnaître le seul vrai chemin, et je sais désormais ce que sont les promesses et leur réalisation. Je sais ce qui me manque encore, ce qui manquera à ceux pour qui les promesses ne s'accompliront point alors même qu'ils auront embrassé la doctrine divine, et comment il faudra les ramener sur le droit chemin ; mais je comprends aussi qu'il me reste beaucoup à faire pour être moi-même parfaitement en règle !

Nous sommes certes, quant à nous, fort favorisés dans le domaine de la foi, puisque le Seigneur est ici parmi nous en personne et qu'il nous enseigne en paroles et en actes — ainsi, le ciel tout entier nous est ici grand ouvert, et les anges de Dieu nous enseignent la sagesse divine et l'ordre divin éternel de la vie ; mais la formation de nos coeurs nous est laissée tout entière ! Pourtant, avec l'aide du Seigneur, nous ferons quelque chose là aussi !

Savoir est une chose, et ressentir en est une autre. L'on peut accéder au savoir même par le zèle le plus desséché, et à la sagesse mondaine par l'expérience ; mais le vrai sentiment demande bien autre chose que le savoir et l'expérience !

Un grand savoir ne rend pas le coeur sensible et ne lui donne pas toujours un bon vouloir, et l'expérience peut nous rendre avisés dans le mal comme dans le bien ; seule une juste sensibilité anime et ordonne toute chose et donne la paix et la félicité. C'est pourquoi, lorsqu'on veut faire de l'homme un homme véritable, il faut dès le début de sa formation prêter attention à son coeur avant tout !

Car si l'on ne travaille pas le coeur dès le commencement, mais seulement la raison, le coeur s'endurcit et devient bientôt orgueilleux, selon les exigences de la raison ! Et une fois que le coeur devient orgueilleux, il est bien difficile de transformer ses sentiments ; il faut alors envoyer à ce coeur de véritables épreuves du feu, c'est-à-dire la détresse et la misère sous toutes ses formes, et qu'il soit oppressé de toutes sortes de manières, pour qu'il puisse devenir enfin aussi tendre qu'une cire malaxée, doux et sensible à la détresse, à la misère et aux larmes du prochain !

Nous te remercions, et à travers toi le Seigneur, pour cette leçon essentielle grâce à laquelle je n'ai su qu'aujourd'hui ce que j'avais à faire pour tous les temps à venir, pour moi-même comme pour tous ceux qui recevront à travers moi la très belle et très pure lumière venue de Dieu. »

Raphaël dit : « Nul remerciement, nul honneur ne m'est dû, mais au Seigneur et à Lui seul !

Cependant, il est bon que vous ayez compris cela dans toute sa profondeur ! De la sorte, vous saurez toujours répondre à ceux qui vous diront : "Ami, jusqu'ici, j'ai assurément fait et cru tout ce que tu m'as enseigné ; mais à ce jour, aucun des effets promis ne s'est manifesté ! Que dois-je donc faire de plus ? J'ai renoncé à la bonne doctrine de mes pères, où ils trouvèrent bien souvent la consolation, les meilleurs avis et le secours nécessaire dans toutes sortes de malheurs, et cette nouvelle doctrine fait de moi comme de mon voisin un orphelin ; nulle prière n'est plus entendue, nul sombre doute éclairci ! Où est donc ton Dieu de gloire, au nom duquel tu nous as promis tant de bonheur et d'autres merveilles ?!"

Il te sera alors facile de leur répondre ainsi : "Ami, la faute n'en est pas à la doctrine, mais à ton manque de compréhension ! Tu as certes embrassé cette doctrine par la raison et t'es même efforcé de t'y conformer strictement, et tu attendais les avantages de l'accomplissement de la promesse ; mais tu n'as fait le bien selon cette doctrine que pour l'amour des avantages de la promesse, et non pour l'amour du bien ! Tu n'as agi que selon ta raison, mais jamais selon ton coeur ! Celui-ci est resté en lui-même aussi dur et froid qu'avant que tu eusses embrassé la pure doctrine divine ; c'est bien pourquoi ni par tes actes, ni par ta foi aveugle et morte, tu n'as obtenu que s'accomplissent les promesses qui t'ont été faites !

À présent, que ton coeur s'éveille ! Tout ce que tu fais, fais-le pour la vraie raison fondamentale de la vie ! Aime Dieu par-dessus tout pour Lui-même, et aime de même ton prochain !

Fais le bien pour l'amour du bien et du fond du coeur, et ne demande pas si, à cause de ta foi ou à cause de ton acte, la promesse va bien se réaliser ! Car cette réalisation est le résultat de l'ardeur de la foi et des sentiments dans ton coeur, et d'actions motivées par la plus vive impulsion d'amour. Mais de la manière dont tu as cru et agi jusqu'ici, tu étais pareil à un homme qui a labouré et semé en rêve et qui, s'éveillant ensuite, voudrait récolter ce qu'il a semé, mais ne trouverait ni le champ, ni la récolte.

Le savoir, la foi et les actes d'un homme de raison ne sont qu'une vaine songerie sans aucune utilité pour la vie. L'homme doit prendre à coeur tout ce qui renferme la vie ; tout ce qu'il met dans son coeur lèvera et portera les fruits promis.

Celui qui ne saura pas ou ne voudra pas régler ainsi sa vie et qui sera également égoïste dans sa foi et ses pensées, celui-là ne verra jamais l'accomplissement d'aucune promesse ; car cet accomplissement est le fruit de l'activité du coeur !"

Quand vous répondrez ainsi à celui qui vous questionnera parce que votre promesse ne se sera pas accomplie, il vous laissera en paix et s'efforcera dès lors d'agir véritablement dans son coeur.

Et s'il fait cela, il commencera alors à constater chez lui-même que la promesse de la doctrine de Dieu n'est pas un vain mot ; mais s'il persiste à ne prendre conseil que de sa raison et à n'agir que selon elle, il ne pourra s'en prendre qu'à lui-même s'il ne parvient pas à voir la promesse qui lui a été faite se réaliser dans sa vie terrestre — et bien difficilement dans l'au-delà ! — Dites-moi si vous comprenez bien tout cela très profondément. »

Philopold parle enfin lui aussi : « Ô céleste ami, qui ne le comprendrait ? Celui qui, comme toi, vit, pense et ressent surtout en son coeur comprend fort aisément et clairement toutes les circonstances de la vie ; mais pour celui qui ne vit, ne pense et ne ressent que dans sa tête, toutes ces circonstances sont pour ainsi dire insignifiantes et dérisoires. — À présent, tout est parfaitement clair et tangible;" 

Grand Évangile de Jean, Jacob Lorber

 

Voici une vidéo sur Luther et la Réforme :